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Morlancourt
Mars-mai 1918

Sailly–le–Sec, vallée de la Somme, France, mars 1918. [AWM E04667]

Sailly–le–Sec, vallée de la Somme, France, mars 1918. [AWM E04667]

L’imaginaire populaire du front occidental en France et en Belgique est dominé par des images de boue, de tranchées et de massacres inutiles. Toutefois, entre mars et septembre 1918, les opérations auxquelles participaient les soldats de la Force impériale australienne eurent lieu dans des conditions plus ouvertes dans les terres crayeuses escarpées de la région de la Somme. Malgré le grand nombre de victimes australiennes, ces mois ont toujours été représentés comme une période de grand succès pour les cinq divisions du « Corps d’armée australien » nouvellement constitué. À partir de mai 1918, elles furent sous le commandement d’un lieutenant général australien, John Monash. En août 1918, après le succès anglais remporté à la bataille d’Amiens, Monash fut fait chevalier à son quartier général du Château de Bertangles et par la suite il rédigea un livre influent relatant ce qu’il avait vécu, intitulé : The Australian Victories in France (Les victoires australiennes en France).

Parmi ces « victoires », l’une des premières fut obtenue dans les zones escarpées situées entre la Somme et l’Ancre à l’ouest de la ville d’Albert. Le 21 mars 1918, l’armée allemande lança une gigantesque offensive contre les lignes anglaises au nord et au sud de la ville de St Quentin. Les Allemands cherchaient à rompre la ligne et à couper les Anglais de leurs alliés français plus au sud. Face à l’efficacité de cette attaque éclair, les forces anglaises commencèrent à se replier et, dès le 25 mars, étaient déployées en retrait en direction de la ville clé d’Amiens. La prise d’Amiens aurait été un désastre. Dans cette situation, les unités australiennes et autres furent déplacées rapidement au sud de leurs positions d’hiver en Belgique pour aider à enrayer l’avance ennemie.

Le 27 mars 1918, des éléments de la troisième division australienne relevèrent l’infanterie anglaise épuisée dans une zone triangulaire située entre la Somme et l’Ancre. Ils purent rapidement établir une ligne d’urgence à environ trois kilomètres à l’ouest du village de Morlancourt. Les villageois français réagirent très positivement à l’arrivée des soldats australiens, dont beaucoup avaient été cantonnés dans la région lors de la bataille de la Somme de 1916.

Dans les villages français, pendant ces semaines, à chaque fois qu’un de ces bataillons chaleureux et vaillants faisait irruption, on lui témoignait beaucoup d’affection et une grande confiance ... « Fini retreat, Madame », annonçait un soldat à une femme du village alors que, l’air sombre, il nettoyait son fusil pendant que la troisième division faisait une halte à Heilly en route pour le triangle situé entre l’Ancre et la Somme. « Fini retreat – beaucoup Australiens ici ».

Charles Bean, Anzac to Amiens (L’Anzac à Amiens), Canberra, 1948, p. 415

A 16 h 30 le 28 mars 1918, les Australiens reçurent l’ordre de redresser la ligne en se plaçant à la ligne de crête qui surplombait Morlancourt. Ils n’avaient parcouru qu’un demi-kilomètre lorsqu’une forte résistance allemande les arrêta. L’avance reprit la nuit venue sous une pluie fine mais encore une fois les tirs allemands l’arrêtèrent. Le 29 mars, l’artillerie australienne obligea les Allemands à abandonner leurs positions défensives et, le 30 mars, trois assauts résolus menés par une division allemande fraîche furent repoussés. Cela marqua la fin de l’avance allemande dans la zone. La troisième division se retrancha et pendant tout le mois d’avril 1918 put organiser des patrouilles victorieuses en direction des positions allemandes.

Dès la fin d’avril 1918, l’avance allemande en direction d’Amiens avait été arrêtée et les Allemands concentraient maintenant leurs opérations contre les Français mobilisés plus au sud. Aux alentours de Morlancourt, lorsque l’occasion se présentait, les Australiens continuaient à harceler l’ennemi. Un deuxième combat à Morlancourt fut monté entre le 4 et le 9 mai, une série de petites attaques avec pour objectif la prise de la nouvelle ligne allemande devant le village. Après six semaines et demie passées dans la ligne, la troisième division fut alors relevée par la deuxième. Une fois la guerre terminée, la troisième division choisit d’ériger son monument aux morts sur les hauteurs dominant la Somme afin de commémorer le rôle significatif qu’avait joué la division dans la défense de la région et de la ville d’Amiens contre les Allemands.


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