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La route de Flers

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Le terrain le plus épouvantable

La campagne de la Somme au nord et au sud de la route D20, entre les villages de Contalmaison et de Longueval, est magnifique en été, avec des vues superbes sur les bois, les vallées et les terres agricoles alentour. Elle ressemblait probablement à cela avant 1914, si ce n’est qu’aujourd’hui le passé est manifeste dans les cimetières comme ceux de Flatiron Copse et de Thistle Dump, le long de la route ou non loin. On y trouve des forêts d’arbres anciens comme le bois de Mametz et des monuments aux morts inhabituels comme celui de la Division galloise.

Monument aux morts de la Division galloise, bois de Mametz. [DVA]

Monument aux morts de la Division galloise, bois de Mametz. [DVA]

Monument aux morts de la Division galloise avec le bois de Mametz en arrière-plan. [DVA]

Monument aux morts de la Division galloise avec le bois de Mametz en arrière-plan. [DVA]

Vue du monument aux morts de la Division galloise dans la vallée, à côté du bois de Mametz vers le cimetière de Flatiron Copse, Mametz. [DVA]

Vue du monument aux morts de la Division galloise dans la vallée, à côté du bois de Mametz vers le cimetière de Flatiron Copse, Mametz. [DVA]

Lorsque les soldats des Forces armées impériales australiennes vinrent ici pour participer de nouveau à la bataille de la Somme vers la fin octobre 1916, ils y virent un paysage de souffrance, proie de durs combats entre des armées modernes depuis le début de la bataille, le 1er juillet. « Ce paysage idyllique, écrit le capitaine Alexander Ellis, l’historien de la Cinquième Division australienne, était devenu en l’espace de quelques mois le terrain le plus épouvantable et haïssable au monde ».

Une corvée australienne sur la route boueuse entre Mametz et Montauban, hiver 1916–17. [AWM E00061]

Une corvée australienne sur la route boueuse entre Mametz et Montauban, hiver 1916–17. [AWM E00061]

Voyageant sur ces routes tranquilles aujourd’hui, on peut imaginer la scène. Les obus et les balles de mitrailleuses avaient dénudé les arbres de leurs feuilles et leurs branches, transformant les bois alentour en des cimetières quasiment intraversables de bois tordu, de trous d’obus et d’équipement abandonné. Les villages n’étaient plus que décombres, et les prés un bourbier de cratères et de fange. À côté de Longueval s’étend le bois de Delville, où, entre le 14 et le 20 juillet 1916, la brigade d’Afrique du Sud combattit pour arracher le bois aux mains de ses défenseurs allemands. La lutte fut terrible et les Sud-africains, qui étaient au nombre de 3 150 hommes au commencement, ne comptaient guère plus de 130 survivants environ à la fin. Le bois lui-même ne fut pas saisi avant le 25 août. Selon le capitaine Ellis, à son arrivée en compagnie de la cinquième Division vers la fin octobre 1916, le lieu était abominable :

Panneau indicateur pour le cimetière de Flatiron Copse sur la D20 [DVA]

Panneau indicateur pour le cimetière de Flatiron Copse sur la D20 [DVA]

Le bois de Delville en octobre 1916 était sûrement la vue la plus terrible qui fut jamais donnée de voir, avec ses corps laissés à l’air libre et ses tranchées puantes, bordées de soldats allemands morts pour protéger ceux qui vivaient encore. Peut-être les hommes qui moururent dans ces renfoncements fétides virent avec l’œil prophétique de la mort un avenir qui nous échappe encore, à nous qui sommes toujours là, car un Tommy (soldat britannique) et un Allemand, morts ensemble dans le même trou d’obus, s’étaient souri avant de pousser leur dernier soupir.

