Harbonnières, cimetière de Heath Cemetery, le 8 août 1918
Mille canons tonnent d’une seule voix – la route de Lamotte-Warfusée
- Indications

- Le cimetière de Heath Cemetery se trouve du côté sud de la route principale toute droite allant d’Amiens à St Quentin, la N29, et à environ 13 km de Villers-Bretonneux. Des panneaux indicateurs de la Commission des sépultures militaires du Commonwealth sur la route principale dirigent les visiteurs vers le cimetière. Lire davantage
À partir de Villers-Bretonneux, la route nationale 29 (D1029) part à l’est en ligne droite, suivant l’ancienne voie romaine. Non loin de la ville se trouve un carrefour, après quoi le village de Lamotte-Warfusée apparaît dans ce pays plat. Le caporal Frank Fitzpatrick de la 6e Compagnie de mitrailleurs de l’AIF raconte avoir été dans les champs sur la gauche, juste avant l’aube du 8 août 1918 :
Plus qu’une minute. Des silhouettes sortent des trous d’obus, prêtes à s’élancer […] Plus que trente secondes : nous jetons un regard en arrière dans l’obscurité immobile et silencieuse de l’horizon à l’ouest, mais nous savons qu’il est rempli de batteries d’artillerie et de canonniers tendus et prêts à l’attaque […] une détonation féroce – l’artillerie française ouvre le feu. Mais à l’arrière de nos positions, l’horizon demeure silencieux et menaçant – puis un terrible éclair foudroyant ! Mille canons tonnent d’une seule voix : un rugissement si impressionnant, un déchirement, un éclair, une détonation, tels qu’aucun homme n’en a jamais vus ou entendus. Nous sommes partis !
Caporal Frank Fitzpatrick, cité par le Lieutenant W. A. Crane dans In Good Company: An Account of the 6th Machine Gun Company AIF in Search of Peace, 1915–1919 (En bonne compagnie : Le récit de la 6e Compagnie de mitrailleurs de l’AIF en quête de paix, 1915-1919), Melbourne, 1937, p. 329
Tandis que les obus alliés rugissaient au-dessus des têtes, cherchant de lointains postes et batteries allemands, des milliers de soldats australiens et canadiens, et notamment le caporal Fitzpatrick, avancèrent le long d’un front de neuf kilomètres du nord au sud, en direction des lignes allemandes. Ce bombardement, à 4 h 20 du matin, le 8 août 1918, marqua le commencement de la bataille d’Amiens, destiné à repousser l’armée allemande derrière les anciennes lignes de défense française d’Amiens, à 14 kilomètres à l’est de Villers-Bretonneux.
Lieutenant Rupert Downes MC s’adressant à sa section, Compagnie B, 29e Bataillon, avant l’avancée du 8 août 1918 à l’est de Villers-Bretonneux. [AWM E02790]
Les hommes de la 6e Batterie de l’artillerie de campagne australienne, dans un champ de blé près de Villers-Bretonneux, France, août 1918. [AWM E02925]
Australiens passant devant des tranchées allemandes conquises lors de l’avancée de Lamotte-Warfusée, France, 8 août 1918. [AWM E02842]
Au départ, les deux bataillons australiens, le 19e et le 20e (tous deux de Nouvelle-Galles du Sud), furent comme les autres unités gênés dans leur avancée vers Lamotte-Warfusée par un épais brouillard. Leur objectif était de tenir les anciennes lignes de défense intérieures de la ligne d’Amiens, juste en dehors du village. Il avait été prévu que les 17e et 18e Bataillons (Nouvelle-Galles du Sud) les dépasseraient pour aller jusqu’à Lamotte-Warfusée et plus loin. Ces dépassements allaient être à l’ordre du jour tout au long du front du Corps d’armée australien, qui combattait dans son ensemble pour la première fois, avec cinq divisions entières menées par un Australien, le lieutenant-général John Monash. Ceux-ci avaient pour guide principal dans le brouillard l’ancienne voie romaine et les chars d’assaut britanniques qui avançaient par embardées devant eux, tandis que les obus protecteurs des tirs de barrage roulant tombaient bien en avant.
