Messines (Mesen), Parc de Paix de l’Île d’Irlande
Ils servirent ensemble dans ces tranchées – le Parc de Paix de l’Île d’Irlande
À neuf kilomètres au sud d’Ypres, sur la N365, la route qui mène à la frontière française et à la ville d’Armentières, se trouve Messines (Mesen). Juste au sud du village, sur la droite, se situe le Parc de Paix de l’Île d’Irlande, qui offre une magnifique vue panoramique de la campagne belge. Ce parc, dont l’attraction centrale est une réplique de tour ronde irlandaise, fut inauguré le 11 novembre 1998 par la présidente irlandaise Mary McAleese, en présence de la reine Elizabeth II du Royaume-Uni et du roi Albert II de Belgique.
Ce mémorial peu commun est dédié à tous les Irlandais, quelles que soient leurs appartenances politiques ou leurs traditions, ayant servi et trouvé la mort pendant la Première Guerre mondiale, notamment dans les trois divisions du Corps expéditionnaire britannique rassemblées en Irlande : la 36e division (Irlande du Nord), la 10e division (Irlande) et la 16e division (Irlande).
On trouve des tours rondes partout en Irlande, généralement sur des sites ayant abrité les premiers monastères chrétiens. Le parc comprend également trois piliers sur lesquels est gravé le nombre de tués, de blessés et de disparus dans chaque division. Sur neuf plaques de pierre disposées le long du chemin qui mène à la tour sont gravées des citations de soldats irlandais.
Piliers dans le Parc de Paix de l’Île d’Irlande, sur lesquels figurent les victimes de guerre des trois divisions rassemblées en Irlande et ayant combattu aux côtés de l’armée britannique pendant la Première Guerre mondiale. Des milliers d’autres Irlandais se sont battus au sein d’autres unités britanniques et des forces rassemblées par les dominions de l’Empire britannique : l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud. [DVA]
L’une des neuf plaques de pierre du Parc de Paix de l’Île d’Irlande, sur lesquelles sont gravées des citations d’Irlandais qui ont combattu pendant la Première Guerre mondiale ou y ont été associés [DVA]
Environ 25 % des Forces armées impériales australiennes descendaient alors des centaines de milliers d’Irlandais, catholiques et protestants, qui s’installèrent en Australie au cours du XIXe siècle. Pendant l’ère coloniale et jusqu’en 1914, la cause nationaliste irlandaise, qui cherchait à obtenir l’autonomie interne (« Home Rule ») pour l’Irlande, faisait partie du paysage politique australien.
Pendant la guerre, les Australiens étaient divisés sur la question de la conscription pour le service à l’étranger en vue de renforcer les Forces armées impériales australiennes (AIF). Le plus éminent chef de file des opposants à la conscription (les « antis ») était l’Irlandais Daniel Mannix, l’archevêque catholique de Melbourne. Mannix dénonça la façon dont la Grande-Bretagne avait traité l’Irlande au lendemain du soulèvement de Pâques à Dublin en 1916, et remit en question le soutien inconditionnel apporté par l’Australie à l’Empire britannique. Il argumentait que la Grande-Bretagne était entrée dans la guerre pour soutenir une petite nation, la Belgique, mais qu’en même temps elle avait violemment réprimé les aspirations nationales d’une autre petite nation, l’Irlande.
Les deux référendums sur la conscription, organisés en Australie en 1916 et 1917, portaient sur des questions qui allaient bien au-delà de la colère des Australiens d’origine irlandaise quant à la façon dont la Grande-Bretagne traitait l’Irlande, mais cette question fut certainement l’un des facteurs qui menèrent à la défaite des propositions de conscription du Premier ministre Billy Hughes. Après la Première Guerre mondiale, les sentiments australiens prirent de nouveau de l’ampleur pendant la guerre anglo-irlandaise de 1918-21, qui vit l’archevêque Mannix prendre un rôle majeur dans le soutien de l’indépendance irlandaise.
Premier ministre William Hughes, dit 'Billy' Hughes, défendant la conscription, Martin Place, Sydney, Nouvelle-Galles du Sud, vers 1916 [AWM A03376]
Soldats australiens votant lors du référendum sur la conscription, Belgique, 8 décembre 1917 [AWM E01605]
Un tract de référendum en faveur de la conscription, intitulé « le credo des antis » (The Anti’s Creed), énumérant les « convictions » anti-australiennes auxquelles auraient souscrit les partisans anti-conscription. Il est à noter que l’une des convictions des « antis » était « J’ai foi dans le Sinn Fein ». Il s’agit du mouvement politique irlandais qui s’engageait à l’époque pour obtenir une indépendance totale de l’Irlande vis-à-vis du Royaume-Uni. [AWM RC00317]
L’Irlande, tout comme l’Australie, connut de lourdes pertes pendant la Grande Guerre. À l’intérieur de la tour ronde, les visiteurs peuvent consulter des exemplaires des Registres commémoratifs de l’Irlande (« Ireland’s Memorial Records »), une collection de livres dont les bordures de page sont ornées de dessins richement travaillés de l’artiste Harry Clarke. Dans ces livres sont consignés les noms de milliers d’Irlandais morts pendant la guerre. Parmi eux se trouve le major William Redmond, du 6e bataillon du Régiment irlandais royal, âgé de 56 ans, mort des suites de blessures infligées pendant la bataille de Messines le 7 juin 1917.
