Ceci est la version française de cette page
Aller à la version anglaise
France 1917: Avancée vers la Ligne Hindenburg
Noreuil, cimetière australien de Noreuil
Votre très vaillant fils – Noreuil, 2 avril 1917
Alors qu’il faisait une tournée de la zone située à l’est de Bapaume durant l’avance australienne, le journaliste anglais Philip Gibbs décrivit l’effet que les villages déserts produisirent sur lui :
On avait un étrange sentiment d’illusion lorsqu’on parcourait cette désolation. À peu de distance, beaucoup de villages semblaient pareils à avant la guerre. On s’attendait à y trouver des habitants. Mais en s’en approchant de plus près, l’on constatait que chaque maison n’était qu’une coque vide qui avait sauté de la cave au toit, et l’on errait dans les rues des ruines dans un silence que n’interrompait que sa propre voix ou quelques obus qui explosaient encore dans les maisons effondrées. L’ennemi se trouvait dans le village suivant, ou à deux villages de là, avec quelques obusiers de campagne et une arrière-garde de mitrailleurs.
Philip Gibbs, Now It Can Be Told (Maintenant on peut raconter), Londres, 1920, www.gutenberg.org/dirs/etext02/nicbt10.txt
La vallée au-delà de Noreuil où le 50e bataillon (Australie Méridionale) se battit le 2 avril 1917. [AWM E00506]
Sur 156 tombes australiennes à Noreuil, quatre-vingt-quatorze (60 %) appartiennent aux hommes du 50e bataillon. En outre, quatre-vingt-deux d’entre elles sont des « monuments spéciaux » qui signalent que « selon toute vraisemblance, le soldat est enterré » dans ce cimetière. Tous les soldats d’Australie Méridionale furent enterrés après les combats au cours desquels ils succombèrent le 2 avril 1917, mais les tirs d’obus constants dans cette zone pendant les deux batailles de Bullecourt détruisirent sans doute les croix de bois d’origine, rendant impossible toute identification ultérieure.
Pour les hommes du 50e bataillon, l’offensive débuta pendant la nuit du 1 au 2 avril, alors qu’ils s’étendaient dans les champs de part et d’autre de la D5, route qui aujourd’hui encore relie Lagnicourt à Noreuil. Le soldat de deuxième classe Gilbert Jacob se souvient que lorsqu’ils attendaient le lever du jour et le début de l’offensive :
[…] le sol était gelé en surface, et l’herbe maigre était recouverte d’une couche épaisse de gelée blanche […] c’était une belle nuit avec une brise douce, et je regardai la lune rouge se coucher. Elle sombra lentement parmi quelques nuages déliés, et ensuite, pendant un court moment, l’obscurité devint la plus profonde avant le lever du jour […] on ressentait maintenant une tranquillité étrange – un silence dans la nuit.
Soldat de deuxième classe Gilbert Jacob, 50e bataillon, cité dans RR Freeman, Hurcombe’s Hungry Half Hundred: A Memorial History of the 50th Battalion AIF, 1916–1919 (Les cinquante affamés de Hurcombe : histoire commémorative du 50e bataillon de l’AIF 1916-1919), Norwood, 1991, p. 97
Le village de Noreuil tel qu’on le voit depuis la D5 entre Lagnicourt-Marcel et Noreuil. C’est dans cette direction qu’eut lieu l’attaque du village par le 50e bataillon (Australie Méridionale) le 2 avril 1917.
Le caporal Jorgen Christian Jensen, 50e bataillon (Australie Méridionale) auquel on décerna la Victoria Cross (Croix de Victoria) pour ses actions à Noreuil le 2 avril 1917. [AWM H06203]
À 5 h 15 du matin, trois compagnies du 50e bataillon descendirent la colline vers Noreuil en direction du cimetière australien. Le barrage d’artillerie qui les couvrait eut peu d’impact sur les positions allemandes du village et des alentours mais les mitrailleuses ennemies firent de nombreuses victimes. Sur la route de Lagnicourt-Noreuil, un poste ennemi causait beaucoup de problèmes ; il fut attaqué par le soldat de deuxième classe d’origine danoise Jorgen Jensen tout seul avec ses grenades. L’un des soldats de la section de Jensen tua un mitrailleur ennemi et Jensen se lança en avant, jetant deux grenades dans le poste allemand. Il en sortit deux autres, enleva la goupille d’une d’entre elles avec ses dents et, les tenant bien haut, cria en allemand aux Allemands de se rendre car ils étaient cernés par les Australiens. Les Allemands le crurent et se rendirent. La Victoria Cross (Croix de Victoria) lui fut décernée.
