La route de Flers
Ce sinistre trou visqueux
Au-delà de Longueval, la route D197 part au nord-est, passant brièvement le long du bois de Delville à droite, puis dans la campagne jusqu’au village de Flers à environ deux kilomètres. À un kilomètre au-delà de Flers, la D197 atteint un carrefour à partir duquel la D74 passe à droite du village de Gueudecourt à un kilomètre de là. Dans le village, la rue du Caribou devient la D574 et se dirige vers l’est pour sortir du village et monter jusqu’au sommet de l’arête. C’est là que se trouve le Mémorial terre-neuvien de Gueudecourt, représenté par un caribou en bronze sur un socle en pierre regardant d’un air de défi en direction de l’A1 (l’autoroute du Nord) et du village de Beaulencourt. Pendant le tristement célèbre hiver 1916-17, appelé l’« hiver de la Somme », les tranchées du front où les divisions des forces impériales australiennes étaient en garnison furent légèrement repoussées vers le nord-ouest depuis le mémorial vers Flers et la Butte de Warlencourt sur la route D929 menant d’Albert à Bapaume.
Le village de Flers et ses environs ont été conquis par la Division néo-zélandaise et la 41e Division britannique durant la bataille de Flers-Courcellette le 15 septembre 1916. Les Néo-zélandais continuèrent de se battre ici, et lors de leur départ le 4 octobre, ils avaient souffert plus 7 000 pertes. Certaines compagnies parties avec 230 hommes en revinrent avec 30 à peine, un taux de perte de 90 % ! Environ 1 560 Néo-zélandais moururent lors de ces batailles et le corps de 1 205 d’entre eux ne fut jamais retrouvé ou ne put pas être identifié.
Un monument aux disparus de Nouvelle-Zélande se trouve dans le cimetière de Caterpillar Valley, sur la D20 entre Longueval et Contalmaison. C’est dans ce cimetière que le corps d’un « soldat inconnu » fut exhumé le 6 novembre 2004 et ramené à Wellington, en Nouvelle-Zélande. Lors de la cérémonie de passation ce jour-là au monument aux morts de Nouvelle-Zélande de Longueval, le commandant en chef des forces défensives néo-zélandaises, le général du corps aérien Bruce Ferguson, prononça les mots suivants :
Je lui ai dit [au soldat] que nous le ramenions chez lui, et que ceux qui le ramènent sont des soldats de l’armée de l’air, de l’armée de terre et de la Marine, passés et présents. Je lui ai demandé d’être le gardien de tous les membres de l’armée qui sont morts pendant leur service dans l’armée. Et je lui ai promis que le peuple de Nouvelle-Zélande sera en retour son gardien.
Panneau indicateur pour le monument aux morts des Forces armées de Nouvelle-Zélande sur la D197, Longueval. [DVA]
La prise de Flers fut en partie accomplie grâce à une nouvelle arme, le char d’assaut. Après la guerre, le Corps des chars d’assaut britannique érigea son monument aux morts en France juste en face du monument aux morts australien près du site du moulin de Pozières pour indiquer l’endroit où intervinrent des chars d’assaut pour la première fois dans l’histoire. Fin octobre 1916, comme les divisions des forces armées impériales australiennes de l’AIF revenaient vers le front à l’est de Flers, elles purent voir les carcasses de ces nouveaux monstres étranges du champ de bataille. « Après avoir passé Flers, écrit Charles Bean, les Australiens virent leurs premiers chars d’assaut, épaves des combats de septembre, avec dans certains cas leurs pilotes morts en leur sein ».
Les Australiens combattirent à Flers et Gueudecourt dans les derniers jours de la bataille de la Somme en novembre 1916. Ces dernières opérations furent menées pour tenter de pousser les postes britanniques en avant et les sortir de la vallée en contrebas de Flers et jusqu’à l’arête de Bapaume pour l’hiver. À partir de là, les Britanniques pouvaient surplomber les lignes allemandes arrière plutôt que le contraire. Mais les combats de Flers n’eurent que peu de résultats et se déroulèrent dans les conditions les plus terribles. La traversée du paysage ravagé entre Longueval et Flers était si dure qu’il fallut entre 9 et 12 heures pour que les premières unités australiennes arrivent au front, fin octobre 1916, depuis les campements des arrières - une distance d’une huitaine de kilomètres. Les hommes, écrivit Bean, « étaient épuisés avant même d’arriver ». Les pluies torrentielles firent que, pour couvrir une distance de trois kilomètres à peine, chargé de son équipement, il fallait parfois six heures. Dans ces circonstances, les offensives furent simplement repoussées les unes après les autres. Selon le lieutenant Leslie Newton, du 12e Bataillon (Tasmanie et Australie-Occidentale), les tranchées à l’est de Gueudecourt étaient indescriptibles :
… [elles] étaient remplies d’une épaisse boue visqueuse qui empêchait pratiquement tout déplacement. Il n’y avait nulle part où s’asseoir pour les hommes, et beaucoup d’entre eux passaient vingt-quatre heures sans bouger debout dans cette boue moite et collante, qui leur montait parfois jusqu’aux genoux et même plus haut […] dormir sur le front était quasiment impossible.
