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France 1917: Première et deuxième bataille de Bullecourt
Bullecourt, le soldat australien de Bullecourt
Avec une fière détermination et une nonchalance étudiée – le 48e bataillon à Bullecourt
Le vestige d’une chenille de char d’assaut dans la place principale de Bullecourt à proximité de l’église de St Vlaast nous rappelle la première bataille de Bullecourt qui eut lieu dans les champs tout autour du « soldat australien de Bullecourt », le 11 avril 1917. L’attaque anglaise et australienne à Bullecourt eut lieu deux jours après le début de « l’offensive d’Arras » plus au nord où, à Vimy, les Canadiens enlevèrent les hauteurs de la crête aux Allemands. On espérait qu’à Bullecourt on pourrait faire une percée dans l’arrière-flanc allemand. Ces attaques britanniques furent menées pour soutenir une offensive majeure prévue par les Français sous le commandement du général Robert Nivelle.
L’attaque australienne devait se produire à l’est de Bullecourt, plus ou moins dans la direction où regarde le « soldat australien de Bullecourt », traverser des barbelés enchevêtrés et pousser jusqu’aux tranchées de la ligne Hindenburg. Les barbelés seraient tranchés par une nouvelle arme – les chars d’assaut – plutôt que par un bombardement traditionnel de l’artillerie servant à les démanteler, bombardement qui habituellement avertissait l’ennemi du caractère imminent de l’attaque prévue. Cette attaque fut initialement prévue pour le lever du jour du 10 avril mais, en raison d’une tempête de neige, les chars d’assaut n’apparurent pas. L’historien du 48e bataillon (Australie Méridionale et Occidentale), l’aumônier William Devine, n’en fut guère impressionné :
Ce fut l’heure et on attendait toujours les chars, les minutes passaient et les hommes frissonnaient dans la neige. Pendant ce temps la lumière du jour augmentait, ce qui rendait leur position exposée et dangereuse. Ils attendirent une heure et enfin on donna l’ordre d’un retrait vers les tranchées […] les hommes se levèrent ankylosés, frigorifiés et perclus de crampes, maudissant les chars et la stupidité du haut commandement qui les soutenait.
William Devine, The Story of a Battalion (L’histoire d’un bataillon), Melbourne, 1919, p.74
Char d’assaut anglais de la Première Guerre mondiale retrouvé dans les champs de Bullecourt, devant l’église de St Vlaast, Bullecourt. [DVA]
Le lendemain, les bataillons d’attaque – les 48e et 46e bataillons (Victoria) – s’assemblèrent à nouveau dans les champs à environ 550 mètres du « soldat australien de Bullecourt ». À leur droite, d’autres bataillons australiens se préparaient à avancer plus directement vers le village de Riencourt-lès-Cagnicourt, situé à environ deux kilomètres au nord-est de Bullecourt. Encore une fois, les chars d’assaut n’apparurent pas, et lorsqu’enfin un char fit son apparition, les Australiens avaient déjà engagé leur avancée vers les barbelés de la ligne Hindenburg, sans aucune aide, mais bien décidés à percer. Dès 5 h 30 du matin, le 46e bataillon, malgré de lourdes pertes, avait percé les barbelés et se trouvait en première ligne des tranchées allemandes, appelée OG1. Ces tranchées étaient situées juste derrière le « soldat australien de Bullecourt » et continuaient en direction de Bullecourt. Derrière le 46e, le 48e lutta pour se faire une place dans la ligne suivante, OG2, qui suivait plus ou moins les talus de la route enfoncée qui débouche à la droite du parc du monument aux morts australien en direction de Riencourt-lès-Cagnicourt.
Vue depuis la statue du « soldat australien », parc du monument aux morts australien, Bullecourt. C’est à travers cette zone que le 46e bataillon (Victoria), suivi du 48e bataillon (Australie Méridionale et Occidentale) perça la ligne Hindenburg le 11 avril 1917. [DVA]
Pendant plusieurs heures, la bataille fit rage dans cette zone alors que les deux bataillons australiens tentaient de maintenir leurs positions. Le haut commandement considérant à tort que l’attaque se passait bien et atteignait ses objectifs finaux bien au-delà d’OG2, l’artillerie anglaise ne tira pas à proximité de leurs positions. En conséquence, les Allemands purent monter de puissantes contre-attaques sans être gênés par les tirs d’obus. Dès le milieu de la matinée, on avait obligé le 46e bataillon à quitter ses positions, de nombreux hommes furent capturés et des douzaines de soldats furent abattus et blessés. Ces manœuvres signifièrent que le 48e bataillon fut isolé à OG2 et les hommes n’eurent d’autre choix que de lutter pour se frayer une voie de retrait vers les lignes australiennes.
