France 1916: Bataille de la Somme

La ferme du Mouquet, le mémorial de l’AIF

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Quelques mètres d’une avancée presque dérisoire – la fin à la ferme du Mouquet

Une fois que le 16e bataillon se fut retiré de la ferme du Mouquet, les efforts australiens pour prendre la forteresse commencèrent à vaciller. Charles Bean décrit l’une des dernières attaques, la lutte pour conquérir une tranchée allemande, le « Fabeck Graben », du 3 au 5 septembre, comme « l’un des plus âpres combats de l’histoire des forces armées impériales australiennes (AIF) ». Lors des derniers stades de l’attaque, les Australiens des 49e, 50e et 52e bataillons combattirent aux côtés du 13e bataillon d’infanterie canadien, envoyé pour prendre la relève. À un moment donné, sous la direction du « petit Maxwell », comme on appelait le lieutenant Duncan Maxwell du 52e bataillon, un Tasmanien âgé de 24 ans et mesurant 1,90 m, les Canadiens et les Australiens érigèrent une nouvelle barricade pour retenir les Allemands. Ensuite, avec une poignée d’hommes, Maxwell s’assit derrière cette nouvelle défense pour attendre une contre-attaque prévue. Rien ne se produisit. Bientôt cependant, l’artillerie allemande trouva son objectif et les obus commencèrent à s’abattre autour d’eux :

Pour se distraire de l’explosion fatale imminente, ils se mirent à se raconter des histoires sur la culture du blé, comparant les méthodes utilisées au Canada à celles utilisées dans l’ouest et dans l’est de l’Australie, jusqu’à ce que, inévitablement, un obus explosât parmi eux, les tuant ou les blessant tous sauf Maxwell.

Charles Bean, The Australian Imperial Force in France, 1916, Official History of Australia in the War of 1914-1918 (Les forces armées impériales australiennes en France en 1916, Histoire officielle de l’Australie dans la guerre de 1914-1918), tome III, Sydney, 1929, p. 857

La position finit par être conservée et, le lendemain matin, le 5 septembre, Maxwell remit ce petit avant-poste australien aux Canadiens.

Entrée des abris de la ferme du Mouquet, Will Dyson, 1917 [fusain et crayon sur papier, AWM ART02219]

Entrée des abris de la ferme du Mouquet, Will Dyson, 1917 [fusain et crayon sur papier, AWM ART02219]

Au bord de la route, en face des bâtiments actuels de la ferme du Mouquet, se trouve un petit mémorial dédié à cette bataille, érigé par l’Office des sépultures militaires australiennes. En regardant vers le nord à partir de ce monument on aperçoit, à environ un kilomètre, la grande tour en briques du Mémorial britannique aux disparus de Thiepval. Cerner les bastions allemands à Thiepval était l’objectif supposé de la bataille et du sacrifice australiens à la ferme du Mouquet, une bataille qui, en quatre semaines, fit 10 976 victimes au sein des forces armées impériales australiennes (AIF) pour quelques centaines de mètres carrés de sol français. Si l’on ajoute à ce bilan australien les victimes des unités canadiennes et britanniques impliquées dans la conquête de cette ferme, le nombre de victimes se porte à plus de 20 000.

Très peu d’historiens militaires trouvèrent que ce prix en valait la peine. Robin Prior et Trevor Wilson considérèrent qu’il s’agissait d’un « bilan terrible […] pour une fin dérisoire », d’autant plus que l’effort déployé pour prendre Thiepval de cette manière fut bientôt abandonné. Même Charles Bean, l’historien officiel de l’Australie, généralement indulgent envers le haut-commandement, ne put rien trouver de positif à dire sur la ferme du Mouquet :

Ce plan d’opérations fut exécuté à grands frais […] jusqu’à ce que, comme une lourde machine, il fasse halte en grinçant devant la ferme du Mouquet. Les sept derniers efforts pour remettre la machine en marche, entrepris à grand renfort de main-d’œuvre et avec ferveur, n’avaient fait avancer les roues que d’un ou deux crans, conquérant à grand-peine, à travers la boue et le sang, quelques mètres d’une avancée presque dérisoire.