Willie Redmond avait des liens étroits avec l’Australie. Son frère John Redmond et lui étaient tous deux d’éminents dirigeants du parti nationaliste irlandais à Westminster avant la guerre et, en 1883, les deux frères se rendirent en Australie pour récolter des fonds en faveur de la cause de la « Home Rule » prônant l’autonomie interne pour l’Irlande. Tous deux épousèrent également des Australiennes : John épousa Johanna, la demi-sœur du puissant marchand et éleveur James Dalton d’Orange, en Nouvelle-Galles du Sud, tandis que Willie épousa la fille de James, Eleanor. Willie Redmond se rendit plusieurs fois en Australie et écrivit deux livres sur ses expériences : « A Shooting Trip in the Australian Bush » (une expédition de chasse dans la brousse australienne) et « Through the New Commonwealth » (à travers le nouveau Commonwealth). Après la mort de son mari, Eleanor retourna à Orange. Elle mourut à Sydney en 1947. La tombe du major William Redmond se trouve dans le cimetière de Locre Hospice, à quelques kilomètres au nord-ouest du village de Messines.
Mais le Parc de Paix ne commémore pas simplement les batailles de naguère. Il représente également, dans l’Irlande moderne, le chemin tortueux menant à la réconciliation entre les deux traditions religieuses et nationales dominantes dans le Nord de l’Irlande : d’une part les protestants qui, en général, sont en faveur d’un lien constitutionnel continu avec la Grande-Bretagne et, d’autre part, leurs voisins catholiques qui soutiennent en général une unification de la zone appelée Irlande du Nord avec la République d’Irlande. Le projet de construction du parc fut pris en charge par une organisation appelée « A Journey of Reconciliation Trust » (trust pour un chemin vers la réconciliation), une organisation irlandaise internationale s’appuyant sur une vaste base et rassemblant des gens de diverses croyances et de tous bords. Sur la plaque dédicatoire, placée immédiatement à l’entrée du parc, est notamment gravé le texte suivant :
En tant que protestants et catholiques, nous demandons pardon pour les terribles actes que nous avons perpétrés les uns envers les autres. De ce sanctuaire commémoratif, où des soldats de diverses nationalités, croyances et appartenances politiques furent unis dans la mort, nous appelons tous les Irlandais à aider à construire une société pacifique et tolérante. Souvenons-nous de la solidarité et de la confiance que les soldats protestants et catholiques développèrent entre eux lorsqu’ils servirent ensemble dans ces tranchées.
Pilier dans le Parc de Paix de l’Île d’Irlande, dédié à la province irlandaise de Connaught. Chacune des quatre provinces (Ulster, Munster, Leinster et Connaught) est commémorée dans le parc par un pilier. [DVA]
Pilier dans le Parc de Paix de l’Île d’Irlande, dédié à la province irlandaise d’Ulster. Chacune des quatre provinces (Ulster, Munster, Leinster et Connaught) est commémorée dans le parc par un pilier distinct. [DVA]
Pilier représentant l’ensemble des 32 comtés d’Irlande dans le Parc de Paix de l’Île d’Irlande. Les noms des comtés forment un mot continu, suggérant l’égalité dans la mort. [DVA]
Messines fut choisie pour accueillir ce mémorial parce que c’est à proximité de ce site que les protestants et les catholiques irlandais combattirent pour la première fois côte à côte sur le front occidental.
À 3 h 10 du matin le 7 juin 1917, le long d’un front de 16 kilomètres dans le « saillant de Messines », 19 énormes mines souterraines explosèrent, détruisant d’immenses sections de tranchées sur la ligne de front allemande. Ainsi débuta la bataille de Messines, l’attaque d’ouverture de l’offensive britannique des Flandres en 1917. Alors que la terre déchiquetée retombait, neuf divisions britanniques commencèrent à avancer tout le long du front. Au nord-ouest du village de Messines se trouvaient deux divisions irlandaises combattant côte à côte : la 36e division (Ulster), composée en grande partie de protestants venant des comtés du nord de l’Irlande, et la 16e division (irlandaise), principalement composée de soldats catholiques venant des comtés du sud de l’Irlande. Le Parc de Paix irlandais commémore ce moment crucial de l’histoire irlandaise, et y voit un message symbolique de paix et de réconciliation pour l’Irlande moderne.