Capitaine A D Ellis, The Story of the Fifth Australian Division (L’Histoire de la Cinquième Division), Londres, date inconnue, p. 141

Les divisions australiennes étaient chargées de protéger l’intégralité de ces arrières pendant le fameux « hiver de la Somme » de 1916-17. Des baraquements militaires en métal furent bâtis dans des villages un peu plus loin au sud, comme Fricourt, Mametz ou Montauban-de-Picardie, pour loger des hommes se reposant de leur séjour sur le front, au nord-est de Flers et Gueudecourt. Des tonnes d’équipement étaient amenées par des chariots à cheval dans des conditions terribles, pour les hommes comme pour les bêtes. Le capitaine Walter Belford, du 11e Bataillon, décrit comment leurs chevaux était « enfoncés dans la boue jusqu’aux genoux », « rendus malades par le manque de protection contre les éléments et leur pitance boueuse … Ce qui n’était auparavant qu’un exercice modérément difficile pour les chevaux comme pour les hommes était devenu une épreuve incroyablement pénible ».

Cimetière de Flatiron Copse, Mametz. [DVA] Cimetière de Flatiron Copse, Mametz. [DVA]

Cimetière de Flatiron Copse, Mametz. [DVA]

La circulation sur la route dans cette zone était intense et devait être contrôlée. La police militaire du Corps australien des prévôts militaires (Australian Provost Corps) était responsable de cette tâche et comme tous les autres sur ces routes, elle était exposée aux dangers quotidiens des bombardements ennemis. Sur une petite route bifurquant de la D20, entre Contalmaison et Longueval, se trouve le cimetière de Flatiron Copse. C’est là que reposent côte à côte au carré I, rangée G, tombes 12 et 13, le brigadier Harold Peak et le caporal Norman Lowe du Corps australien des prévôts militaires. Ils s’engagèrent en 1914 et combattirent à Gallipoli, Peak dans le 1er Régiment de cavalerie légère et Lowe dans le 2e Bataillon, tous les deux des unités de soldats venant de Nouvelle-Galles du Sud, et ils furent tous les deux transférés vers le Corps des prévôts militaires, Cinquième Division australienne, lors de leur arrivée en France en 1916.

Pierre tombale du Caporal Norman Lowe, Corps australien des prévôts militaires, cimetière de Flatiron Copse, Mametz. [DVA]

Pierre tombale du Caporal Norman Lowe, Corps australien des prévôts militaires, cimetière de Flatiron Copse, Mametz. [DVA]

Pierre tombale du Brigadier Harold Peak, Corps australien des prévôts militaires, cimetière  de Flatiron Copse, Mametz. [DVA]

Pierre tombale du Brigadier Harold Peak, Corps australien des prévôts militaires, cimetière de Flatiron Copse, Mametz. [DVA]

La vallée dans laquelle Flatiron Copse est situé est bien adaptée aux camps et tranchées-abris des soldats et ces petites structures parsemaient cette zone vers la fin de 1916, lors de l’arrivée de la Cinquième Division. À 21 h 30, le 28 octobre 1916, comme Lowe et Peak étaient sur le point d’aller se coucher dans leur tranchée-abri, celle-ci fut frappée par un obus allemand et démolie. Les deux hommes furent tués. Le brigadier Walter Monk, un autre vétéran de la bataille de Gallipoli du 1er Régiment de cavalerie légère, qui servait également dans le Corps des prévôts militaires à l’époque, dit à la Croix Rouge australienne que son ami Peak œuvrait alors à régler la circulation dans la région et que les restes des hommes avaient été « ramassés » et enterrés non loin. À l’époque, Flatiron Copse était déjà un lieu de sépulture pour le champ de bataille et les deux policiers militaires australiens reposent dans le lieu même où ils furent alors enterrés.

Correspondant officiel australien, et plus tard historien officiel de la guerre, Charles Bean (à gauche) avec un membre du personnel de la Haute Commission australienne, Londres, Montauban, décembre 1916. [AWM E00064]

Correspondant officiel australien, et plus tard historien officiel de la guerre, Charles Bean (à gauche) avec un membre du personnel de la Haute Commission australienne, Londres, Montauban, décembre 1916. [AWM E00064]

Général William Birdwood (assis au fond à gauche), commandant en chef du Premier corps d’armée des troupes australiennes et néo-zélandaises (ANZAC), passant en voiture devant un convoi australien sur la route allant de Mametz à Montauban, décembre 1916. [AWM E00083]

Général William Birdwood (assis au fond à gauche), commandant en chef du Premier corps d’armée des troupes australiennes et néo-zélandaises (ANZAC), passant en voiture devant un convoi australien sur la route allant de Mametz à Montauban, décembre 1916. [AWM E00083]

Les routes de la région, soumises comme elles l’étaient à une circulation ininterrompue de l’armée, nécessitaient également un entretien constant. Ces travaux incombaient aux différents bataillons de pionniers et de génie militaire des divisions australiennes ainsi qu’aux hommes des bataillons d’infanterie du front, lorsqu’ils ne se trouvaient pas en première ligne. C’était un travail dur et éreintant, effectué sous des pluies souvent torrentielles, et extrêmement dangereux du fait des bombardements ennemis.