Charles Bean, The Australian Imperial Force in France, 1916, Official History of Australia in the War of 1914-1918 (Les forces armées impériales australiennes en France en 1916, Histoire officielle de l’Australie dans la guerre de 1914-1918), tome III, Sydney, 1929, p. 874

Cimetière britannique de Puchevilliers [DVA]

Cimetière britannique de Puchevilliers [DVA]

Le sous-lieutenant Edward Lionel Austin Butler, du 12e bataillon (Tasmanie et Australie-Occidentale), originaire de Hobart, en Tasmanie, mort des suites de ses blessures le 22 août 1916 [AWM H05690]

Le sous-lieutenant Edward Lionel Austin Butler, du 12e bataillon (Tasmanie et Australie-Occidentale), originaire de Hobart, en Tasmanie, mort des suites de ses blessures le 22 août 1916 [AWM H05690]

Pierre tombale du sous-lieutenant Edward Lionel Austin Butler du 12e bataillon (Tasmanie et Australie-Occidentale), Cimetière britannique de Puchevilliers [DVA]

Pierre tombale du sous-lieutenant Edward Lionel Austin Butler du 12e bataillon (Tasmanie et Australie-Occidentale), Cimetière britannique de Puchevilliers [DVA]

Ces paroles amères sont peut-être à imputer au deuil personnel de Bean à la ferme du Mouquet. À la fin août 1916, alors qu’il combattait au sein du 12e bataillon (Australie-Occidentale et Tasmanie), son cousin, le lieutenant Lionel Butler, dit « Leo », perdit une jambe après une explosion et mourut des suites de ses blessures. Le corps de Leo fut enterré dans le cimetière britannique de Puchevillers, à plusieurs kilomètres du champ de bataille « où de grands arbres couronnent les collines au loin et le soleil baigne les champs de maïs dorés ». Cinq ou six amis, dont Bean et son frère Jack, médecin dans le 3e bataillon des forces armées impériales australiennes (AIF), se tenaient devant la tombe tandis qu’à proximité un agriculteur se penchait sur sa faux et qu’une « paysanne française avec une boîte en fer-blanc sur le bras » s’essuyait les yeux avec un mouchoir :

Je ne pouvais m’empêcher de me demander si cela en valait la peine ; s’il y a le moindre gain dans cette guerre qui justifie de tels sacrifices. Leo n’en aurait pas douté, […] à aucun moment ne se serait-il posé la question. Mais moi je n’en suis pas sûr.

Charles Bean, cité par Dudley McCarthy dans Gallipoli to the Somme; the story of CEW Bean (De Gallipoli à la Somme – l’histoire de C. E. W. Bean), Sydney, 1983, p. 24

La ferme du Mouquet finit par tomber aux mains d’une unité britannique le 26 septembre 1916, suivie du village de Thiepval lui-même, le 29 septembre.

La pierre tombale du lieutenant Herbert Walter Crowle du 10e bataillon (Australie-Méridionale), mort le 25 août 1916 des suites des blessures qui lui furent infligées à la ferme du Mouquet le 21 août 1916. Crowle, blessé, fut évacué de la ferme du Mouquet vers le 3e poste de secours, loin derrière les lignes, et à sa mort il fut enterré à Puchevilliers. À cette époque, sa famille fit ériger cette pierre tombale sur sa tombe et, depuis, la Commission impériale des sépultures militaires britanniques entretient l’original au cimetière britannique de Puchevilliers. [AWM P04864.001]

La pierre tombale du lieutenant Herbert Walter Crowle du 10e bataillon (Australie-Méridionale), mort le 25 août 1916 des suites des blessures qui lui furent infligées à la ferme du Mouquet le 21 août 1916. Crowle, blessé, fut évacué de la ferme du Mouquet vers le 3e poste de secours, loin derrière les lignes, et à sa mort il fut enterré à Puchevilliers. À cette époque, sa famille fit ériger cette pierre tombale sur sa tombe et, depuis, la Commission impériale des sépultures militaires britanniques entretient l’original au cimetière britannique de Puchevilliers. [AWM P04864.001]

Pierre tombale du lieutenant Herbert Crowle du 10e bataillon (Australie-Méridionale), Cimetière britannique de Puchevilliers [DVA]

Pierre tombale du lieutenant Herbert Crowle du 10e bataillon (Australie-Méridionale), Cimetière britannique de Puchevilliers [DVA]

Le Mémorial de Thiepval aux disparus de la Somme, vu du mémorial de l’AIF à la ferme du Mouquet [DVA]

Le Mémorial de Thiepval aux disparus de la Somme, vu du mémorial de l’AIF à la ferme du Mouquet [DVA]


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