Le Hamel, Mémorial du Corps d’armée australien
Le bombardement usuel du petit matin
- Indications

- Le village de Le Hamel se trouve à 17 kilomètres à l’est-nord-est d’Amiens. Une fois à Lamotte-Warfusée sur la N29, tourner à gauche pour arriver au village. Pour en savoir plus
Soldats américains et australiens dans la « tranchée de la poire » (Pear Trench), Le Hamel, 4 juillet 1918. Le village en ruines de Le Hamel est visible à l’arrière-plan. [AWM E02844A]
Depuis la tranchée allemande conquise juste à côté du Mémorial du Corps d’armée australien à Le Hamel, on a une vue sur le village de Le Hamel en bas de la colline, et plus loin au nord, de l’autre côté de la Somme jusqu’aux hauteurs surplombant le village de Sailly-le-Sec. L’obélisque du Monument aux morts de la 3e Division australienne est clairement visible. Posté sur ces hauteurs durant la nuit du 3 au 4 juillet 1918, un groupe d’observateurs australiens scrutaient l’obscurité pour détecter tout mouvement inhabituel sur les lignes allemandes autour de Le Hamel :
De temps en temps, le hurlement et la détonation d’un canon de campagne allemand de l’autre côté de la vallée – on pouvait voir le petit obus éclater dans un éclair avant de l’entendre. Un de nos avions commença à vrombir dans la vallée dans le noir.
Rapport d’un observateur, cité par Charles Bean dans The Australian Imperial Force in France, 1918, Official History of Australia in the War of 1914–1918 (Les forces armées impériales australiennes en France, 1918, Histoire officielle de l’Australie pendant la guerre de 1914-1918), Volume VI, p. 282
Toute la nuit, les avions britanniques bombardèrent les Allemands à Le Hamel. Une fois que le premier avion avait lâché ses bombes, il repartait et on entendait le grondement du suivant qui approchait. En dépit de ces interruptions, les observateurs australiens n’avaient pas grand chose à rapporter :
C’était l’une des nuits les plus calmes que j’ai vues sur le front […] Par une ou deux fois, nos régiments mitraillèrent quelque point sensible derrière les lignes allemandes. À environ 3 heures du matin, lorsque le ciel commençait à peine à prendre imperceptiblement la teinte grisâtre de l’aube, ils commencèrent le bombardement usuel du petit matin.
Rapport d’un observateur, cité par Charles Bean dans The Australian Imperial Force in France, 1918, Official History of Australia in the War of 1914–1918 (Les forces armées impériales australiennes en France, 1918, Histoire officielle de l’Australie pendant la guerre de 1914-1918), Volume VI, p. 282
Mais ce bombardement n’avait rien d’usuel. Il signalait le début de la bataille de Le Hamel, une opération limitée visant à redresser un saillant dans la ligne défendue par le Corps d’armée australien entre le fleuve de la Somme et Villers-Bretonneux. Comme le bombardement des lignes allemandes commençait sur un front long de quelque 6,5 kilomètres, un détachement de 7 500 hommes de l’AIF, accompagné de quatre compagnies américaines en formation avec les Australiens, quittèrent leurs positions et avancèrent sur les lignes allemandes. Non loin derrière eux, encore gênés par l’obscurité, suivaient 60 des tout derniers chars d’assaut britanniques Mark IV. Leurs moteurs étaient très bruyants au démarrage, et c’était pour noyer ce bruit autant que possible que les bombardements nocturnes intensifs avaient eu lieu.
Le plus gros de la bataille de Le Hamel se déroula en 93 minutes à peine. On prit possession des postes allemands, plus de 1 600 Allemands furent faits prisonniers, et une quantité considérable d’armement et d’équipement fut saisie. Cependant, les combats furent à de nombreux endroits acharnés, et l’AIF essuya plus de 1 400 pertes. Pour Charles Bean, la « tragédie de l’opération » de Le Hamel fut la mort de 12 hommes du 15e Bataillon (Queensland et Tasmanie), tués par leurs propres obus, tombant trop court pendant les premiers moments de l’avancée. Cette unité avançait vers un poste allemand solidement défendu appelé la « tranchée de la poire » (Pear Trench) au sud de Le Hamel, entre le village et le Bois de Vaire. Parmi ces hommes se trouvait le caporal William Banks, âgé de 25 ans et originaire de South Brisbane, dans le Queensland. Le soldat de deuxième classe Samuel Laycock s’en souvint ainsi :
Je le connaissais bien […] Tôt le matin, nous commençâmes à attaquer et juste après cela, un gros obus explosa près de Banks et lui arracha les deux pieds, une explosion dont je fus témoin. On l’emmena au poste de secours et j’appris qu’il était mort plus tard.
