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Fromelles
19–20 juillet 1916
Le 1er juillet 1916, débuta la grande offensive anglaise en France du nom de « bataille de la Somme ». L’objectif des Anglais était de percer les lignes allemandes et d’expédier la cavalerie balayer l’arrière flanc allemand. Le premier jour, cependant, fut désastreux. On compta en effet près de 60 000 pertes anglaises dont près de 20 000 abattus sur le champ de bataille ou morts de leurs blessures. La bataille de la Somme se convertit ensuite en une série d’opérations plus restreintes dotées d’objectifs beaucoup plus limités.
Dans une telle situation, les services secrets anglais affirmèrent que des forces allemandes provenant de lignes situées à l’ouest et au sud de Lille avaient été dépêchées depuis ce secteur relativement calme vers la Somme. Une attaque de diversion anglaise en direction de Fromelles et de la Crête d’Aubers fut proposée pour faire croire aux Allemands que des opérations majeures avaient été prévues et les obliger à rester dans cette zone. L’objectif initial était la prise d’une partie de la ligne de front allemande située autour d’un saillant de la ligne surnommé « pain de sucre ». Le fait de consolider cette position devait permettre ensuite d’attaquer la Crête d’Aubers, clé de la position allemande au sud de Lille. Quelques jours seulement avant l’offensive prévue, on fit savoir au commandement anglais qu’elle n’était plus nécessaire, mais il fut décidé néanmoins d’aller de l’avant.
En fin d’après-midi, le 19 juillet 1916, la 5e division australienne et la 61e division anglaise tentèrent de s’emparer du « pain de sucre ». Cependant, le bombardement britannique qui avait débuté le 16 juillet avait averti les Allemands qu’une attaque était à prévoir. Le 19 juillet, alors que les troupes prenaient position, elles ignoraient que des observateurs allemands les surveillaient à un kilomètre et demi de distance. Les Allemands bombardèrent lourdement la zone d’assemblée et les tranchées des communications, causant ainsi des centaines de pertes australiennes et anglaises avant même que l’attaque n’ait commencé.
L’assaut démarra à 18 heures alors qu’il ne restait que trois heures et demie de lumière du jour. La ligne de front au nord du « pain de sucre » avait une largeur moyenne de 200 mètres ; les Australiens traversèrent rapidement le no man’s land et s’emparèrent de la ligne de front allemande. La première vague de troupes resta sur place pour consolider la position pendant que les deuxième, troisième et quatrième vagues avancèrent sur 140 mètres supplémentaires à la recherche d’une hypothétique troisième et dernière ligne arrière du système des tranchées allemandes. En fait, cette ligne n’existait pas et les Australiens établirent donc une série de postes clairsemés à l’emplacement prévu.
D’autres Australiens attaquèrent en face du « pain de sucre » où le no man’s land était large de 400 mètres. Les Allemands avaient survécu au bombardement anglais et prirent rapidement position derrière leurs mitrailleuses. En un quart d’heure ils avaient décimé les vagues d’assaut des Australiens, obligeant les survivants à se mettre à l’abri. Les troupes britanniques attaquant au sud du « pain de sucre » subirent le même sort et ne progressèrent pas. Les Anglais prévoyaient de tenter pour la deuxième fois de s’emparer du saillant en « pain de sucre » et demandèrent de l’aide aux Australiens. Ce plan fut annulé mais les Australiens l’apprirent trop tard pour éviter une autre attaque, qui fut tout aussi désastreuse. En un mot, les tentatives australiennes et anglaises de prise du « pain de sucre » se soldèrent par un échec complet.
Plus au nord, les Australiens qui avaient rompu les lignes allemandes tentèrent de consolider leurs positions. Le soir tombé, plusieurs contre-attaques allemandes eurent lieu et pendant la nuit la pression qui pesait sur les Australiens ne cessa d’augmenter. Alors qu’on continuait à demander des renforts, les réserves furent autorisées à participer et pratiquement toute la 5e division fut peu à peu alliée à l’opération. Le matin venu, l’ennemi attaquant la petite enclave australienne sur trois côtés, la situation devint intenable et il fallut abandonner les positions.
A Fromelles, en l’espace d’une journée, la 5e division subit 5 533 pertes dont 400 hommes faits prisonniers. Les Anglais perdirent 1 547 hommes et les Allemands 1 500. Charles Bean, l’historien australien officiel, ne trouva pas grand-chose de positif à rapporter sur Fromelles, la première opération de grande envergure de la Force impériale australienne sur le front occidental :
La bataille de Fromelles fut un incident bref et cinglant – G.H.Q. [le quartier général anglais] avait imprudemment évoqué « quelques raids importants » (140 Allemands avaient été capturés) et de ce fait, comme ce fut souvent le cas au cours de cette guerre, induit en erreur ses propres citoyens, et non pas les Allemands ; il ébranla ainsi la foi de ses soldats envers les communiqués britanniques – foi qui aurait pu être précieuse. Cette bataille mit la 5e division australienne hors d’action pendant plusieurs mois.
Charles Bean, Anzac to Amiens (L’Anzac à Amiens), Canberra, 1948, p. 237
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![Soldats australiens en route pour les tranchées du front à Bois Grenier, 5 juin 1916. [AWM EZ0048]](/fromelles/images/awm-ez0048-tn.jpg)