Fromelles, Cimetière VC Corner et Monument aux morts australiens
Tout est si calme – la « pouponnière »
La campagne qui s’étend au sud-ouest d’Armentières, en France, est plate et parsemée de nombreuses routes départementales. Pour trouver son chemin dans cette région, dans laquelle les Australiens furent d’abord envoyés lorsqu’ils arrivèrent sur le Front occidental en mars-avril 1916, il est recommandé de se munir d’une bonne carte, comme par exemple la carte topographique Série bleue 1 : 25 000, 1 cm = 250 m, Armentières, nº 2404E. La D945 se dirige vers le sud à partir d’Armentières et traverse bientôt l’autoroute A25, où elle devient la D222 vers Bois-Grenier. Au milieu du village, un tournant à gauche mène à la D22.
Soldats australiens aux côtés de deux enfants du village au sud d’Armentières en juin 1916 [AWM EZ0036]
Au début de l’année 1916, la ligne de front se trouvait pour les Forces armées impériales australiennes à l’est de Bois-Grenier et de localités plus modestes situées au sud-est, telles que La Boutillerie. Ce hameau, situé au-delà de Bois-Grenier, est accessible par la D22 en prenant un virage serré à gauche après le cimetière militaire Y Farm Military Cemetery. Après cela la route, toujours la D22, se poursuit en ligne droite sur environ deux kilomètres jusqu’à l’intersection de La Boutillerie. C’est dans ce secteur que l’Australie remporta sa première Croix de Victoria sur le Front occidental dans la nuit du 25 au 26 juin 1916.
Le soldat de deuxième classe William Jackson, du 17e bataillon (Nouvelle-Galles du Sud). Jackson perdit son bras droit lors des affrontements du 25 au 26 juin 1916, ce pour quoi on lui décerna la Croix de Victoria. [AWM P01992.001]
Cette nuit-là, des volontaires de quatre bataillons australiens lancèrent une attaque furtive sur une tranchée allemande. Alors que les assaillants se repliaient, plusieurs d’entre eux furent sérieusement blessés par des tirs ennemis dans le no man’s land. Après avoir atteint ses propres lignes sain et sauf et avoir remis un prisonnier, le soldat de deuxième classe William Jackson, du 17e bataillon (Nouvelle-Galles du Sud), originaire de Merriwa, retourna sur ses pas au milieu d’intenses échanges de tirs et ramena un blessé. Il fit une nouvelle sortie, et ce malgré l’intensification des tirs, et, alors qu’il ramenait un autre blessé, des fragments d’obus tranchèrent littéralement son bras droit au-dessus du coude. Il parvint péniblement à bon port avec le soldat blessé qu’il aidait et, malgré sa blessure, et alla chercher d’autres hommes gisant encore devant les tranchées. « L’état du soldat de deuxième classe Jackson », écrivit son commandant, « était grave ; mais d’un bout à l’autre il fit preuve d’un courage extraordinaire ». À tout juste 18 ans, William Jackson était et demeure jusqu’à ce jour le plus jeune soldat australien à jamais avoir été décerné la Croix de Victoria.
Lorsque les Forces armées impériales australiennes (AIF) servirent dans ce secteur entre mars et juin 1916, cette zone était appelée la « pouponnière », un endroit supposé être relativement calme, et où on envoyait alors les unités venant d’arriver sur le Front occidental afin que les soldats puissent se familiariser avec la guerre de tranchées. Ces basses terres étaient tellement gorgées d’eau que les tranchées dans cette zone étaient en fait des monticules de sacs de sable entassés, ou des épaulements, tandis que les abris étaient des cabanons en surface constitués de sacs de sable et de bois, avec des toits en fer galvanisé. En 1916, à l’occasion d’Anzac Day [le 25 avril], le caporal James Belford, du 1er bataillon (Nouvelle-Galles du Sud), originaire de Newcastle, dans le même État, évoqua la « pouponnière » dans une lettre à sa famille :
Quelle belle journée aujourd’hui ; l’endroit où nous sommes maintenant stationnés se trouve à environ 500 mètres de la ligne de feu. […] Il y a un verger, alors j’imagine que nos gars ne vont faire qu’une bouchée des fruits dès qu’ils seront un peu mûrs. Si vous étiez ici à ce moment-même, vous ne devineriez pas que nous sommes en guerre, tout est si calme.
