France 1918: Ligne d'Hindenburg

Bellenglise, Monument aux morts de la 4e Division australienne

Icône de carte

De sacrés soldats – Bastions extérieurs de la ligne Hindenburg, 18 septembre 1918

Membres de la 4e Division, France, avril 1918. [AWM E01963]

Membres de la 4e Division, France, avril 1918. [AWM E01963]

Lorsque l’armée impériale allemande se retira de Péronne au début du mois de septembre 1918, elle se replia vers des positions situées au nord et au sud du monument aux morts de la 4e Division. Ces positions étaient appelées « bastions extérieurs de la ligne Hindenburg » par les Anglais et à l’ouest se trouvaient deux anciennes lignes anglaises percées par les Allemands durant la grande offensive du 21 mars 1918. Ces anciennes lignes britanniques étaient munies de garnisons allemandes, ce qui rendait l’approche de la ligne Hindenburg elle-même redoutable. Estimant néanmoins que les Allemands étaient en perte de vitesse, le haut commandement anglais approuva un assaut sur les anciennes lignes britanniques et, en cas de succès, une attaque à monter rapidement sur les « bastions extérieurs de la ligne Hindenburg ».

Durant la nuit du 17 au 18 septembre, les hommes de la 1re et de la 4e Division australienne se déplacèrent vers une ligne de départ située à l’est des villes de Hargicourt au nord et du Verguier au sud, sur un front de six kilomètres et demi. Beaucoup de ces soldats combattaient maintenant depuis plusieurs semaines et les effectifs de la plupart des bataillons australiens étaient pratiquement réduits de moitié en raison du nombre de blessés et du manque de renforts. Cependant, selon Charles Bean, ils étaient « pleins d’enthousiasme » alors qu’ils se rendaient à nouveau vers la bataille. A la fin de la journée, la 1re Division au nord avait saisi tous ses objectifs.

Le Verguier. [DVA]

Le Verguier. [DVA]

L’attaque vers les tranchées « des bastions extérieurs de la ligne Hindenburg » débuta à l’est et au sud du Verguier, à environ deux kilomètres de là. Le terrain parcourait une série de larges vallées au nord de la rivière Omignon et le 48e Bataillon (Australie-Méridionale et Australie-Occidentale) prit les devants dans ce qui serait sa dernière offensive de la guerre. Ils se trouvèrent rapidement sous les tirs bien dirigés des mitrailleurs allemands mais pénétrèrent dans la ligne allemande et virent de nombreux soldats ennemis qui tentaient de s’échapper. L’aumônier William Devine, du 48e Bataillon, décrivit leur destin de la façon suivante :

Les autres durent courir vers un creux de l’autre côté du terrain en pente et la plupart d’entre eux prirent position le long d’une route enfoncée qui s’y trouvait […] Leur sort était rude […] car ils se trouvaient juste au-dessous du barrage protecteur de notre artillerie. Plus de dépouilles de soldats ennemis tués étaient étendues dans cette petite zone que l’écrivain des présentes pages n’avait jamais vues rassemblées en un seul endroit. Beaucoup de ceux qui se trouvaient sous les tirs lourds coururent en avant les mains levées en signe de reddition et depuis cet endroit et la tranchée-abri qui lui était associée, cent quatre-vingt-neuf soldats furent faits prisonniers.

William Devine, The Story of a Battalion (Histoire d’un bataillon), Melbourne, 1919, pp. 148–9

Paysages au sud de la ville du Verguier à partir duquel les soldats australiens débutèrent leur attaque des « bastions extérieurs de la ligne Hindenburg » le 18 septembre 1918. [DVA]

Paysages au sud de la ville du Verguier à partir duquel les soldats australiens débutèrent leur attaque des « bastions extérieurs de la ligne Hindenburg » le 18 septembre 1918. [DVA]

Paysages entre Le Verguier et Bellenglise à travers lesquels les soldats australiens montèrent leur attaque sur les bastions extérieurs de la ligne Hindenburg le 18 septembre 1918. [DVA]

Paysages entre Le Verguier et Bellenglise à travers lesquels les soldats australiens montèrent leur attaque sur les bastions extérieurs de la ligne Hindenburg le 18 septembre 1918. [DVA]

Les hommes du 45e Bataillon (Nouvelle-Galles du Sud), « avançant en ordre magnifique » continuèrent alors à travers la ligne qui avait été prise par le 48e.

