Ypres, la Porte de Menin
La Porte de Menin à minuit
Dans les années 1920 et 1930, les Australiens étaient plus étroitement associés aux batailles autour d’Ypres qu’à celle de Gallipoli. L’ensemble des cinq divisions des forces armées impériales australiennes, c’est-dire près de 80 000 hommes, combattirent à Ypres entre juin et novembre 1917. Pendant cette période, plus de 12 000 furent tués et des milliers furent blessés, ce qui représente un bilan bien supérieur aux victimes de Gallipoli entre avril et décembre 1915. Et sur ceux qui sont morts en Belgique, les noms de plus de 6 000 d’entre eux sont gravés sur la Porte de Menin, ce qui représente un nombre plus important que ceux gravés sur le Mémorial de Lone Pine en hommage aux disparus. Dans l’ensemble, toutes ces terribles batailles en Belgique marquèrent la conscience populaire d’une manière qui est largement oubliée aujourd’hui.
Barriques d’eau claire temporairement mises en place à côté de la Porte de Menin fin 1914 ; les habitants étaient obligés d’y puiser leur eau potable parce qu’une épidémie de typhoïde s’était déclarée en raison de la pollution de l’eau du lac avoisinant. [Photo Anthony, Ypres, Stedelijke Musea, Ypres]
Parmi les Australiens grandement affectés par les morts de la Porte de Menin se trouvait le capitaine Will Longstaff, artiste de guerre. Longstaff, qui vivait en Angleterre à cette époque, assista à l’inauguration du monument commémoratif et, cette nuit-là, il ne put apparemment trouver le sommeil. Allant jusqu’au monument et s’y promenant dans l’obscurité, il eut une vision des soldats qui passèrent par la Porte de Menin pendant la guerre, alors qu’ils se rendaient à la ligne de front. Cette vision, il la transcrivit sur une grande toile, représentant des soldats fantomatiques sortant de la terre devant la Porte de Menin, et avançant vers la route de Menin, Hooge, Zonnebeke, Broodseinde et Passchendaele. On dit qu’il peignit la scène d’une traite alors qu’il était encore sous l’influence paranormale de sa vision. Selon une autre version de cette histoire, il fut influencé par une dame anglaise qui avait perdu plusieurs de ses fils pendant la guerre et qui lui raconta, alors qu’ils marchaient ensemble le soir, qu’elle pouvait sentir « ses fils décédés tout autour d’elle ».
Cette œuvre fut un succès immédiat et fut même admirée en privé, à Buckingham Palace, par le Roi George V et sa famille. Par la suite, après avoir été exposée dans les principales villes de Grande-Bretagne, elle fut achetée par un aristocrate anglais, Lord Woolvington, et offerte au gouvernement et au peuple australien. Expédiée en Australie, elle fut rapidement ajoutée à la collection d’art grandissante du Mémorial australien de la guerre alors en projet. En Australie également, les personnages fantomatiques de la Porte de Menin trouvèrent un écho auprès de plus d’un million d’Australiens venus partager la vision de Longstaff dans les capitales d’État lorsque cette œuvre fut exposée entre 1928 et 1929. La peinture était accompagnée d’une maquette à grande échelle de la Porte de Menin, qui avait été présentée à l’Australie par l’architecte du monument, Sir Reginald Bloomfield. Le Haut Commissariat australien à Londres avait négocié avec la Commission impériale des sépultures militaires britanniques pour obtenir la maquette, avançant que les Australiens étaient en grande partie incapables de se rendre au mémorial en personne :
[La maquette] donnerait ainsi aux proches des plus de 6 000 soldats australiens disparus, dont les noms apparaissent sur l’original, une opportunité de la contempler et d’apprécier ce qui est entrepris par votre Commission pour perpétuer et rendre hommage aux noms et à la mémoire de leur proches tombés au combat.
Lettre du Haut Commissariat australien, Londres, à la Commission impériale des sépultures militaires britanniques, 1927, 13/01/43, AWM 93
La maquette de la Porte de Menin, faite par son architecte, Sir Reginald Bloomfield, et présentée à l’Australie par la Commission impériale des sépultures militaires britanniques. Il s’agit de la maquette qui accompagna l’œuvre de Will Longstaff, « Porte de Menin à minuit », lorsqu’elle fut exposée en Australie à la fin des années 1920. [AWM H13579]
Ainsi, quand les Australiens découvrirent « La Porte de Menin à minuit », ils purent voir, à partir de la maquette de Bloomfield, à quoi ressemblait la porte et, grâce à la liste préparée par le Mémorial australien de la guerre, ils purent précisément identifier l’emplacement de la plaque rendant hommage au nom d’un être aimé ou d’un ami. Par la suite, des représentants employés par le Mémorial australien de la guerre firent du porte-à-porte pour vendre des reproductions de la peinture. Ils apprirent un texte par cœur, qui comprenait les paroles de Plumer : « Il n’a pas disparu – il est ici ».
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![Lucarne, Porte de Menin [DVA]](/menin-gate/images/mg-4-tn.jpg)
![Barriques d’eau claire temporairement mises en place à côté de la Porte de Menin fin 1914 ; les habitants étaient obligés d’y puiser leur eau potable parce qu’une épidémie de typhoïde s’était déclarée en raison de la pollution de l’eau du lac avoisinant. [Photo Anthony, Ypres, Stedelijke Musea, Ypres]](/menin-gate/images/menin-5-tn.jpg)
![Porte de Menin à minuit, Will Longstaff, 1927 [huile sur toile, AWM ART09807]](/menin-gate/images/awm-art09807-tn.jpg)
![La maquette de la Porte de Menin, faite par son architecte, Sir Reginald Bloomfield, et présentée à l’Australie par la Commission impériale des sépultures militaires britanniques. Il s’agit de la maquette qui accompagna l’œuvre de Will Longstaff, « Porte de Menin à minuit », lorsqu’elle fut exposée en Australie à la fin des années 1920. [AWM H13579]](/menin-gate/images/awm-h13579-tn.jpg)
![Au soleil d’une fin de journée, Porte de Menin, Ypres [DVA]](/menin-gate/images/mg-21-tn.jpg)