L’un des hommes qui n’y parvint pas fut le soldat de deuxième classe Kenneth Anderson. L’un de ses camarades le vit, grièvement blessé mais tentant néanmoins de retrouver son chemin dans une tranchée communiquant avec OG1. Un autre homme abandonné, grièvement blessé, fut le soldat de deuxième classe John Healy.
Il fut atteint au-delà de la première ligne des tranchées allemandes. Il fut transporté dans la tranchée. Je [soldat de deuxième classe Percy Sims] lui parlai pendant quelques minutes avant qu’on se replie. Il me demanda ce que nous faisions, et je lui répondis que nous avions l’ordre de nous retirer. Il était blessé au visage et nous dit qu’il avait aussi été blessé au dos. Nous évacuâmes la tranchée vers midi.
Australian Red Cross Wounded and Missing Enquiry Bureau file, Private John Healy (dossier du Bureau de demandes relatives aux blessés et disparus de la Croix Rouge australienne, soldat de deuxième classe John Healy),
http://www.awm.gov.au/cms_images/1DRL428/00016/1DRL428–00016–1300912.pdf
La route « enfoncée » vers Bullecourt depuis Riencourt-lès-Cagnicourt. Au loin on aperçoit les drapeaux du parc du monument aux morts australien et le village de Bullecourt. C’est dans cette zone que le 46e bataillon (Victoria) et le 48e bataillon (Australie Méridionale et Occidentale) combattirent dans la ligne Hindenburg le 11 avril 1917. [DVA]
Le caporal lancier Albert Ticklie fut lui aussi abandonné. On le vit pour la dernière fois, arborant son ruban de médaille militaire et la jambe fracassée dans une tranchée de soutien juste avant que le 48e bataillon ne soit obligé de se replier. On retrouverait ultérieurement la dépouille d’Anderson qui fut enterré dans le cimetière anglais de Tilloy près d’Arras, mais on ne revit jamais plus ni Healy ni Ticklie et leurs noms sont gravés sur le monument aux morts national australien de Villers-Bretonneux.
Obus allemands éclatant au dessus des lignes australiennes de soutien après l’attaque de Bullecourt, France, 7 mai 1917. [AWM E00517]
Le capitaine Allan Leane mena les survivants vers OG1 ; c’était le neveu du chef de bataillon, le lieutenant colonel Raymond Leane. Lorsqu’ils atteignirent cette tranchée, après avoir repoussé les Allemands, Leane se rendit compte qu’ils allaient manquer de munitions et de bombes. La seule voie possible consistait à remonter le bord de la tranchée, traverser les barbelés en sens inverse et parcourir le no man’s land en direction des lignes australiennes. Les blessés graves furent accommodés le mieux possible, une garde arrière placée en position pour couvrir le retrait, puis Leane donna l’ordre de s’élancer. Beaucoup supposaient que le 48e avait été totalement éliminé, lorsqu’un observateur de la ligne de front remarqua des hommes « traversant au bout des barbelés, certains regardant en arrière et parlant à leurs camarades ». Charles Bean écrirait ultérieurement :
Ainsi, une heure après que les autres bataillons eurent quitté les tranchées, le 48e sortit – sous de lourds tirs de fusils et de mitrailleuses, mais avec une fière détermination et une nonchalance étudiée, au pas de marche, se frayant précautionneusement un chemin parmi les barbelés tranchés […] aidant soigneusement les blessés encore capables de marcher, et leurs officiers marchant à l’arrière. Où que les Australiens combattissent, leur cadence de marche était remarquée par leurs amis et leurs ennemis, mais nulle part ailleurs ne fut-elle aussi spectaculaire qu’ici. Pendant dix minutes, l’attention de la moitié du champ de bataille fut centrée sur eux, alors que, aussi détendus que des travailleurs quittant leur lieu de travail quotidien, les hommes du 48e se dégagèrent.
Charles Bean, The Australian Imperial Force in France, 1917, Official History of Australia in the War of 1914–1918 (Les Forces armées impériales australiennes en France, 1917, l’histoire officielle de l’Australie durant la guerre de 1914-1918), Volume IV, p. 340
Soldats australiens réchauffant une gamelle de thé à l’aide d’une bougie lors des combats près de Bullecourt, France, 19 mai 1917. [AWM E00456]
Certains furent atteints alors qu’ils traversaient le no man’s land, notamment le lieutenant William Watson qui mourut par la suite, le 28 avril 1917. Pour son courage et sa performance d’ensemble à Bullecourt, on lui décerna la croix militaire. La recommandation déclarait notamment :
Avec les quelques officiers restants, il couvrit le retrait des hommes. Il fut atteint près de la colonne vertébrale juste en dehors de la tranchée ennemie et rampa sur 731 mètres avant d’être ramassé par nos brancardiers. Son courage et sa détermination donnèrent l’exemple à ses hommes.