Soldat de deuxième classe Samuel Laycock, 15e Bataillon, fichier du Bureau des renseignements sur les blessés et disparus de la Croix rouge australienne,
www.awm.gov.au/cms_images/1DRL428/00002/1DRL428-00002-0220404.pdf
De tels accidents étaient considérés comme inévitables dans des situations où les soldats avaient pour ordre de rester au plus près des bombardements de leur propre artillerie qui les précédaient lentement, car cela les protégeait du feu ennemi.
Le lieutenant-colonel Edmund Drake-Brockman, commandant du 16e Bataillon, affirma que les tirs trop courts de Le Hamel n’étaient pas « entièrement surprenants dans ces circonstances ».
Les ruines du village de Le Hamel, vues depuis les tranchées tenues par les Allemands jusqu’au 4 juillet 1918, Le Hamel, juillet 1918. Le Mémorial du Corps d’armée australien se dresse sur ce site aujourd’hui. [AWM E02844B]
Village de Le Hamel vu depuis l’emplacement du Mémorial du Corps d’armée australien, Le Hamel. [DVA]
Les hommes de l’artillerie étaient eux aussi en danger sur le champ de bataille. L’avancée atteignant le village de Le Hamel, les Allemands bombardèrent celui-ci, et c’est là que succomba le lieutenant Laurence Brunton de la 10e Brigade d’artillerie de campagne de l’AIF. Brunton était venu des postes de tirs arrière pour servir d’éclaireur pour ses canons et avait mis en place un « poste d’observation » dans le village. Ce poste fut touché et Brunton reçut un coup fatal à la tête. Son corps fut découvert dans une cave de Le Hamel deux jours plus tard et repose aujourd’hui dans le cimetière militaire de Villers-Bretonneux, au carré 19, rangée F, tombe 8. Il était très apprécié dans son unité et l’un de ses hommes décrivit ainsi la cérémonie funéraire :
… il eut les meilleures funérailles militaires que j’ai vues en France. Je jouai l’air du « Last Post » avec quatre autres trompettistes. Nous jouâmes tous avec la plus grande inspiration et ce fut comme si une seule trompette jouait, sans une seule note hors de place.
Canonnier Harold Pollard, trompettiste, 10e Brigade d’artillerie de campagne de l’AIF, fichier du Bureau de renseignements sur les blessés et disparus de la Croix Rouge australienne,
www.awm.gov.au/cms_images/web/1DRL428/00005/1DRL428–00005–0600303.pdf
Des hommes du 44e Bataillon (Australie-Occidentale) prirent possession de la tranchée située à côté du Mémorial du Corps d’armée australien. Celle-ci repose sur la ligne de l’objectif final de l’avancée australienne ce matin-là, sur la colline du Hurleux. Les Allemands y avaient des contreforts et un état-major, appelé le « Wolfsberg ». À gauche, l’avancée des hommes du 15e Bataillon du Queensland était retenue par un canon en particulier. À la vue d’un officier de char d’assaut britannique qui « se promenait par là », ils appelèrent le char d’assaut à la rescousse, et ce dernier commença à détruire la mitrailleuse et la patrouille sur la tranchée, pendant que les Australiens y pénétraient, capturaient environ 50 Allemands et prenaient possession de 27 mitrailleuses légères.
Australiens dans un poste de mitrailleuses allemand conquis dans la « tranchée de la poire » (Pear Trench), Le Hamel, 4 juillet 1918. [AWM E02623]
Après la tombée de la nuit, le soir du 4 juillet, une contre-offensive allemande commença dans le secteur du « Wolfsberg ». Près de la nouvelle ligne australienne se trouvait un contrefort qui était resté dans les mains allemandes toute la journée, et à 22 h, juste après le coucher du soleil, environ 200 soldats de l’infanterie allemande et bombardiers avancèrent le long d’une tranchée de communication en direction du « Wolfsberg ». Ils repoussèrent une partie des Australiens, mais furent gênés dans leur tâche par des tirs de mortiers très précis dans la tranchée de communication provenant d’hommes de la 11e Batterie de tirs de mortiers légers de tranchées, menée par le sergent John Distant, originaire de Childers dans le Queensland. Un groupe organisé à la hâte du 44e Bataillon retourna le feu :
… ils [y allèrent] « de toutes leurs forces » sur les Allemands, les repoussant de renfoncement en renfoncement pour finir dans la tranchée de communication d’où, commençant à s’épuiser, l’ennemi s’enfuit pêle-mêle à découvert, les Australiens occidentaux les poursuivant à coups d’obus, de tirs à la volée et de mitrailleuses qu’ils tenaient à la hanche. Juste avant que l’ennemi ne se disperse, Lynch, qui aurait été « indestructible durant toute l’opération », fut accidentellement encerclé par les Allemands et reçut une balle dans la tête.