Hommes du 45e Bataillon (Nouvelle-Galles du Sud) suivant de près un barrage roulant d’artillerie près du Verguier, France, septembre 1918. [AWM E03248]

Hommes du 45e Bataillon (Nouvelle-Galles du Sud) suivant de près un barrage roulant d’artillerie près du Verguier, France, septembre 1918. [AWM E03248]

Hommes du 48e Bataillon (Australie-Méridionale et Australie-Occidentale) observant l’avance du 45e Bataillon (Nouvelle-Galles du Sud) près du Verguier, France, 18 septembre 1918. [AWMÂ E03258]

Hommes du 48e Bataillon (Australie-Méridionale et Australie-Occidentale) observant l’avance du 45e Bataillon (Nouvelle-Galles du Sud) près du Verguier, France, 18 septembre 1918. [AWMÂ E03258]

Troupes du 45e Bataillon (Nouvelle-Galles du Sud) devant l’objectif qu’ils viennent de prendre devant les « bastions extérieurs de la ligne Hindenburg », France, septembre 1918. [AWM E03260]

Troupes du 45e Bataillon (Nouvelle-Galles du Sud) devant l’objectif qu’ils viennent de prendre devant les « bastions extérieurs de la ligne Hindenburg », France, septembre 1918. [AWM E03260]

Un photographe officiel accompagnait le bataillon alors qu’il combattait jusqu’au sommet d’une autre colline de la vallée, capturant des mitrailleuses et des membres de l’infanterie allemandes. Ses séries d’images montrent les Australiens se déplaçant à travers les paysages ouverts à l’est du monument aux morts de la 4e Division, et, ayant remporté leur objectif, s’arrêtant pour regarder le bombardement de l’artillerie anglaise frapper les positions allemandes des « bastions extérieurs de la ligne Hindenburg » autour de la zone du monument. Cette nuit-là, le 46e Bataillon (Victoria) prit d’assaut les « bastions extérieurs de la ligne Hindenburg » dans une tempête de pluie qui força les défenseurs allemands à s’abriter. La grande majorité des ennemis appartenait à des troupes de réserve qui s’étaient élancées en avant plus tôt dans la journée, car elles anticipaient une attaque australienne à l’aube du 19 septembre. Des centaines se rendirent, causant des problèmes pour les Australiens.

[…] certains parmi la foule de prisonniers arrivant au quartier général de Couchman [le chef de bataillon Frank Couchman] faisaient preuve d’agression, notamment un officier, mais un caporal du Victoria évita toute flambée de violence en les obligeant à avancer continuellement vers l’arrière. Un officier capturé fit le commentaire suivant à Couchman : « tout ce que je puis dire c’est que vous êtes de sacrés soldats » !

Charles Bean, The Australian Imperial Force in France, 1918, Official History of Australia in the War of 1914-1918 (La Force impériale australienne en France, 1918, l’histoire officielle de l’Australie durant la guerre de 1914-1918), Volume VI, p. 926

Prisonniers allemands sous escorte, France, 18 septembre 1918. [AWMÂ  E03264]

Prisonniers allemands sous escorte, France, 18 septembre 1918. [AWMÂ E03264]

Barbelés denses et noirs enchevêtrés protégeant les « bastions extérieurs de la ligne Hindenburg » à Bellenglise, France, septembre 1918. [AWM E03367]

Barbelés denses et noirs enchevêtrés protégeant les « bastions extérieurs de la ligne Hindenburg » à Bellenglise, France, septembre 1918. [AWM E03367]

Soldat de deuxième classe Percy Woods, Croix de Victoria, 48e Bataillon (Australie-Méridionale et Australie-Occidentale). [AWM A02640]

Soldat de deuxième classe Percy Woods, Croix de Victoria, 48e Bataillon (Australie-Méridionale et Australie-Occidentale). [AWM A02640]

À ce stade des combats, le flanc droit de la position du 46e dans la ligne récemment saisie était vulnérable sur sa droite, au sud-ouest du monument aux morts de la 4e Division. Deux compagnies du 48e Bataillon arrivèrent pour repousser l’ennemi par un labyrinthe de tranchées que couvraient les mitrailleuses ennemies. Une partie de la position fut saisie à l’aide d’un soldat que l’aumônier Devine du 48e qualifiait de « brandon de discorde » :

Un garçon du nom de Woods [le soldat de deuxième classe James Woods] se hissa sur le parapet d’une tranchée avoisinante. Il fut rapidement la cible de nombreuses balles ; mais la chance de la guerre, aussi remarquable dans ses amitiés que dans ses rancunes, lui sourit. Allongé sur l’estomac pendant que ses camarades au-dessous l’alimentaient en bombes, il créa tellement de pagaille dans le renforcement ennemi que lorsque les renforts arrivèrent, leur tâche fut aisée.

William Devine, The Story of a Battalion (Histoire d’un bataillon), Melbourne, 1919, p. 150

Hommes du 46e Bataillon (Victoria) dans une tranchée capturée des « bastions extérieurs de la ligne de Hindenburg » près de Bellenglise, France, septembre 1918. [AWM E03366]

Hommes du 46e Bataillon (Victoria) dans une tranchée capturée des « bastions extérieurs de la ligne de Hindenburg » près de Bellenglise, France, septembre 1918. [AWM E03366]

C’est ainsi, écrivait l’aumônier Devine, que le 48e Bataillon remporta sa seule et unique Croix de Victoria de la guerre décernée lors des combats de son tout dernier engagement – la prise des « bastions extérieurs de la ligne Hindenburg ». Selon Devine, ceci ajoutait au caractère poignant des morts de ceux qui furent abattus lors des derniers combats. Les dépouilles des morts du bataillon furent ramenées du champ de bataille et initialement inhumées plus près du Verguier au taillis de Dean. Devine cita tout particulièrement un travailleur manuel de Port Adélaïde, le soldat de deuxième classe Nathaniel Lunt, âgé de 33 ans, qui s’était inscrit au bataillon nouvellement créé en Egypte au début 1916.

