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France 1918: Défense d'Amiens
Dernancourt
Ici repose un courageux combattant anglais
Vue depuis l’extension du cimetière communal de Dernancourt en direction du village de Dernancourt et du talus de la voie ferrée. [DVA]
Le 5 avril 1918, les champs tout autour du cimetière de Dernancourt étaient un champ de bataille. Ayant échoué dans leurs efforts pour percer les lignes britanniques dans ce secteur le 28 mars, les Allemands revinrent avec une puissance renouvelée. Les forces allemandes étaient grandement supérieures en nombre aux bataillons australiens tenant la ligne le long du talus de la voie ferrée et postés dans les tranchées de soutien alignées sur les flancs de la colline. Une offensive importante partit du village de Dernancourt lui-même contre les postes du 47e Bataillon étirés de chaque côté du passage sous la voie ferrée. L’ennemi avança après un bombardement d’artillerie notable sur les postes australiens, et bien qu’ils aient été retenus par une première résistance peu après 10 h du matin, les soldats allemands commencèrent à se déverser par-dessus le talus et dans le passage. Parmi les soldats qui firent de leur mieux pour les arrêter, mais donnèrent leur vie pour cela, se trouvait le lieutenant William Cooksley, âgé de 26 ans et originaire de Brisbane dans le Queensland. Trois jours plus tard, le commandant de Cooksley, le lieutenant-colonel Alexander Imlay, écrivit au père du jeune homme pour lui offrir ses condoléances. La lettre d’Imlay était probablement semblable à des milliers d’autres écrites par les officiers et sous-officiers aux familles des soldats décédés, pour leur donner des informations toujours essentielles dans ces circonstances sur ce qui était arrivé à leurs fils, maris et autres membres de leurs familles :
Votre fils était un homme très courageux, et bien qu’il n’ait été avec nous que depuis quelques mois, il avait été nommé officier à cause de sa bravoure et de sa conduite exemplaire, dont il fit encore preuve dans son dernier combat. Lui et sa section combattirent pendant cinq heures contre des troupes 20 fois plus importantes que les leurs, et il fut tué par un obus au moment où son poste était sécurisé. Il encouragea ses hommes et fit preuve de beaucoup de courage. Nous sommes fiers de lui et nous aimerions avoir plus de soldats de sa trempe.
Lettre du lieutenant-colonel Alexander Imlay à William Cooksley, datée du 8 avril 1918, jointe à la fiche du lieutenant William Cooksley figurant au Tableau d’honneur du Mémorial australien de la guerre,
http://www.awm.gov.au/cms_images/awm131/011/011849.pdf
Vue depuis l’extension du cimetière communal de Dernancourt sur les champs au nord du talus de la voie ferrée. [DVA]
On peut se demander si les Cooksley lurent le récit de la bataille de Dernancourt rédigé par Charles Bean, qui apparut dans son Histoire officielle en 1937. Il y décrit un certain nombre d’attaques allemandes sur les postes du 47e Bataillon à la voie ferrée, qui furent tout d’abord repoussées puis finirent par réussir, un certain nombre de soldats du Queensland étant faits prisonniers. Bean affirme que le lieutenant Cooksley fut tué par balle à la tête lorsqu’il tenta d’attraper son fusil après avoir aligné ses hommes le long de la voie ferrée. À ce moment-là, les défenses du 47e Bataillon furent balayées et peu après, l’infanterie ennemie commença à remonter la pente vers le cimetière. Malheureusement, contrairement à la lettre du colonel Imlay à la famille Cooksley, le poste était loin d’être sécurisé. Le 47e Bataillon fut repoussé et les bataillons situés à sa droite et à sa gauche étaient en danger d’être débordés et coupés des autres.
Très peu des corps des 41 hommes du 47e Bataillon qui moururent lors de l’avancée allemande de Dernancourt le 5 avril 1918 furent retrouvés ou identifiés. Leurs noms apparaissent donc sur le Mémorial national australien de Villers-Bretonneux. Sept de ces hommes, cependant, reposent près de l’endroit où ils tombèrent, dans l’extension du cimetière communal de Dernancourt. Au carré V, rangée I, tombe 2 repose le soldat de deuxième classe Charles Badham Martin, âgé à sa mort de 46 ans, qui s’était engagé à Hughenden, dans le Queensland, abandonna son métier à la ferme, où il était « chargé de la maintenance des clôtures ». Martin fut gravement blessé aux deux jambes par un obus et selon un témoin il fut « laissé » et il fut « impossible de le sortir de là » lorsque le bataillon battit en retraite. Il semble que Martin se trouvait dans un poste de l’autre côté du passage sous la voie ferrée, dans une tranchée touchée de plein fouet par les obus ennemis. Le soldat de deuxième classe William Cottell, qui fut également blessé, raconta cet épisode plus tard :
Nos brancardiers nous emmenèrent, après nous voir administré les premiers soins, et nous déposèrent du côté gauche du talus. Il gisait devant moi sur un brancard lorsqu’ils me firent prisonnier, mais il était quasiment foutu à mon départ. Il me dit « Je suis foutu, Cottell ». L’ennemi, à son arrivée, ne se donna pas la peine de l’emmener lui aussi.
