Bataille de la route de Menin
20 septembre 1917

Coin des feux de l’enfer, route de Menin, 27 septembre 1917. [AWM E01889]

Coin des feux de l’enfer, route de Menin, 27 septembre 1917. [AWM E01889]

Les opérations majeures de « l’offensive de Flandres » anglaise [cf. également « La bataille de Messines »] débutèrent le 31 juillet 1917 lorsque les forces anglaises ainsi que deux divisions françaises attaquèrent les défenses allemandes le long d’un front de près de 26 kilomètres situé à l’est d’Ypres. Pendant les deux semaines précédentes, l’artillerie anglaise, qui comprenait des batteries australiennes, avait tiré plus de quatre millions d’obus à partir de 3 000 obusiers. La défense allemande de cette zone s’étendait au loin pour remonter jusqu’à la crête en forme de faucille de trois à dix kilomètres de la ville. Il s’agissait d’une défense en profondeur ; le front était faiblement tenu et au-delà se trouvaient des groupes d’abris profonds en béton, les « casemates », dans lesquels les soldats pouvaient s’abriter des bombardements et ressortir monter des mitrailleuses pour tirer sur l’infanterie qui avançait vers eux. Des barbelés avaient été soigneusement disposés afin de canaliser les hommes vers les zones à portée de tirs des mitrailleuses. Bien en retrait et hors de vue derrière la crête, les réserves d’artillerie et d’infanterie allemandes étaient prêtes à monter des contre-attaques.

Le plan anglais était de rabattre cette position défensive hors pair en utilisant surtout des tactiques surnommées « mordre et tenir bon ». Après un bombardement initial, l’infanterie s’avancerait sur une distance prescrite derrière un barrage roulant d’obus. Ce barrage obligerait les Allemands à rester dans leurs casemates jusqu’à ce que les Australiens soient pratiquement nez à nez avec eux. Les positions ennemies seraient ensuite saisies, consolidées et protégées d’éventuelles contre-attaques par l’artillerie. Les armes seraient transportées à l’avant et la « morsure » suivante tentée. De cette façon, les Anglais comptaient se déplacer de leurs lignes de départ près d’Ypres jusqu’aux hauteurs de la crête situées au village de Passchendaele, à dix kilomètres de distance. On estimait que lorsqu’on atteindrait Passchendaele, les réserves allemandes seraient épuisées. On pourrait ensuite tenter de casser les lignes ennemies arrière et les lignes en direction de la côte belge au nord. Le Général Sir Douglas Haig, commandant en chef britannique, considérait « l’offensive de Flandres » comme son coup décisif de l’année 1917 qui devait permettre de gagner la guerre.

La bataille de la route de Menin correspondit au premier rôle majeur joué par les Australiens dans le cadre des séries d’attaques « mordre et tenir bon » des Anglais qui avaient débuté le 31 juillet 1917. Ces opérations sont connues sous le nom collectif de « troisième bataille d’Ypres ». Après avoir traversé Ypres, les premières et deuxièmes divisions australiennes prirent position dans les lignes de front en face du bois de Glencorse. Le terrain était détrempé dans les zones basses mais sec ailleurs.

À la suite d’un bombardement de cinq jours, à 5 h 40 le 20 septembre, les deux divisions australiennes commencèrent à avancer. Elles se trouvaient au centre d’un assaut mené par 11 divisions anglaises le long de la crête de Westhoek en face du bois de Glencorse. Charles Bean, l’historien australien officiel, commenta que la bataille de la route de Menin :

« … comme celles qui lui succédèrent, est facile à décrire en ceci qu’elle se déroula presque exactement comme prévu. Le barrage roulant gagna le terrain ; l’infanterie ne fit qu’occuper la place, se ruant sur les points où la résistance avait survécu. Alors que l’artillerie était généralement considérée comme servant de soutien à l’infanterie, dans cette bataille-ci, l’infanterie ne fut qu’un ajout nécessaire aux efforts des artilleurs. »

Charles Bean, The AIF in France: 1917, The Official History of Australia in the War of 1914–1918 (L’AIF en France: 1917, l’histoire officielle de l’Australie durant la guerre de 1914–1918), Volume 4, Sydney, 1941, p. 761

L’opposition ennemie fut rapidement vaincue bien que les mitrailleuses aient retardé pendant quelques temps l’avance d’un bataillon. Le lieutenant Frederick Birks et le caporal William Johnston se précipitèrent tous deux sur la même position de mitrailleuses ennemies. Ils furent bombardés et Johnston fut grièvement blessé, mais Birks continua tout seul, tua le reste des ennemis et s’empara de la mitrailleuse. Tout de suite après, il partit à la tête d’un petit groupe et attaqua un autre point fort occupé par environ 25 soldats ennemis, en tuant quelques-uns et capturant un officier et 15 de ses hommes. Le caporal William Johnston reçut la médaille militaire. Le Lieutenant Birks, qui fut tué le jour suivant, reçut la Victoria Cross (Croix de Victoria).

L’ultime objectif, à 1 500 mètres de la ligne de départ, fut saisi en deux étapes avec des pauses d’une heure et de deux heures entre deux. Bien que l’artillerie ait pu fournir une bonne couverture pour l’infanterie australienne et éviter le lancement de contre-attaques ennemies, la bataille fut ardue contre les casemates et d’autres points renforcés. Dès midi, les Australiens avaient pris tous les objectifs et se trouvaient à l’extrémité ouest du bois du Polygone. Pendant la bataille, les tirs de l’artillerie ennemie avaient été constants mais le 21 septembre ils devinrent plus précis, ciblant les casemates qui avaient été prises par les Australiens.

Le 20 septembre 1917, les Australiens subirent 5 000 morts et blessés mais les tactiques « mordre et tenir bon » avaient fait leurs preuves et, alliées à la supériorité de l’artillerie des Alliés, avaient démontré qu’en période de beau temps les Alliés avaient le dessus. Les Anglais subirent des pertes similaires à celles des Allemands, mais alors que les Alliés étaient ravis du résultat, les Allemands étaient effondrés par ce qu’ils considéraient comme leur défaite. Dans l’histoire officielle, Charles Bean écrivit ce qui suit :

La première étape de l’essai de Haig se solda par un succès total, il s’agissait de véritables tactiques étapes par étapes. L’armée britannique fit exactement ce qui avait été prévu ce jour-là et le fit encore plus proprement qu’à Messines. Les objectifs étaient clairement réalisables eu égard aux capacités des troupes… Le fait que les Allemands étaient bien préparés et que leurs divisions de contre-attaques étaient prêtes se convertit en un avantage. En effet, plus l’ennemi lançait ses réserves vers le barrage roulant, mieux c’était, car pratiquement aucun homme ne put passer au travers.

Charles Bean, The AIF in France: 1917, The Official History of Australia in the War of 1914–1918 (L’AIF en France: 1917, l’histoire officielle de l’Australie durant la guerre de 1914–1918), Volume 4, Sydney, 1941, p. 788


© 2012 Department of Veterans' Affairs and Board of Studies NSW :: Last update - December 2010