Belford, cité par Charles Bean dans The AIF in France, 1916, The Official History of Australia in the War of 1914-1918 (Les Forces armées impériales australiennes (AIF) en France, 1916, Histoire officielle de l’Australie dans la guerre de 1914-1918), tome 3, Sydney, 1929, p. 137
Soldats australiens en route vers les tranchées de la ligne de front à Bois-Grenier le 5 juin 1916 [AWM EZ0048]
Malheureusement, Belford n’apprit que trop tôt que la guerre faisait effectivement rage. À l’aube du 19 juin 1916, Belford fut touché au ventre par l’explosion d’un obus de mortier allemand et fut évacué sur Estaires. Le major Ronald Campbell, du 1er poste australien d’évacuation des victimes, écrivit à la Croix rouge australienne :
[…] il fut admis dans ce poste de secours le 19 juin à 6 h du matin après avoir été déposé par la 2e ambulance de campagne australienne, souffrant de graves blessures à l’abdomen dues à une explosion. Il fut opéré immédiatement après son admission, mais ses chances de rétablissement étaient très minces et il mourut à 22 h 45 le même jour. Je joins une note de l’aumônier Alexander, qui le vit ce jour-là et dirigea le service funèbre.
Dossier du Bureau de recherche des personnes blessées et disparues de la Croix rouge australienne, caporal James Belford, http://www.awm.gov.au/cms_images/1DRL428/00002/
1DRL428-00002-0320501.pdf
Un villageois français et sa femme, qui vivaient à environ 700 mètres des tranchées à Bois-Grenier, juin 1916 [AWM EZ0031]
James Belford fut enterré dans le cimetière civil d’Estaires et son extension, loin derrière les lignes où il fut blessé. L’un des témoins de sa mort informa la Croix rouge australienne que Belford fut blessé peu de temps après avoir suivi une tranchée de communication allant vers la ligne de front, appelée « Convent Avenue » (avenue du Couvent). Cette tranchée se trouvait à proximité de la D175, dans les champs qui s’étendent à droite, juste après l’intersection de La Boutillerie où, à gauche, se situent les ruines d’une ancienne abbaye marquée sur la carte comme étant l’Abbaye de La Boutillerie.
Parmi les soldats australiens qui trouvèrent la mort dans la « pouponnière » près de La Boutillerie, on trouve également les soldats de deuxième classe Albert Smith et Arthur Matthews, du 4e bataillon (Nouvelle-Galles du Sud). Charles Bean décrit leur mort dans l’histoire officielle pour donner un exemple du degré de dangerosité de cette zone en raison des tireurs embusqués allemands : « si un homme exposait sa tête au-dessus du parapet pendant plus de quelques secondes, ou s’il se montrait à plusieurs reprises au même endroit, il avait de fortes chances de recevoir une balle en pleine tête ». Le journal de guerre du 4e bataillon révèle que Smith « reçut une balle dans la tête alors qu’il regardait par-dessus le parapet », tandis que Matthews « reçut une balle dans la tête alors qu’il observait par-dessus le parapet ». Les deux hommes furent enterrés non loin de là, dans le cimetière militaire Rue Pétillon Military Cemetery, qui se situe sur la D175 à environ deux kilomètres de l’intersection de La Boutillerie, non loin l’un de l’autre, dans le carré I, rangée J, tombes 55 et 57.
Pierre tombale du soldat de deuxième classe Arthur Mathews du 4e bataillon (Nouvelle-Galles du Sud), Rue Pétillon Military Cemetery [DVA]
Pierre tombale du soldat de deuxième classe Albert Smith du 4e bataillon (Nouvelle-Galles du Sud), Rue Pétillon Military Cemetery [DVA]
Cratère provoqué par l’explosion de l’obus de mortier allemand qui tua 40 soldats du 11e bataillon (Australie-Occidentale) et en blessa 60, près de la ferme de la Cordonnerie dans la région de Fromelles, le 30 mai 1916 [AWM EZ0057]
Une rangée de tombes dans le carré 1, rangée H, dans le cimetière Rue Pétillon, démontre également la nature meurtrière du secteur appelé la « pouponnière ». Reposant côte à côte se trouvent 36 hommes du 11e bataillon (Australie-Occidentale), tous tués le 30 mai 1916 à environ un kilomètre au sud-est, près de la ferme de la Cordonnerie. Dans la nuit du 29 au 30 mai, les Allemands mirent en place un intense barrage dans la zone d’action du 11e bataillon :
Les énormes bombes creusaient de gigantesques cratères dans le sol agricole meuble, et les fragiles épaulements [des tranchées] ainsi que les abris étaient projetés en l’air en fragments déchiquetés.