Porte du cimetière de Thistle Dump, Longueval. [DVA] Cimetière de Thistle Dump, Longueval. [DVA]

Cimetière de Thistle Dump, Longueval. [DVA]
Panneau indicateur sur la D20 pour le cimetière de Thistle Dump, Longueval. [DVA]

Cimetière de Thistle Dump, Longueval. [DVA]

Cimetière de Thistle Dump, Longueval. [DVA]

Le cimetière de Thistle Dump est situé à gauche de la D20, à environ un kilomètre de Longueval, au bout d’un chemin non goudronné. Ce petit cimetière de champ de bataille est né en août 1916 et à la rangée E, reposant côte à côte aux tombes 32 et 33, se trouvent deux hommes du 4e Bataillon de pionniers, Harry Davies et Henry Martin. Le 16 février 1917, ces deux amis travaillaient à la construction d’un chemin de fer à voie étroite destiné à aller jusqu’au nord de Longueval au village de Flers, juste derrière le front pendant l’hiver de 1916-17. Leur mort survint lors d’un bombardement ; elle avait frappé au hasard, comme celle de tant d’autres qui moururent dans cette zone, derrière les lignes de combat.

Chariots australiens sur la route de Longueval, décembre, 1916. [AWM E00627]

Chariots australiens sur la route de Longueval, décembre, 1916. [AWM E00627]

Le général William Birdwood (assis au font à gauche), commandant en chef du 1er Corps d’armée des troupes australiennes et néo-zélandaises (ANZAC), passant en voiture devant un convoi australien sur la route allant de Mametz à Montauban, décembre 1916. [AWM E00083]

Le général William Birdwood (assis au font à gauche), commandant en chef du 1er Corps d’armée des troupes australiennes et néo-zélandaises (ANZAC), passant en voiture devant un convoi australien sur la route allant de Mametz à Montauban, décembre 1916. [AWM E00083]

Pierre tombale, soldats de deuxième classe Harry Davies et Henry Martin, 4e Bataillon de pionniers, cimetière de Thistle Dump, Longueval. [DVA]

Pierre tombale, soldats de deuxième classe Harry Davies et Henry Martin, 4e Bataillon de pionniers, cimetière de Thistle Dump, Longueval. [DVA]

Comme ils moururent loin du front, on eut le temps de leur offrir des funérailles convenables, contrairement à ceux qui périrent dans la bataille. L’ami de Martin, le soldat de deuxième classe Norman Reynolds, écrivit :

Je faisais partie de l’escouade avec qui il était à l’époque, et j’assistai à son enterrement qui eut lieu cette après-midi […] notre aumônier célébra le service en présence de tous les officiers de la compagnie. Il est enterré dans une autre tombe avec un compagnon d’armes appelé Davies, qui fut tué par le même obus (explosif). Sa mort fut instantanée […] Peu après, notre bataillon se déplaça vers un autre emplacement mais érigea auparavant une croix sur la tombe. La croix est peinte en blanc mais les noms de Martin et Davies sont peints en noir […] feu mon ami et compagnon d’armes faisait environ un mètre soixante-sept, et était de corpulence moyenne, avec une peau rougeaude, des cheveux bruns-roux (ou rouquin comme nous le disons couramment), et ses amis l’appelaient souvent « Poil de carotte » […] c’était un gars probe qui était, avant de s’engager, un membre actif de l’Armée du Salut à Townsville.

Fichier du Bureau des renseignements sur les blessés et disparus de la Croix Rouge australienne, soldat de deuxième classe Henry Martin,
http://www.awm.gov.au/cms_images/1DRL428/
00023/1DRL428–00023–1720609.pdf


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