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Harbonnières, cimetière de Heath Cemetery, le 8 août 1918

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Avec beaucoup d’élan et d’habileté – l’avancée sur la vallée de Morcourt

Au-delà de Lamotte-Warfusée, la N29 traverse la plaine. Après quatre kilomètres environ, elle descend soudainement, traverse une vallée puis remonte de nouveau brutalement. C’est ce que Charles Bean a appelé la vallée de Morcourt, indiquée sur les cartes françaises de nos jours sous le nom de Vallée Brioche. À droite, un peu après Lamotte-Warfusée, une route bifurque pour mener au petit village de Bayonvillers, qui est visible à une courte distance dans les champs. Le 8 août, le deuxième objectif géographique de l’AIF était un peu à l’est de la vallée de Morcourt, à trois kilomètres au nord de la Somme et à trois kilomètres au sud de l’ouest du village d’Harbonnières – l’ancienne ligne française d’Amiens.

Soldat allemand tué au combat, bataille d’Amiens, France, 8 août 1918 [AWM A01925]

Soldat allemand tué au combat, bataille d’Amiens, France, 8 août 1918 [AWM A01925]

Des voitures blindées circulent entre les arbres déracinés sur la route de Péronne à l’est de Lamotte-Warfusée, France, août 1918. [AWM E03099]

Des voitures blindées circulent entre les arbres déracinés sur la route de Péronne à l’est de Lamotte-Warfusée, France, août 1918. [AWM E03099]

Transport de munitions vers une batterie d’obusiers australiens, vallée de Morcourt, France, août 1918. [AWM E02931

Transport de munitions vers une batterie d’obusiers australiens, vallée de Morcourt, France, août 1918. [AWM E02931]

L’avancée le long de l’ancienne voie romaine fut entreprise par quatre bataillons allant en direction du sud-est. Le 31e Bataillon (Queensland et Victoria) se déplaça en direction de Bayonvillers, où les membres d’une courageuse batterie allemande s’en prirent aux chars d’assaut et en mirent six hors d’usage rapidement. Un septième s’attaqua à la batterie mais fut également mis hors d’usage, bien qu’à ce moment, l’infanterie avait atteint le poste de tir et s’était emparée du canon. Les Australiens continuèrent vers le nord du village en direction d’Harbonnières. Un canon allemand fut capturé après que l’un de ses opérateurs ait été touché par le feu des mitrailleuses australiennes. Loin au sud d’Harbonnières, les hommes du 31e Bataillon pouvaient apercevoir une grosse montgolfière d’observation allemande en train d’être remorquée. Peu après, ils approchèrent des broussailles au bord de la vallée de Morcourt, où la résistance allemande se durcit et de lourds tirs de mitrailleuses provoquèrent une halte temporaire.

Soldat de deuxième classe Adam Johnston, 57e Bataillon (Victoria), marquant un canon allemand capturé destiné au Musée de la guerre australien, France, 8 août 1918. [AWM E02894]

Soldat de deuxième classe Adam Johnston, 57e Bataillon (Victoria), marquant un canon allemand capturé destiné au Musée de la guerre australien, France, 8 août 1918. [AWM E02894]

Au nord de la route, les troupes avancèrent en direction de la vallée de Morcourt, du sud au nord, menées par le 30e (Nouvelle-Galles du Sud), le 46e (Victoria) et le 45e (Nouvelle-Galles du Sud) Bataillon. Un canon antichar allemand était repoussé de la grand route par les mitrailleurs australiens. Dès que les mitrailleurs ennemis tentaient de repousser l’avancée, un char d’assaut s’élançait pour briser la résistance, et l’avancée recommençait. On fit de nombreux prisonniers et on s’empara d’un grand nombre de canons de campagne et de mitrailleuses. Derrière le 45e Bataillon suivait un soldat portant un grand pot de peinture blanche pour marquer chaque canon qu’il voyait des mots : « Pris par le 45e Bat. de l’AIF ». Plusieurs Allemands sortirent d’un bois pour se rendre devant cet Australien armé d’un pinceau. Bientôt, les trois bataillons et leurs chars d’assaut approchèrent du bord de la vallée de Morcourt.

