Bullecourt, le soldat australien de Bullecourt
Pas de félicitations particulières – le sergent John James White, 22e bataillon, de Briagalong, dans le Victoria
Le sergent John James White et sa famille photographiés en Australie avant son départ pour l’Europe début 1916. [DVA]
Aujourd’hui, tout autour du « soldat australien de Bullecourt » se trouvent les grands champs arables ouverts du département du Pas-de-Calais. C’est tout de suite derrière le parc du monument aux morts australien, au petit matin du 3 mai 1917, que les quatre bataillons de la 6e brigade de l’AIF, tous du Victoria, ainsi que leurs unités de soutien, s’assemblèrent aux lignes de départ pour lancer l’assaut sur la ligne Hindenburg. C’était là le début de la deuxième bataille de Bullecourt. Parmi ces hommes se trouvait le sergent John White, 22e bataillon, âgé de 28 ans.
John White s’était engagé dans les rangs de l’AIF le 12 février 1916, déclarant qu’il était marié à Lilian White et qu’il travaillait comme forgeron dans la petite ville de Briagalong dans le Gippsland. Quinze mois plus tard, John White fut l’un de plus de 151 hommes qui périrent dans l’avancée vers la ligne Hindenburg. Le bataillon se trouvait à l’extrémité de l’aile gauche de la brigade, devant le 21e bataillon, lorsque les hommes durent affronter les tirs lourds de mitrailleuses et de fusils des positions allemandes à l’est de Bullecourt et des obus de l’artillerie allemande. Les obus pleuvaient juste en deçà de la ligne de front ennemie, en plein dans les hommes du 21e et du 22e bataillon.
L’avancée se divisa en deux et des éléments des deux bataillons pénétrèrent les lignes allemandes non loin de l’arrière où se situe actuellement le parc du monument aux morts australien. Pendant le reste de la journée, les hommes de la 6e brigade luttèrent pour se frayer un chemin vers une section de la ligne Hindenburg et résistèrent, en dépit des contre-attaques allemandes. Ce fut l’une des seules histoires à succès de l’attaque anglaise sur un front de 25 kilomètres ce jour-là. Des années plus tard, Charles Bean rédigerait le texte suivant sur l’effet que produisit la vue des hommes de la 6e brigade revenant ce matin du 4 mai 1917 après leur succès de la veille :
Puis, épuisés, négligés, en nombre réduit mais éclatants de fierté, les hommes de la 6e brigade ressortirent. Ils ne cherchaient aucune reconnaissance de leur victoire et aucune ne leur fut accordée. Pas de félicitations particulières, pas de haut commandant leur donnant son aval. De fait les hauts commandants ne savaient que peu de chose sur ce qu’avaient accompli les hommes de la brigade.
Charles Bean, The Australian Imperial Force in France, 1917, Official History of Australia in the War of 1914–1918 (Les Forces armées impériales australiennes en France, 1917, l’histoire officielle de l’Australie durant la guerre de 1914-1918), Volume IV, p. 487
Mais Charles Bean savait ce qu’avaient enduré et réussi les bataillons et les unités de soutien de la 6e brigade lors de cette première journée de la deuxième bataille de Bullecourt et il fit en sorte que leur histoire soit pleinement relatée dans son histoire officielle. Comme il l’avait prévu, son récit de la bataille n’est pas seulement un rapport de la bataille du point de vue d’un historien militaire, mais aussi un hommage aux soldats australiens ordinaires – comme le sergent John White de Briagalong, Victoria – qui luttèrent pour se frayer une voie dans le paysage meurtri de Bullecourt en ce 3 mai 1917.
Contemplant les champs en direction de Bullecourt depuis le fond du parc du monument aux morts australien. [DVA]
La dépouille de John White ne fut pas retrouvée après la bataille. Ses effets personnels, y compris sa bible, furent renvoyés chez lui. Après la guerre, l’épouse du sergent White, Lilian, se remaria et quitta Briagalong mais en 1922 elle réclama ses médailles de guerre et on les lui envoya assorties d’un exemplaire de Where the Australians rest (Là où reposent les Australiens), publication du gouvernement australien décrivant de nombreux cimetières à l’étranger où les morts membres de l’AIF sont enterrés ou bien les monuments aux morts commémorant ceux qui n’ont pas de tombe recensée. À cette époque, John White figurait parmi les « disparus » et à la longue son nom fut donc gravé avec ceux de ses camarades du 22e bataillon sur les murs du monument aux morts national australien de Villers-Bretonneux.
En novembre 1994, alors qu’il labourait son champ juste derrière le parc du monument aux morts australien à Bullecourt, un agriculteur local retrouva la dépouille du sergent John White, 22e bataillon, 77 ans après son décès. Son disque d’identité était toujours intact. La nouvelle dut vivement frapper Myrle Prophet, la fille de John et seul membre survivant de sa famille, alors âgée de 80 ans. Une de ses photos de famille, prise en 1916, avant le départ de John pour l’étranger le montre en uniforme de l’AIF avec son épouse Lilian, leur fils Colin et Myrle bébé. On retrouva avec la dépouille de John un portefeuille renfermant, entre autres, les fragments toujours lisibles d’une lettre et une mèche de cheveux.
En novembre 1995, le cercueil du sergent White enveloppé d’un drapeau fut transporté par six soldats australiens à une tombe du cimetière de la route de Quéant près de Bullecourt. C’est là, en la présence de sa fille, qu’il put enfin reposer en paix avec cette mèche de cheveux qu’il avait apportée d’Australie tant d’années auparavant. Un cor français joua « The Last Post » ; désormais le sergent John White ne ferait plus partie des « disparus ».
Les obsèques du sergent John James White, 22e bataillon (Victoria), cimetière de la route de Quéant, Buissy, novembre 1995. [DVA]
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![Cimetière de la route de Quéant, Buissy. [DVA]](/bullecourt/images/white-16-tn.jpg)
![Cimetière de la route de Quéant, Buissy. [DVA]](/bullecourt/images/white-17-tn.jpg)
![Épitaphe de pierre tombale, cimetière de la route de Quéant, Buissy. [DVA]](/bullecourt/images/white-18-tn.jpg)
![Les obsèques du sergent John James White, 22e bataillon (Victoria), cimetière de la route de Quéant, Buissy, novembre 1995. [DVA]](/bullecourt/images/white-1-tn.jpg)
![Les obsèques du sergent John James White, 22e bataillon (Victoria), cimetière de la route de Quéant, Buissy, novembre 1995. [DVA]](/bullecourt/images/white-2-tn.jpg)
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![Le « soldat australien ». [DVA]](/bullecourt/images/bull-20-tn.jpg)
![Paysage de Bullecourt, automne. [DVA]](/bullecourt/images/bull-26-tn.jpg)
![Paysage de Bullecourt, automne. [DVA]](/bullecourt/images/bull-27-tn.jpg)