Charles Bean, The Australian Imperial Force in France, 1918, Official History of Australia in the War of 1914-1918 (Les forces armées impériales australiennes en France, 1918, Histoire officielle de l’Australie pendant la guerre de 1914-1918), Volume VI, p. 317
Le soldat de deuxième classe James Lynch, l’un des « hommes aux baïonnettes », qui protégèrent les bombardiers du 44e Bataillon lors de leur attaque, est enterré au carré 1, rangée F, tombe 7, dans le cimetière militaire de Villers-Bretonneux.
Mitrailleurs allemands morts dans une tranchée de communications allant de Le Hamel à la tranchée de Pear Trench, Le Hamel, 5 juillet 1918. [AWM E02704]
La victoire rapide à Le Hamel, même si elle n’était que mineure, remonta beaucoup le moral des chefs des pays alliés, alors rassemblés à Paris. Le Premier ministre français, Georges Clémenceau, alors âgé de 77 ans, qui avait pour habitude de rendre visite chaque week-end à une unité française, était sur le point d’envoyer à l’AIF un message de félicitations, quand il décida de le leur porter personnellement. Le dimanche suivant, il se rendit donc à l’état-major de la 4e Division australienne à Bussy-lès-Daours, près de Corbie, non loin de Le Hamel. Debout au centre d’un cercle de soldats australiens, accompagné du lieutenant général Sir John Monash, le commandant du Corps d’armée australien, Clémenceau leur adressa les mots suivants en anglais :
Lorsque l’armée australienne vint en France, les Français attendaient beaucoup d’elle […] Nous savions que vous combattriez sans réserve, mais nous ignorions que dès le début, vous étonneriez le continent entier […] Je repartirai demain et je dirai à mes compatriotes : « J’ai vu les Australiens. Je les ai regardés dans les yeux. Je sais que ces hommes […] combattront à nos côtés de nouveau jusqu’à ce que la cause pour laquelle nous nous battons tous soit assurée, pour nous et nos enfants.
Georges Clémenceau, Premier ministre français (à gauche), avec le général de division Ewen Sinclair-MacLagan et le lieutenant général Sir John Monash, lors de sa visite sur le front australien à Bussy, France, juillet 1918. [AWM E02527]
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![Le Hamel à l’aube, 4 juillet 1918, George Bell, 1921. [huile sur toile, AWM ART03590]](/le-hamel/images/awm-art03590-tn.jpg)
![Les ruines du village de Le Hamel, vues depuis les tranchées tenues par les Allemands jusqu’au 4 juillet 1918, Le Hamel, juillet 1918. Le Mémorial du Corps d’armée australien se dresse sur ce site aujourd’hui. [AWM E02844B]](/le-hamel/images/awm-e02844b-tn.jpg)
![Village de Le Hamel vu depuis l’emplacement du Mémorial du Corps d’armée australien, Le Hamel. [DVA]](/le-hamel/images/le-hamel-1-tn.jpg)
![Australiens dans un poste de mitrailleuses allemand conquis dans la « tranchée de la poire » (Pear Trench), Le Hamel, 4 juillet 1918. [AWM E02623]](/le-hamel/images/awm-e02623a-tn.jpg)
![Australiens épuisés à la tranchée de Pear Trench, Le Hamel, 4 juillet 1918. [AWM E02664]](/le-hamel/images/awm-e02664-tn.jpg)
![Mémorial du Corps d’armée australien à Le Hamel. [DVA]](/le-hamel/images/le-hamel-4-tn.jpg)
![Brancardiers australiens ramenant un blessé, Le Hamel, 4 juillet 1918. [AWM E04888]](/le-hamel/images/awm-e04888-tn.jpg)
![Mitrailleurs allemands morts dans une tranchée de communications allant de Le Hamel à la tranchée de Pear Trench, Le Hamel, 5 juillet 1918. [AWM E02704]](/le-hamel/images/awm-e02704-tn.jpg)
![Vue de panneaux d’information à Le Hamel. [DVA]](/le-hamel/images/le-hamel-2-tn.jpg)
![Georges Clémenceau, Premier ministre français (à gauche), avec le général de division Ewen Sinclair-MacLagan et le lieutenant général Sir John Monash, lors de sa visite sur le front australien à Bussy, France, juillet 1918. [AWM E02527]](/le-hamel/images/awm-e02527-tn.jpg)
![Détail du Mémorial du Corps d’armée australien à Le Hamel. [DVA]](/le-hamel/images/le-hamel-3-tn.jpg)