Pour les chars d’assaut, les pentes raides à l’ouest de la vallée constituaient un obstacle difficile à franchir. L’un d’entre eux dévala la pente en tonneaux en tentant de descendre dans la vallée. Les chars d’assaut s’alignèrent donc sur le bord et aidèrent l’infanterie en tirant sur les postes allemands avec leurs petits canons et mitrailleuses. La confusion régnait déjà parmi les Allemands défendant leurs lignes lors de l’arrivée des Australiens. Des voitures blindées suivant l’ancienne voie romaine depuis Lamotte-Warfusée s’étaient déjà arrêtées dans leur avancée vers l’est pour tirer sur les positions ennemies dans la vallée. L’artillerie britannique, qui suivait de près l’infanterie australienne, avait déjà ouvert le feu sur la vallée de Morcourt, mais le feu ennemi était si féroce dans ce secteur que les soldats furent forcés de se mettre à terre et d’avancer en s’élançant plus stratégiquement.

Voiture blindée portant le drapeau français se déplaçant en direction de Péronne, à l’est de Lamotte-Warfusée, France, 8 août 1918. [AWM E03101]

Voiture blindée portant le drapeau français se déplaçant en direction de Péronne, à l’est de Lamotte-Warfusée, France, 8 août 1918. [AWM E03101]

La vallée de Morcourt était un lieu de bivouac important pour les réservistes allemands et ses flancs étaient truffés de tranchées-abris en terrasses et d’écuries temporaires. Depuis la plus haute terrasse, le feu allemand retenait temporairement le 46e Bataillon. C’est là qu’un jeune lieutenant, Arthur Kemp, âgé de 21 ans et originaire de Ballarat dans le Victoria, se distingua. Le lieutenant John Hall, menant la compagnie dans la vallée, avait été tué en essayant de contrôler les élancées avec un sifflet :

Le lieutenant Kemp prit le contrôle de la compagnie, évalua rapidement la situation, et avec beaucoup d’élan et d’habileté, envahit la position ennemie, faisant un grand nombre de prisonniers. Il regroupa ensuite sa compagnie et continua en direction du dernier objectif choisi. Pendant la consolidation de la ligne, il fit preuve d’une attitude édifiante pour tous ses hommes.

Recommandation pour la Croix militaire du lieutenant Arthur Kemp, 46e Bataillon de l’AIF,
http://www.awm.gov.au/cms_images/
awm28/1/240P3/0007.pdf

Vallée de Morcourt, au nord du cimetière de Heath Cemetery. [DVA] Vallée de Morcourt, au nord du cimetière de Heath Cemetery. [DVA]

Vallée de Morcourt, au nord du cimetière de Heath Cemetery. [DVA]

La position conquise par Kemp était située autour d’une maison de briques rouges du côté gauche de la route, où les Allemands avaient construit une tranchée pour leurs mitrailleuses. Un obus tiré d’un char d’assaut détruisit la maison, et 50 soldats allemands environ se rendirent. Au sud, le 30e Bataillon, accompagné de cinq chars d’assaut, faisait également des progrès. Deux d’entre eux passèrent par la route tandis que les trois autres « se frayèrent un chemin dans les sous-bois ». Les soldats ennemis étaient troublés, et des douzaines d’entre eux se rendirent. En outre, le 31e Bataillon avançait lui aussi dans la vallée avec un char d’assaut, furetant autour des buissons et des cabanes. À 10 h 40, les bataillons australiens et les chars d’assaut britanniques avaient plus ou moins pris le contrôle de la vallée de Morcourt et avancé deux cents mètres plus loin que le deuxième objectif de l’AIF de la journée. Plus tard ce même jour, une autre avancée réussie permit d’atteindre le dernier objectif défini, l’ancienne ligne française d’Amiens.