Accompagnant l’avancée du 20e Bataillon et de ses chars d’assaut se trouvait la 6e Compagnie de mitrailleurs, menée par le lieutenant Norman Wilkinson :
À l’heure H, je donnais une goutte de rhum à tous mes hommes […] Mon stimulant à moi restait ma boisson préférée : du thé froid, au lieu de rhum, que je buvais de ma gourde.
Lieutenant Norman Wilkinson, cité par le Lieutenant W. A. Crane dans In Good Company: An Account of the 6th Machine Gun Company AIF in Search of Peace, 1915–1919 (En bonne compagnie : Le récit de la 6e Compagnie de mitrailleurs de l’AIF en quête de paix, 1915-1919), Melbourne, 1937, p. 330
Chariot et chevaux allemands touchés par un bombardement à Lamotte-Warfusée, France, août 1918. [AWM E02987]
Comme ils approchaient du village, les mitrailleurs allemands ouvrirent le feu. Un char d’assaut fut appelé. Tirant à travers le brouillard qui commençait à se lever, le char avança en grondant en direction des postes de tir allemands, qui s’écroulèrent vite. Les mitrailleurs atteignaient alors l’ancienne ligne d’Amiens et commençaient à s’arrêter pour se préparer aux contre-attaques. Un peu plus tard, un photographe officiel de l’AIF apparut et les hommes de l’infanterie et les mitrailleurs se firent tous prendre en photo à côté de leur cher char d’assaut. Le combat pour Lamotte-Warfusée lui-même fut de courte durée. Les compagnies du 17e et du 18e Bataillon entrèrent dans le village et s’attaquèrent aux ennemis dans les caves et les maisons. À 7 heures du matin, le village était déjà aux mains australiennes.
Le brouillard s’éclaircit ce matin-là et la visibilité dévoila une vue incroyable sur la rase campagne à des kilomètres à la ronde. Charles Bean décrivit ainsi la scène :
Le brouillard se leva comme un rideau de scène. La vallée de la Somme apparut dans le doux soleil, encore tempéré par la brume baignant les pentes raides couvertes de forêt, les replis de la rive nord du fleuve et les pentes plus douces couvertes de hautes herbes - ou d’épis de blé - de la rive sud. C’était vers ces pentes et vers le plateau que tous les regards se tournaient maintenant […] [au-delà de la campagne] jusqu’à perte de vue, des détachements éparpillés de l’infanterie australienne, dont certains creusaient encore, d’autres surveillaient les environs des tranchées qu’ils venaient de creuser, et d’autres encore se promenaient ou se tenaient debout entre les groupes, d’un air décontracté, typique des Australiens sur tous les champs de bataille depuis le premier lever de soleil sur Anzac [Gallipoli].
