Ferme de Mouquet
8 août-3 septembre 1916

Site de la ferme de Mouquet, octobre 1916 [AWM E00006]

Site de la ferme de Mouquet, octobre 1916 [AWM E00006]

« Ferme de Mouquet » est le nom donné à une série d’attaques australiennes qui eurent lieu entre le 8 août et le 3 septembre 1916 en direction du nord le long des hauteurs de Pozières. Ces attaques se déroulèrent fin juillet et début août, à la suite de la saisie de Pozières et des lignes allemandes au moulin à vent situé à l’est du village. Ces opérations faisaient toutes partie de l’offensive britannique à l’est d’Albert qui débuta le 1er juillet 1916 et se poursuivit jusqu’au début du mois de novembre de la même année. Elles sont connues sous le nom collectif de bataille de la Somme.

La ferme de Mouquet à proprement parler était une position allemande lourdement défendue située à mi-chemin entre Pozières et les renforcements allemands des alentours du village de Thiepval. Les Anglais avaient estimé que les positions de Thiepval tomberaient dès le premier jour de l’offensive de la Somme (le 1er juillet) mais ce ne fut pas le cas. L’objectif de l’attaque initiale qui échoua avait été Bapaume. Vers la mi-août, les Anglais considéraient toujours qu’il était nécessaire de neutraliser les positions allemandes autour de Thiepval afin de pouvoir progresser vers l’est en direction de Bapaume. Mais pour attaquer Thiepval, on estimait qu’il fallait d’abord prendre la ferme de Mouquet.

Pendant la nuit du 6 au 7 août 1916, la quatrième division prit position sur les hauteurs de Pozières. Le 8 août au crépuscule, derrière un barrage roulant, les Australiens attaquèrent vers le nord en direction de Thiepval. Toutefois, ils progressèrent peu. La nuit suivante, ils prirent leur premier objectif et le 11 août deux puissantes contre-attaques allemandes furent repoussées.

Les bombardements de l’artillerie allemande pendant ces attaques furent intenses. En outre, tandis que les Australiens avançaient vers un saillant de plus en plus étroit de la ligne ennemie, les Allemands, eux pouvaient les bombarder simultanément de trois directions différentes. Tous leurs mouvements vers le front étaient surveillés par l’ennemi et la zone entière s’était convertie en une mer de cratères de bombes qui, avec la pluie, se transformait en marécage. De par la lourdeur des bombardements, il était difficile de reconnaître les points de repère alentour. Ce que Charles Bean, l’historien australien officiel, avait écrit sur Pozières en juillet 1916 s’appliquait tout autant au paysage des alentours de la ferme de Mouquet : « Il ne reste aucune surface ici qui soit intacte. »

Dès le 13 août 1916, les Australiens se trouvaient près de la ferme de Mouquet et attaquèrent pendant la nuit. Une carrière située près de la ferme fut prise et une compagnie opérant sous les ordres du capitaine Harry Murray, 13e bataillon (Nouvelle-Galles du Sud) s’empara d’une partie de la « tranchée Fabeck » allemande, au nord-est de la ferme. Mais Murray et ses hommes furent pris par surprise par les Allemands et durent lutter pour pouvoir se mettre en sécurité.

La quatrième division était maintenant épuisée. En dix jours de combats continus, elle avait essuyé 4 649 pertes dont un grand nombre était dues aux bombardements allemands. La première division prit alors la relève. Attaquant avec des forces relativement légères, elle n’enregistra qu’une faible progression et dès le 22 août avait perdu 2 650 hommes. A ce stade, des attaques de grande envergure furent montées pour saisir de petites sections de tranchées, défendues par les Allemands avec la même intensité. La deuxième division prit la relève et atteignit la ferme de Mouquet le 26 août. Elle découvrit que la ferme était défendue par le corps de réserve d’élite des gardes allemands retranchés dans de profonds abris. La deuxième division fut incapable de maintenir ses avances.

La quatrième division revint à l’assaut et attaqua pendant les nuits du 27 et 29 août et du 3 septembre, repoussant l’ennemi vers la ferme de Mouquet. Cependant, la ferme résista à leurs tentatives et se trouvait toujours entre des mains ennemies le 5 septembre, lorsque les Australiens furent relevés. Dix jours plus tard, le 15 septembre, dans le cadre d’une offensive majeure sur un large front, des chars d’assaut furent employés pour la première fois et les Anglais obtinrent de modestes succès dans leur avance à l’est de Pozières. Mais la ferme de Mouquet résistait toujours ; elle ne tomberait que le 26 septembre 1916.

En moins de sept semaines de combats à Pozières et à la ferme de Mouquet, trois divisions australiennes avaient déploré 23 000 victimes. Parmi elles, 6 800 hommes furent tués ou succombèrent plus tard à leurs blessures. Ces pertes étaient comparables à celles subies par les Australiens à l’issue de plus de huit mois à Gallipoli en 1915. Au sujet de cette période de la guerre, l’historien australien officiel ne trouvait pas grand-chose de positif à rapporter :

Haig [commandant en chef britannique] usait très certainement les nerfs de l’ennemi ; mais il ne se rendait pas compte qu’il usait encore plus vite ceux des membres … de sa propre armée … la tentative visant à repousser davantage la zone triangulaire située derrière Thiepval fut une grave erreur… elle ne fut finalement d’aucune utilité et ne servit qu’à aigrir les troupes.

Charles Bean, Anzac to Amiens (L’Anzac à Amiens), Canberra, 1948, p. 265


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