Charles Bean, The AIF in France, 1916, The Official History of Australia in the War of 1914-1918 (Les Forces armées impériales australiennes (AIF) en France, 1916, Histoire officielle de l’Australie dans la guerre de 1914-1918), tome 3, Sydney, 1929, p. 211
Selon l’historien du 11e bataillon, le capitaine Walter Belford, on entendit l’un des anciens de Gallipoli faire la remarque suivante au sujet de cette expérience: « Doux Jésus ! On n’a jamais subi de pareils bombardements à Anzac ».
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![Soldats australiens aux côtés de deux enfants du village au sud d’Armentières en juin 1916 [AWM EZ0036]](/fromelles/images/awm-ez0036-tn.jpg)
![Croisement à La Boutillerie, où la D175 rencontre la D176 [DVA]](/fromelles/images/vc-1-tn.jpg)
![Panneaux de signalisation à La Boutillerie [DVA]](/fromelles/images/vc-1a-tn.jpg)
![Ancienne borne de signalisation à La Boutillerie [DVA]](/fromelles/images/vc-3-tn.jpg)
![Le soldat de deuxième classe William Jackson, du 17e bataillon (Nouvelle-Galles du Sud). Jackson perdit son bras droit lors des affrontements du 25 au 26 juin 1916, ce pour quoi on lui décerna la Croix de Victoria. [AWM P01992.001]](/fromelles/images/awm-p01992-001-tn.jpg)
![Des Australiens dans les tranchées près de Bois-Grenier le 3 juin 1916 [AWM EZ0007]](/fromelles/images/awm-ez0007-tn.jpg)
![Soldats australiens en route vers les tranchées de la ligne de front à Bois-Grenier le 5 juin 1916 [AWM EZ0048]](/fromelles/images/awm-ez0048-tn.jpg)
![Un soldat australien dans les tranchées situées près de Bois-Grenier, le 5 juin 1916 [AWM EZ0052]](/fromelles/images/awm-ez0052-tn.jpg)
![Un villageois français et sa femme, qui vivaient à environ 700 mètres des tranchées à Bois-Grenier, juin 1916 [AWM EZ0031]](/fromelles/images/awm-ez0031-tn.jpg)
![Ancien mur de l’Abbaye de La Boutillerie [DVA]](/fromelles/images/vc-4-tn.jpg)
![Le cimetière militaire Rue Pétillon Military Cemetery [DVA]](/fromelles/images/vc-5-tn.jpg)
![Pierre tombale du soldat de deuxième classe Arthur Mathews du 4e bataillon (Nouvelle-Galles du Sud), Rue Pétillon Military Cemetery [DVA]](/fromelles/images/vc-12-tn.jpg)
![Pierre tombale du soldat de deuxième classe Albert Smith du 4e bataillon (Nouvelle-Galles du Sud), Rue Pétillon Military Cemetery [DVA]](/fromelles/images/vc-13-tn.jpg)
![Rue Pétillon Military Cemetery [DVA]](/fromelles/images/vc-6-tn.jpg)
![Rue Pétillon Military Cemetery [DVA]](/fromelles/images/vc-7-tn.jpg)
![Rue Pétillon Military Cemetery [DVA]](/fromelles/images/vc-8-tn.jpg)

![Rue Pétillon Military Cemetery [DVA]](/fromelles/images/vc-10-tn.jpg)
![Rue Pétillon Military Cemetery [DVA]](/fromelles/images/vc-11-tn.jpg)
![Cratère provoqué par l’explosion de l’obus de mortier allemand qui tua 40 soldats du 11e bataillon (Australie-Occidentale) et en blessa 60, près de la ferme de la Cordonnerie dans la région de Fromelles, le 30 mai 1916 [AWM EZ0057]](/fromelles/images/awm-ez0057-tn.jpg)