Fichier du Bureau de renseignements sur les blessés et les disparus de la Croix Rouge australienne sur le soldat de deuxième classe Charles Badham Martin,
http://www.awm.gov.au/cms_images/1DRL428/00022/1DRL428–00022–1720306.pdf
Pierre tombale du soldat de deuxième classe Charles Badham Martin, 49e Bataillon (Queensland), extension du cimetière communal de Dernancourt. Le soldat de deuxième classe Martin tomba à la bataille de Dernancourt le 5 avril 1918. [DVA]
Mais Charles Badham Martin n’était pas un simple fermier. Le formulaire de renseignements envoyé aux familles demandant des informations sur les soldats tombés aux champs d’honneur, qui se trouve maintenant au Mémorial australien de la guerre, fut rempli par sa sœur, Mme Nora Manning, la femme du célèbre avocat et politicien de Sydney, Henry (plus tard Sir Henry) Manning, qui vivait dans le quartier chic de Point Piper à Sydney. Elle écrivit que la profession de Martin était « avocat » et qu’il avait été un élève à l’école très fermée de Kings School à Parramatta. En réalité, Charles Martin était le quatorzième fils de Sir James Martin, jadis président de la Cour suprême et Premier ministre de Nouvelle-Galles du Sud, d’où vient le nom de Martin Place, la place la plus connue de Sydney. Sir James mourut en 1886, et fut enterré au cimetière de Waverley à Sydney, aux côtés de sa femme Isabella, dans un tombeau décrit ainsi par l’auteur de sa biographie :
… un petit bijou d’architecture classique […] que Sir James avait beaucoup admiré, avec un portique à la grecque, dont la voûte était supportée par une colonne cannelée, l’ensemble fabriqué dans le plus pur marbre blanc brut.
Elena Grainger, Martin of Martin Place (Le Martin de Martin Place), Sydney, 1970, p. 152
Mais à Waverley, loin de France, le plus jeune fils de Sir James n’a pas été oublié : sur le tombeau de ses parents a été fixée une plaque mentionnant la mort de Charles Badham Martin à Dernancourt en avril 1918.
En début d’après-midi, le 5 avril, les Allemands étaient passés devant le cimetière, avaient remonté la colline derrière celui-ci et s’étaient emparés d’un important poste de mitrailleurs australien à un emplacement connu sous le nom de la « Carrière » (Quarry). Les survivants des trois bataillons australiens qui avaient été déployés le long de la voie ferrée ce matin-là se retranchèrent vers la « tranchée des pionniers » (Pioneer trench) bien au-delà de la Carrière, pendant que l’état-major était informé de la crise qui leur faisait face sur le front. On organisa rapidement une contre-offensive que devrait mener le 49e Bataillon (Queensland). À 17 h 15, l’artillerie australienne bombarda les nouveaux postes allemands de la Carrière et les troupes du Queensland s’élancèrent vers eux dans une attaque décrite par Charles Bean comme « l’une des meilleurs offensives effectuées par les troupes australiennes ». Une pluie de balles d’armes légères s’abattit sur le 49e Bataillon au moment où il dévalait la colline, mais l’élan de la charge était tel qu’il repoussa les Allemands plus près de la Carrière, où les combats s’arrêtèrent. Aucune percée n’avait été effectuée et aucun autre effort ne fut fait par l’ennemi pour avancer dans ce secteur les jours suivants.
Vue depuis l’extension du cimetière communal de Dernancourt vers le nord-ouest. Les Allemands attaquèrent les Australiens sur ces pentes le 5 avril 1918. [DVA]
La légende d’origine du Mémorial australien de la guerre pour cette photographie était la suivante : « Cimetière de champ de bataille inconnu en dehors de Dernancourt, France, juillet 1919 ». Cependant, étant donné l’emplacement, il s’agit presque indubitablement de l’extension du cimetière communal de Dernancourt, avant que les croix de bois d’origine ne soient remplacées par des pierres tombales permanentes. [AWM E05566]
Soldat de deuxième classe Frank Fitzmaurice, 49e Bataillon (Queensland), extension du cimetière communal de Dernancourt. Le soldat de deuxième classe Fitzmaurice fut tué à la bataille de Dernancourt le 5 avril 1918. [DVA]
Les archives montrent que 45 hommes du 49e Bataillon moururent le 5 avril 1918 lors de la charge de Dernancourt. Quatorze d’entre eux sont enterrés dans le cimetière communal de Dernancourt et son extension. Le lieutenant Thomas Naylor, qui repose au carré 10, rangée H, tombe 20, était considéré par l’un de ses hommes, le caporal Charles Allard, comme « l’un des meilleurs hommes que l’on puisse jamais avoir comme officier ». Naylor fut tué d’une balle dans la gorge comme il courait aux devants de l’avancée pour voir ce qui retenait des hommes sur le flanc gauche. Sa pierre tombale porte l’inscription suivante :
Également à la mémoire d’Arthur William H. Naylor, Régiment du Kent oriental, appelé « Les Chamois » (« The Buffs »), disparu le 28 mai 1915.