Recommandation pour l’octroi d’une médaille militaire, lieutenant William Watson, 48e bataillon, AIF,
http://www.awm.gov.au/cms_images/awm28/1/198/0127.pdf
Le frère cadet de William Watson, le lieutenant Herbert Watson, fut également abattu ce matin-là alors qu’il combattait avec le 48e bataillon. Le capitaine Allan Leane fut lui aussi atteint et on le vit pour la dernière fois alors qu’il sautait à cloche-pied en direction des barbelés allemands. Il fut capturé et on reporta ultérieurement qu’il avait péri aux mains des Allemands le 2 mai 1917. La dépouille de Leane ne fut jamais retrouvée pour qu’on puisse l’inhumer et son nom est gravé sur le monument aux morts national australien de Villers-Bretonneux. Dans son ensemble, la journée du 11 avril 1917 fut terrible pour le 48e bataillon, l’histoire officielle citant des pertes de 436 tués ou blessés, et la liste d’honneur du Monument aux morts australien énumérant 96 hommes du bataillon morts ce jour-là. L’unité fut retirée pour se remettre à Bapaume et Bean raconte qu’ils entrèrent dans le camp « avec panache, en chantant ».
La route « enfoncée » à l’est du parc du monument aux morts australien qui mène au village de Riencourt–lès–Cagnicourt. C’est dans cette zone que le 48e bataillon (Australie Méridionale et Occidentale) tint une section de tranchée de la ligne Hindenburg le matin du 11 avril 1917, avant d’être obligé de se retirer. [DVA]
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![Australiens se préparant pour une attaque près de Bullecourt, France, mai 1917. [AWM E00454]](/bullecourt/images/awm-e00454-tn.jpg)
![Char d’assaut anglais de la Première Guerre mondiale retrouvé dans les champs de Bullecourt, devant l’église de St Vlaast, Bullecourt. [DVA]](/bullecourt/images/bull-6-tn.jpg)
![Vue depuis la statue du « soldat australien », parc du monument aux morts australien, Bullecourt. C’est à travers cette zone que le 46e bataillon (Victoria), suivi du 48e bataillon (Australie Méridionale et Occidentale) perça la ligne Hindenburg le 11 avril 1917. [DVA]](/bullecourt/images/bull-30-tn.jpg)
![La route « enfoncée » vers Bullecourt depuis Riencourt-lès-Cagnicourt. Au loin on aperçoit les drapeaux du parc du monument aux morts australien et le village de Bullecourt. C’est dans cette zone que le 46e bataillon (Victoria) et le 48e bataillon (Australie Méridionale et Occidentale) combattirent dans la ligne Hindenburg le 11 avril 1917. [DVA]](/bullecourt/images/bull-28-tn.jpg)
![Troupes cantonnées dans une route enfoncée, Bullecourt, France, mai 1917. [AWM E02021]](/bullecourt/images/awm-e02021-tn.jpg)
![Obus allemands éclatant au dessus des lignes australiennes de soutien après l’attaque de Bullecourt, France, 7 mai 1917. [AWM E00517]](/bullecourt/images/awm-e00517-tn.jpg)
![Soldats australiens réchauffant une gamelle de thé à l’aide d’une bougie lors des combats près de Bullecourt, France, 19 mai 1917. [AWM E00456]](/bullecourt/images/awm-e00456-tn.jpg)
![Brancardiers australiens à Bullecourt, France, mai 1917. [AWM E00440]](/bullecourt/images/awm-e00440-tn.jpg)
![La route « enfoncée » à l’est du parc du monument aux morts australien qui mène au village de Riencourt–lès–Cagnicourt. C’est dans cette zone que le 48e bataillon (Australie Méridionale et Occidentale) tint une section de tranchée de la ligne Hindenburg le matin du 11 avril 1917, avant d’être obligé de se retirer. [DVA]](/bullecourt/images/bull-31-tn.jpg)
![Le capitaine Allan Leane, 48e bataillon (Australie Méridionale et Occidentale). [AWM P01723.001]](/bullecourt/images/awm-p01723-001-tn.jpg)