Leslie Newton, The Story of the Twelfth (L’Histoire du Douzième), Hobart, 1925, p. 253
L’approvisionnement était un cauchemar, pour les hommes comme pour les bêtes. Les sections de transport des bataillons travaillaient dur et longuement pour apporter au front de la nourriture chaude, des munitions et autres matériaux essentiels, mais payaient pour cela le prix fort. Les chevaux de bât étaient chargés au-delà de Longueval de divers approvisionnements, de nourriture chaude et de thé. C’est alors que commençait l’affreux trajet jusqu’à Flers et au-delà :
… les hommes et les bêtes pataugent et se débattent dans le terrain troué d’obus et anéanti. Parfois, un cheval glisse dans un trou d’obus plein de boue et d’eau, et il lui est parfois impossible de s’en sortir, et l’animal ne fait que s’enliser encore plus s’il se débat. D’autres chevaux et des mules sont quelquefois utilisés pour le tirer de là, mais le plus souvent le cheval s’enfonce jusqu’à ce que seuls sa tête et ses pauvres yeux implorant la pitié dépassent du marécage. La balle d’un soldat compatissant est alors le meilleur sort qu’il puisse attendre.
Walter Belford, Legs Eleven, Being the Story of the 11th Battalion (AIF) in the Great War of 1914–1918 (Legs-Eleven, Histoire du 11e bataillon de l’AIF pendant la Grande Guerre de 1914-18), Perth, 1940, p. 370
Encombrements au petit matin près de Cosy Corner sur la Somme, Will Dyson, 1917. [Crayon, pinceau et lavis avec pastel gras AWM ART02393]
Récolte de carburant, bois de Delville, Will Dyson, 1917. [Lithographie sur papier AWM ART02281_004]
Selon les soldats de l’époque, l’expression « presque comme Flers » fut ensuite utilisée par les pilotes de convois pour décrire les pires champs de bataille.
Dans le froid et l’humidité, les maladies se propageaient, ainsi qu’un problème particulièrement grave appelée « pied des tranchées », un type d’engelures qui empêchait la circulation sanguine vers les pieds, empêtrés dans des lourdes bottes pendant des heures passées dans la boue et les eaux glacées des tranchées. La peau pourrissait, provoquant, dans les cas extrêmes, la gangrène et nécessitant l’amputation du membre. La seule solution était de ne pas trop serrer les lacets de ses bottes, de faire sécher ses pieds relativement régulièrement et de les frotter à la graisse, puis de mettre des chaussettes sèches avant qu’elles aussi ne deviennent trempées. L’aumônier William Devine, du 48e Bataillon (Australie-Méridionale et Australie-Occidentale), se souvient d’hommes revenant du front aux environs de Grass Lane, au nord de Flers :
… boitant douloureusement dans leurs bottes, qui devaient être coupées pour libérer leurs pieds gonflés et décolorés par les engelures. Tous les efforts étaient faits pour enrayer la maladie, et les soldats étaient souvent en mesure de reprendre leur poste. D’autres n’en étaient pas capables, et quittaient les tranchées pour commencer leur long voyage vers les arrières. Leurs pieds entourés d’ouate, ils partaient en boitant ou bien franchissaient un passage particulièrement difficile sur les épaules d’un compatriote de passage.
William Devine, The Story of a Battalion (Histoire d’un bataillon), Melbourne, 1919, p. 66
Soldats du Corps médical de l’armée australienne transportant des hommes souffrant de pied des tranchées, décembre 1916. [AWM E00081]
Sortie sur la Somme, Will Dyson, décembre 1916, [Fusain, crayon, pinceau et lavis sur papier AWM ART02276]
L’aumônier Devine écrivit à propos de Flers et Gueudecourt : « Ce n’était plus les Allemands qui étaient alors l’ennemi le plus redouté, mais l’hiver ». Chaque soldat faisait de son mieux pour supporter les conditions, et une certaine forme d’humour stoïque joua un rôle. Les vers du soldat de deuxième classe George William Cotterill, du 11e Bataillon (Australie-Occidentale), un nettoyeur d’engins de 20 ans originaire de Perth, illustrent probablement bien les sentiments de la plupart des Australiens qui servirent durant cet hiver dans la Somme :/p>
Maréchaux-ferrants ferrant des chevaux sur le bas-côté de la route à Bazentin, février 1917. [AWM E00184]
What is this slimy, dismal hole,
(Quel est ce sinistre trou inondé)
Where oft I’m lurking like a mole?