Ces mots rendent hommage au grand frère de Thomas, et furent inscrits à la demande de leur mère, qui en 1920 écrivit aux autorités pour leur demander de bien vouloir lui envoyer les médailles militaires de son fils, à elle plutôt qu’à son mari :
Il serait malséant de jeter un œil critique sur leur père, mais tout souvenir, comme les médailles militaires ou les documents seraient davantage en sécurité en ma possession dans un souci de postérité, et en tant que mère, ils me seraient infiniment précieux. Mon mari a récemment pris possession de terres et dû à la sécheresse et au manque de moyens, est incapable de construire une maison, et ma santé, qui n’a jamais été très robuste, ne s’est pas améliorée avec la tension de la guerre.
Lettre de Jessie Naylor au Registre de la base, Melbourne, 21 juillet 1920,
http://naa12.naa.gov.au/
Tombe d’un soldat australien inconnu, qui aurait été enterré par des Allemands, portant l’inscription mal orthographiée « Héros australien inconnu », près d’Albert dans la Somme, France, novembre 1918. [AWM E03792]
Pierre tombale du soldat de deuxième classe Francis Bennett, 48e Bataillon (Australie-Méridionale et Australie-Occidentale), extension du cimetière communal de Dernancourt. Le soldat de deuxième classe Bennett fut tué à la bataille de Dernancourt le 5 avril 1918. [DVA]
L’une des unités qui se distingua par ses actions à Dernancourt était, une fois encore, le 48e Bataillon. Bien au nord-est du cimetière, il repoussa l’avancée allemande de la voie ferrée, mais fut en grand danger d’être encerclé. Cependant, le bataillon réussit à s’extriquer de cette situation, malgré la perte de 22 hommes, tombés au champ d’honneur ce jour-là. Six de ces hommes finirent par être enterrés dans le cimetière de Dernancourt. Mais plus de la moitié des corps ne fut jamais retrouvée ou identifiée et il est possible que certains d’entre eux reposent sous les pierres tombales des 48 Australiens non identifiés de Dernancourt. Il est également possible que deux d’entre eux aient autrefois gît sur le champ de bataille sous des croix de bois qui furent emmenées en Australie après la guerre. Ces croix avaient été érigées par les Allemands. Sur l’une de ces croix on lit :
Hier liegt ein tapferer Englischer Krieger
(Ici repose un courageux combattant anglais)
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![Pierre tombale du soldat de deuxième classe Charles Badham Martin, 49e Bataillon (Queensland), extension du cimetière communal de Dernancourt. Le soldat de deuxième classe Martin tomba à la bataille de Dernancourt le 5 avril 1918. [DVA]](/dernancourt/images/dernancourt-17-tn.jpg)
![Vue depuis l’extension du cimetière communal de Dernancourt vers le nord-ouest. Les Allemands attaquèrent les Australiens sur ces pentes le 5 avril 1918. [DVA]](/dernancourt/images/dernancourt-20-tn.jpg)
![La légende d’origine du Mémorial australien de la guerre pour cette photographie était la suivante : « Cimetière de champ de bataille inconnu en dehors de Dernancourt, France, juillet 1919 ». Cependant, étant donné l’emplacement, il s’agit presque indubitablement de l’extension du cimetière communal de Dernancourt, avant que les croix de bois d’origine ne soient remplacées par des pierres tombales permanentes. [AWM E05566]](/dernancourt/images/awm-e05566-tn.jpg)
![Soldat de deuxième classe Frank Fitzmaurice, 49e Bataillon (Queensland), extension du cimetière communal de Dernancourt. Le soldat de deuxième classe Fitzmaurice fut tué à la bataille de Dernancourt le 5 avril 1918. [DVA]](/dernancourt/images/dernancourt-14-tn.jpg)
![Tombe d’un soldat australien inconnu, qui aurait été enterré par des Allemands, portant l’inscription mal orthographiée « Héros australien inconnu », près d’Albert dans la Somme, France, novembre 1918. [AWM E03792]](/dernancourt/images/awm-e03792-tn.jpg)
![Pierre tombale du soldat de deuxième classe Francis Bennett, 48e Bataillon (Australie-Méridionale et Australie-Occidentale), extension du cimetière communal de Dernancourt. Le soldat de deuxième classe Bennett fut tué à la bataille de Dernancourt le 5 avril 1918. [DVA]](/dernancourt/images/dernancourt-15-tn.jpg)