Lunt était considéré comme l’un des personnages du bataillon, le « héro de nombreuses batailles, tant dans la ligne qu’au dehors ». Le dossier personnel AIF de Lunt auprès des archives nationales australiennes révèle un certain nombre de ces incidents qui firent sans doute qu’on le surnomma « trublion » :

Pierre tombale du soldat de deuxième classe Nathaniel Lunt, 48e Bataillon (Australie-Méridionale et Australie-Occidentale), cimetière britannique de Bellicourt. [DVA]

Pierre tombale du soldat de deuxième classe Nathaniel Lunt, 48e Bataillon (Australie-Méridionale et Australie-Occidentale), cimetière britannique de Bellicourt. [DVA]

14 mars1916 - apparut non rasé ;
24 avril 1916 - ne participa pas à la parade lorsqu’on lui ordonna de le faire ;
19 mai 1916 - non-obéissance à un ordre ;
21 juin 1916 - causa une bagarre après l’extinction des feux ;
11 juillet 1916 - usa de mots grossiers auprès d’un sous-officier ;
19 juillet 1916 - endommagea délibérément la propriété du gouvernement.

Pour suivre le dossier de Lunt en ligne, veuillez consulter http://naa12.naa.gov.au/

Mais, « tout trublion qu’il fût, Lunt mit la main à la pâte » pour le 48e Bataillon. En août 1916 il fut grièvement blessé dans l’enfer de Pozières. Selon son dossier, un grand morceau de métal fut enlevé de sa blessure dans le cadre d’une opération chirurgicale qui eut lieu en novembre 1916.

Actuellement, Lunt repose dans le carré 4, rangée B, tombe 2 du cimetière britannique de Bellicourt, à environ six kilomètres au nord-est d’où il mourut le 20 septembre 1918 alors que le 48e Bataillon consolidait sa position dans les tranchées au sud du monument aux morts de la 4e Division. Sa pierre tombale ne comporte pas d’épitaphe et l’on pourrait peut-être permettre à l’aumônier Devine de nous dire quelques mots de ce « soldat australien » oublié et de ses deux copains, les soldats de deuxième classe Punch Donovan et Cork Daly, que Devine considérait tous deux comme étant « essentiels à l’identité du 48e » :

Dessin du taillis Dean, Darryl Lindsay, tiré de William Devine, Story of a Battalion (Histoire d’un bataillon), Melbourne, 1919, en face de la page 153.

Dessin du taillis Dean, Darryl Lindsay, tiré de William Devine, Story of a Battalion (Histoire d’un bataillon), Melbourne, 1919, en face de la page 153.

Toujours visibles lors d’une attaque, mais dès le point culminant passé, ils recherchaient avec un intérêt renouvelé les tâches diverses qui en découlaient. S’il fallait emmener des prisonniers à l’arrière, le devoir d’escorte leur revenait de droit, et ils s’amusaient beaucoup en chemin. […] Ils reçurent des décorations, et personne ne les méritait plus qu’eux, mais le même caractère de tzigane qui faisait qu’ils étaient si utiles au bataillon en tant qu’éclaireurs réguliers ou irréguliers rendait toute promotion impossible.

William Devine, The Story of a Battalion (Histoire d’un bataillon), Melbourne, 1919, p.151

Cimetière britannique de Bellicourt, Bellicourt. [DVA]
Cimetière britannique de Bellicourt, Bellicourt. [DVA]

Cimetière britannique de Bellicourt, Bellicourt. [DVA]
Cimetière britannique de Bellicourt, Bellicourt. [DVA]

Cimetière britannique de Bellicourt, Bellicourt. [DVA]

Cimetière britannique de Bellicourt, Bellicourt. [DVA]

Lorsqu’on se tient debout au monument aux morts de la 4e Division, l’on se souvient que ce sont des hommes comme le soldat de deuxième classe Nathaniel Lunt qui rendirent possibles les accomplissements militaires de l’AIF tout autant que les généraux, colonels ou sergents.

Monument aux morts de la 4e Division australienne, Bellenglise, France, juste après sa construction vers 1919. [National Archives of Australia (archives nationales australiennes) MP1372/1 445809.0012]

Monument aux morts de la 4e Division australienne, Bellenglise, France, juste après sa construction vers 1919. [National Archives of Australia (archives nationales australiennes) MP1372/1 445809.0012]

Pont sur le canal de St Quentin, Bellenglise. [DVA]

Pont sur le canal de St Quentin, Bellenglise. [DVA]

Canal de St Quentin à Bellenglise. [DVA]

Canal de St Quentin à Bellenglise. [DVA]

Canal de St Quentin près de Bellenglise, France, 1918. [AWM E03521]

Canal de St Quentin près de Bellenglise, France, 1918. [AWM E03521]


Icône de carte

© 2012 Department of Veterans' Affairs and Board of Studies NSW :: Last update - December 2010