Charles Bean, The Australian Imperial Force in France, 1918, Official History of Australia in the War of 1914–1918, (Les Forces armées impériales australiennes en France, 1918, Histoire officielle de l’Australie pendant la guerre de 1914-1918), Volume VI, pp. 545-546
Soldats australiens posant avec des hommes du Corps de chars d’assaut britannique à Lamotte-Warfusée, France, 8 août 1918. [AWM E04922]
Au nord et au sud de Lamotte-Warfusée, d’autres bataillons australiens et canadiens accompagnés de chars d’assaut avaient eux aussi atteint leur premier objectif de la journée. Après l’infanterie venait une foule d’unités de soutien, encombrant les routes et s’étalant dans la campagne : plus de chars d’assaut, des batteries de canons de campagne tirées par des chevaux aux « chaînes cliquetantes » et aux « crinières rejetées en arrière », des chariots de munitions et d’eau, d’autres chargés des dépôts du génie militaire, et des voitures blindées longeant la route de Lamotte-Warfusée. Les bataillons de pionniers et de génie militaire marchaient au devant pour maintenir les chemins et les routes, assurer le bon fonctionnement des puits de villages et du bas-côté, et pour commencer à poser des fils barbelés sur les nouvelles lignes de défense. Des milliers de prisonniers « au regard hagard » sous leur garde étaient déjà déplacés vers les arrières. « Un grand cri retentit, écrivit Bean, lorsque certaines des batteries de campagne, chargées d’aider les troupes les plus avant, arrivèrent au grand galop et en l’espace de quelques minutes leurs canons retentirent, au plus grand plaisir des troupes ». L’exultation et la confiance étaient dans l’air. Le journaliste britannique Charles Montague regardait alors la bataille se dérouler depuis les hauteurs surplombant les rives de la Somme :
De l’autre côté du fleuve, un miracle – celui qu’on attendait – avait commencé. Tout se passait rapidement. Souvenez-vous que toutes les avancées précédentes ne nous avaient presque rien apporté, si ce n’est la possibilité d’entrer dans les tranchées de communication à environ un mille ou deux de là à l’est, tout au plus. Mais tout à coup ! Sur la surface plane du Santerre [plateau de la Somme au-delà de Villers-Bretonneux] […] deux colonnes sans fin de canon, chariots et troupes britanniques marchaient régulièrement vers l’est, sur les terres épargnées par les obus, jusque-là en possession des Allemands […] Il n’y eut jamais de telle scène de toute la guerre.
C. E. Montague, cité par Peter Dennis et Jeffrey Grey (éd) dans Defining Victory, 1918 (Préciser la victoire, 1918), Canberra, 2000, pp. 10-11
Mais lorsque le brouillard se leva et que le spectacle de l’avancée se fit voir, la bataille ne faisait que commencer.
Un sergent australien et une mitrailleuse allemande saisie près de Lamotte-Warfusée, France, 8 août 1918. [AWM E02786]
Après la prise de Lamotte-Warfusée, les Australiens réparent l’artère principale du village, août 1918, France. [AWM E03892]
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![Panneau indicateur à la sortie de Villers-Bretonneux en direction de Lamotte-Warfusée. [DVA]](/heath-cemetery/images/heath-1-tn.jpg)
![Lieutenant Rupert Downes MC s’adressant à sa section, Compagnie B, 29e Bataillon, avant l’avancée du 8 août 1918 à l’est de Villers-Bretonneux. [AWM E02790]](/heath-cemetery/images/e02790-tn.jpg)
![Les hommes de la 6e Batterie de l’artillerie de campagne australienne, dans un champ de blé près de Villers-Bretonneux, France, août 1918. [AWM E02925]](/heath-cemetery/images/e02925-tn.jpg)
![Australiens passant devant des tranchées allemandes conquises lors de l’avancée de Lamotte-Warfusée, France, 8 août 1918. [AWM E02842]](/heath-cemetery/images/e02842-tn.jpg)
![Entrée dans Lamotte-Warfusée. [DVA]](/heath-cemetery/images/heath-2-tn.jpg)
![Chariot et chevaux allemands touchés par un bombardement à Lamotte-Warfusée, France, août 1918. [AWM E02987]](/heath-cemetery/images/e02987-tn.jpg)
![Lamotte-Warfusée. [DVA]](/heath-cemetery/images/heath-3-tn.jpg)
![Soldats australiens posant avec des hommes du Corps de chars d’assaut britannique à Lamotte-Warfusée, France, 8 août 1918. [AWM E04922]](/heath-cemetery/images/e04922-tn.jpg)
![Un sergent australien et une mitrailleuse allemande saisie près de Lamotte-Warfusée, France, 8 août 1918. [AWM E02786]](/heath-cemetery/images/e02786-tn.jpg)
![Après la prise de Lamotte-Warfusée, les Australiens réparent l’artère principale du village, août 1918, France. [AWM E03892]](/heath-cemetery/images/e03892-tn.jpg)