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![La tour ronde dans le Parc de Paix de l’Île d’Irlande, Messines (Mesen) [DVA]](/messines/images/peace-1-tn.jpg)
![Créneau de muraille de type irlandais, Parc de Paix de l’Île d’Irlande [DVA]](/messines/images/peace-12-tn.jpg)
![Piliers dans le Parc de Paix de l’Île d’Irlande, sur lesquels figurent les victimes de guerre des trois divisions rassemblées en Irlande et ayant combattu aux côtés de l’armée britannique pendant la Première Guerre mondiale. Des milliers d’autres Irlandais se sont battus au sein d’autres unités britanniques et des forces rassemblées par les dominions de l’Empire britannique : l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud. [DVA]](/messines/images/peace-3-tn.jpg)
![L’une des neuf plaques de pierre du Parc de Paix de l’Île d’Irlande, sur lesquelles sont gravées des citations d’Irlandais qui ont combattu pendant la Première Guerre mondiale ou y ont été associés [DVA]](/messines/images/peace-4-tn.jpg)
![Plaques de citations, Parc de Paix de l’Île d’Irlande [DVA]](/messines/images/peace-5-tn.jpg)
![Plaques de citations, Parc de Paix de l’Île d’Irlande [DVA]](/messines/images/peace-6-tn.jpg)
![Plaques de citations, Parc de Paix de l’Île d’Irlande [DVA]](/messines/images/peace-7-tn.jpg)
![Plaques de citations, Parc de Paix de l’Île d’Irlande [DVA]](/messines/images/peace-8-tn.jpg)
![Plaques de citations, Parc de Paix de l’Île d’Irlande [DVA]](/messines/images/peace-9-tn.jpg)
![Plaques de citations, Parc de Paix de l’Île d’Irlande [DVA]](/messines/images/peace-10-tn.jpg)
![Plaques de citations, Parc de Paix de l’Île d’Irlande [DVA]](/messines/images/peace-11-tn.jpg)
![Plaques de citations, Parc de Paix de l’Île d’Irlande [DVA]](/messines/images/peace-11a-tn.jpg)
![Archevêque Daniel Mannix, vers 1919 [AWM P01383.001]](/messines/images/awm-p01383-001-tn.jpg)
![Premier ministre William Hughes, dit 'Billy' Hughes, défendant la conscription, Martin Place, Sydney, Nouvelle-Galles du Sud, vers 1916 [AWM A03376]](/messines/images/awm-a03376-tn.jpg)
![Soldats australiens votant lors du référendum sur la conscription, Belgique, 8 décembre 1917 [AWM E01605]](/messines/images/awm-e01605-tn.jpg)
![Un tract de référendum en faveur de la conscription, intitulé « le credo des antis » (The Anti’s Creed), énumérant les « convictions » anti-australiennes auxquelles auraient souscrit les partisans anti-conscription. Il est à noter que l’une des convictions des « antis » était « J’ai foi dans le Sinn Fein ». Il s’agit du mouvement politique irlandais qui s’engageait à l’époque pour obtenir une indépendance totale de l’Irlande vis-à-vis du Royaume-Uni. [AWM RC00317]](/messines/images/awm-rc00317-tn.jpg)
![Parc de Paix de l’Île d’Irlande [DVA]](/messines/images/peace-15-tn.jpg)
![Parc de Paix de l’Île d’Irlande [DVA]](/messines/images/peace-16-tn.jpg)
![Parc de Paix de l’Île d’Irlande [DVA]](/messines/images/peace-19-tn.jpg)
![Parc de Paix de l’Île d’Irlande [DVA]](/messines/images/peace-21-tn.jpg)
![Église sur la place du village, à Locre (Loker) [DVA]](/messines/images/peace-23-tn.jpg)
![Le pub « Redmond’s », à Locre (Loker) [DVA]](/messines/images/peace-24-tn.jpg)
![Cimetière de Locre Hospice, à Locre (Loker) [DVA]](/messines/images/peace-25-tn.jpg)
![Tombe de John Redmond, à Locre (Loker) [DVA]](/messines/images/peace-26-tn.jpg)
![Tombe de John Redmond, à Locre (Loker) [DVA]](/messines/images/peace-27-tn.jpg)
![Tombe de John Redmond, à Locre (Loker) [DVA]](/messines/images/peace-28-tn.jpg)
![Tombe de John Redmond, à Locre (Loker) [DVA]](/messines/images/peace-29-tn.jpg)
![Tombe de John Redmond, à Locre (Loker) [DVA]](/messines/images/peace-30-tn.jpg)
![Pilier dans le Parc de Paix de l’Île d’Irlande, dédié à la province irlandaise de Connaught. Chacune des quatre provinces (Ulster, Munster, Leinster et Connaught) est commémorée dans le parc par un pilier. [DVA]](/messines/images/peace-13-tn.jpg)
![Pilier dans le Parc de Paix de l’Île d’Irlande, dédié à la province irlandaise d’Ulster. Chacune des quatre provinces (Ulster, Munster, Leinster et Connaught) est commémorée dans le parc par un pilier distinct. [DVA]](/messines/images/peace-20-tn.jpg)
![Pilier représentant l’ensemble des 32 comtés d’Irlande dans le Parc de Paix de l’Île d’Irlande. Les noms des comtés forment un mot continu, suggérant l’égalité dans la mort. [DVA]](/messines/images/peace-22-tn.jpg)