Char d’assaut britannique mis hors service par un tir direct à bout portant, France, 8 août 1918. [AWM E03891]

Char d’assaut britannique mis hors service par un tir direct à bout portant, France, 8 août 1918. [AWM E03891]

Char d’assaut perçant un obstacle sur le bas-côté de la route durant l’offensive australienne de Bayonvillers, France, 8 août 1918. [AWM E02862]

Char d’assaut perçant un obstacle sur le bas-côté de la route durant l’offensive australienne de Bayonvillers, France, 8 août 1918. [AWM E02862]

Le soir du 8 août 1918, les deux armées firent le point. Pour les Alliés, cette journée représentait un succès sans précédent. Les corps d’armée australien et canadien, aidés par les offensives françaises et britanniques sur leurs flancs, avaient repoussé les Allemands sur une distance incroyable : 8 à 9 kilomètres en moyenne. Des milliers de soldats ennemis avaient été faits prisonniers et l’armée allemande avait perdu des centaines de canons, un nombre incalculable de mitrailleuses et autres équipements. Quatre jours plus tard, le roi George V avait fait chevalier le commandant du Corps d’armée australien, le lieutenant général John Monash. Cette investiture eut lieu sur les marches du château de Bertangles, où était basé l’état-major australien. Sur l’allée, devant le roi, furent placées en demi-cercle des douzaines de canons allemands capturés par les Australiens le 8 août. Le général Erich Ludendorff, le sous-commandant de l’état-major général allemand, appela ce jour le « jour noir » (schwarze Tag) de l’armée allemande.

Des prisonniers de guerre allemands près du bois de Susan Wood s’enfuient devant le feu de leur propre artillerie, Morcourt, France, août 1918. [AWM E03017]

Des prisonniers de guerre allemands près du bois de Susan Wood s’enfuient devant le feu de leur propre artillerie, Morcourt, France, août 1918. [AWM E03017]

Canon allemand capturé par des soldats australiens le 8 août 1918. [AWM E02898]

Canon allemand capturé par des soldats australiens le 8 août 1918. [AWM E02898]

L’armement le plus important tombé aux mains australiennes le 8 août était le « Canon d’Amiens » (Amiens Gun). Cette arme gigantesque, un ancien canon de marine pesant 45 tonnes (40 824 kilogrammes), était montée sur un wagon de train construit spécialement, et utilisée pour bombarder Amiens depuis une distance de plus de 25 kilomètres. Le 8 août, comme les Australiens avançaient vers l’est du village d’Harbonnières, ils aperçurent trois trains sur une voie militaire. L’un d’entre eux portait le Canon d’Amiens. La cavalerie britannique avait déjà dépassé les Australiens dans leur charge vers le canon, lorsque le train qui le portait fut touché par une bombe provenant d’un avion de guerre britannique. Les soldats occupant le train se rendirent et le canon fut revendiqué par le 31e Bataillon de l’AIF. Le soir venu, trois membres du génie militaire australien aiguillèrent le train derrière les lignes alliées. Après avoir été exposée à Paris, l’arme fut envoyée en Australie, où son canon et son abri sont exposés aujourd’hui à l’extérieur du bâtiment administratif du Mémorial australien de la guerre à Canberra. Cette arme énorme est un témoin vivace de l’une des plus grandes victoires de l’AIF sur le front occidental. Selon Charles Bean, ce jour fut décrit par le sergent Francis Clausen, du 59e Bataillon, originaire de Newport dans le Victoria, comme « un très bon* tour de force […] que je n’aurais voulu rater pour rien au monde. »

*en français dans le texte

Le canon de la voie ferrée (appelé aujourd’hui Canon d’Amiens) capturé le 8 août 1918 par des membres de l’AIF à Harbonnières, près de Villers-Bretonneux. Il fut exposé au Mémorial australien de la guerre, à Canberra, en octobre 1939. [AWM 044904] Canon ferroviaire allemand, capturé par les Australiens à Harbonnières, France, le 8 août 1918. [AWM E02780]

Hommes du 31e Bataillon (Queensland et Victoria) debout à côté du train allemand capturé auquel était attaché le canon de la voie ferrée aujourd’hui appelé Canon d’Amiens, Harbonnières, France, 8 août 1918. [AWM E02781] Le canon allemand de la voie ferrée, appelé le Canon d’Amiens, capturé par les troupes de l’AIF près d’Harbonnières, France, le 8 août 1918, vu ici à la gare de Central Station, à Sydney en Nouvelle-Galles du Sud, avant son arrivée à Canberra, dans le Territoire de la capitale australienne, 1920. [AWM P01823.001]

Le Canon d’Amiens


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