(Où comme une taupe je suis terré ?)
And cursing Germans heart and soul?
(Et où je jure contre l’ennemi toute la journée ?)
My Dug–out!
(Ma tranchée !)
Where is it–that beneath the floor,
(Quel est ce lieu où sous le plancher)
The water’s rising more and more,
(Où l’eau monte sans s’arrêter)
And where my roof’s a broken door
(et où mon toit est une porte cassée)
My Dug–out!
(Ma tranchée !)
Where is it that I try to sleep,
(Où donc essayais-je de dormir)
Betwixt alarms, then up I leap
(Entre les alertes, et où je dois bondir)
And dash thro’ water four foot deep?
(Et me lancer dans une eau haute de quatre pieds ?)
My Dug–out!
(Ma tranchée !)
Cotterill, in Walter Belford, Legs Eleven, Being the Story of the 11th Battalion (AIF) in the Great War of 1914–1918 (Legs-Eleven, Histoire du 11e bataillon de l’AIF pendant la Grande Guerre de 1914-18), Perth, 1940, p. 360
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![Panneau indicateur au nord de Flers pour Gueudecourt. [DVA]](/flers/images/flers-24-tn.jpg)

![La D74E sortant de Gueudecourt pour aller au Mémorial terre-neuvien [DVA]](/flers/images/flers-26-tn.jpg)
![Mémorial terre-neuvien, Gueudecourt. [DVA]](/flers/images/flers-27-tn.jpg)
![Cimetière de Caterpillar Valley, Longueval. [DVA]](/flers/images/flers-15-tn.jpg)
![Porte, cimetière de Caterpillar Valley, Longueval. [DVA]](/flers/images/flers-15a-tn.jpg)
![Cimetière de Caterpillar Valley, Longueval. [DVA]](/flers/images/flers-16-tn.jpg)
![Pierre tombale du soldat de deuxième classe J. Evans, bataillon maori de Nouvelle-Zélande, cimetière de Caterpillar Valley, Longueval. [DVA]](/flers/images/flers-17-tn.jpg)
![Cimetière de Caterpillar Valley, Longueval. [DVA]](/flers/images/flers-18-tn.jpg)
![Noms des disparus, monument aux morts de Nouvelle-Zélande, cimetière de Caterpillar Valley, Longueval. [DVA]](/flers/images/flers-19-tn.jpg)
![Gerbe, monument aux morts de Nouvelle-Zélande, cimetière de Caterpillar Valley, Longueval. [DVA]](/flers/images/flers-20-tn.jpg)
![Panneau indicateur pour le monument aux morts des Forces armées de Nouvelle-Zélande sur la D197, Longueval. [DVA]](/flers/images/flers-21-tn.jpg)
![Monument aux morts des Forces armées de Nouvelle-Zélande, Longueval. [DVA]](/flers/images/flers-22-tn.jpg)
![Monument aux morts des Forces armées de Nouvelle-Zélande, Longueval. [DVA]](/flers/images/flers-23-tn2.jpg)
![La vue en direction de Flers, février 1917. [AWM E00209]](/flers/images/awm-e00209-tn.jpg)






![Encombrements au petit matin près de Cosy Corner sur la Somme, Will Dyson, 1917. [Crayon, pinceau et lavis avec pastel gras AWM ART02393]](/flers/images/awm-art02393-tn.jpg)
![Récolte de carburant, bois de Delville, Will Dyson, 1917. [Lithographie sur papier AWM ART02281_004]](/flers/images/awm-art02281-004.jpg)
![Soldats du Corps médical de l’armée australienne transportant des hommes souffrant de pied des tranchées, décembre 1916. [AWM E00081]](/flers/images/awm-e00081-tn.jpg)
![Sortie sur la Somme, Will Dyson, décembre 1916, [Fusain, crayon, pinceau et lavis sur papier AWM ART02276]](/flers/images/awm-art02276-tn.jpg)
![Maréchaux-ferrants ferrant des chevaux sur le bas-côté de la route à Bazentin, février 1917. [AWM E00184]](/flers/images/awm-e00184-tn.jpg)
![Scène enneigée près de Mametz, Frank Crozier, 1919. [Huile sur toile cirée. AWM ART02158]](/flers/images/awm-art02158-tn.jpg)