Le 50e bataillon atteignit Noreuil. C’est là qu’il devait pivoter sur la droite et avancer à travers le village, abattant les soldats ennemis restants et tentant d’atteindre son objectif, une route située à environ un kilomètre à l’est. Il devait ensuite former une ligne avec le 51e bataillon qui avait mené l’attaque au nord de Noreuil. De nombreux « nettoyeurs » devaient rester dans le village pour contrer d’éventuelles poches de résistance allemande. L’offensive ne se passa pas comme prévu. Émergeant de Noreuil, les mitrailleuses ennemies indomptées ouvrirent le feu sur la compagnie du flanc droit du capitaine David Todd avec des conséquences affreuses. Les Australiens Méridionaux furent obligés de se mettre à l’abri. Derrière eux, les « nettoyeurs » se rendirent compte qu’ils n’étaient pas en nombre suffisant pour mener à bien leur tâche, ils furent peu à peu éliminés et le peu qui restait fut capturé.
Deux compagnies du flanc gauche sous le commandement des capitaines Harold Armitage et James Churchill-Smith atteignirent une tranchée proche de l’objectif à l’est de Noreuil et se joignirent au 51e bataillon. Cependant, de là ils apercevaient une brèche sur leur droite où les hommes du capitaine Todd avaient été abattus alors qu’ils sortaient de Noreuil. L’un d’entre eux, le sergent William James, tenta de repousser les Allemands qui sortaient du village à leur encontre au moyen de sa mitrailleuse Lewis, mais c’était là un geste suicidaire et il s’effondra, mortellement blessé, en criant « prenez soin de moi ». De nombreux soldats de la compagnie de Todd furent tués ou capturés. À ce stade, le capitaine Armitage, qui menait l’attaque depuis le matin, fut atteint et abattu. Le chef de bataillon Harry Seager, 50e bataillon, écrivit ultérieurement au père d’Armitage à Adélaïde :
[…] votre très vaillant fils fut tué le 2 avril en fin de matinée, une balle lui transperça la tête alors qu’il regardait au dessus de la tranchée pour voir ce qu’il était advenu des compagnies dans la vallée. Ses derniers mots furent « attention au flanc droit » juste avant qu’il ne regarde au dessus de la tranchée. Ses pauvres hommes en eurent le cœur brisé de chagrin.
Chef de bataillon Harry Seager, 50e bataillon, cité dans RR Freeman, Hurcombe’s Hungry Half Hundred: A Memorial History of the 50th Battalion AIF, 1916–1919 (Les cinquante affamés de Hurcombe : histoire commémorative du 50e bataillon de l’AIF 1916-1919), Norwood, 1991, p. 96
Il est clair qu’Armitage était aimé de ses hommes. En effet, à l’occasion du premier anniversaire de son décès à Noreuil, le sergent Roy Clark écrivit spontanément au père d’Armitage, transmettant ses condoléances et celles de la compagnie. Sachant que sa famille apprécierait ce geste, il y joignit quelques photos d’Armitage qu’il avait trouvées en consultant les anciennes listes d’honneur des morts de la compagnie.
Plus tard le 2 avril 1917, la position jusqu’alors périlleuse du 50e bataillon fut rectifiée lorsque des renforts apparurent et comblèrent la brèche dans la ligne. Les Allemands n’étaient pas résolus à tenir Noreuil et se retirèrent. Les pertes du 50e bataillon ce jour-là furent lourdes : 100 tués sur le coup ou morts de leurs blessures, 169 blessés et 91 disparus. Parmi ces disparus, on estime que 29 furent tués et 62 furent faits prisonniers. En tout, le bataillon essuya 360 pertes et ne participerait pas aux attaques ultérieures de Bullecourt.
Le capitaine Harold Armitage, le sergent William James et les autres morts d’Australie Méridionale furent enterrés dans un nouveau cimetière à Noreuil. Le soldat de deuxième classe Harold Wilmott, 50e bataillon, aida à l’aménager :
On nous a rapporté que bon nombre de nos gars étaient restés sur le champ de bataille, alors quelques autres et moi-même, on s’est portés volontaires pour aller les enterrer. On est partis pendant deux nuits et on a aménagé un petit cimetière tout près de Noreuil, le village qu’on avait enlevé. On a dû racler la neige tombée sur eux, et les Boches nous ont bombardé plusieurs fois pendant qu’on creusait les tombes.
Soldat de deuxième classe Harold Wilmott, 50e bataillon, cité dans RR Freeman, Hurcombe’s Hungry Half Hundred: A Memorial History of the 50th Battalion AIF, 1916–1919 (Les cinquante affamés de Hurcombe : histoire commémorative du 50e bataillon de l’AIF 1916-1919), Norwood, 1991, p. 103
Voilà un cimetière qui très certainement mérite son nom de « cimetière australien de Noreuil ».
Pierre tombale du capitaine Harold Armitage, 50e bataillon (Australie Méridionale), cimetière australien de Noreuil. [DVA]
Pierre tombale du sergent William James, 50e bataillon (Australie Méridionale), cimetière australien de Noreuil. [DVA]
Soldat de deuxième classe Harold Hugues, 50e bataillon (Australie Méridionale), tué pendant le combat du 2 avril 1917 et enterré au cimetière australien de Noreuil. [AWM H05570]
Mitrailleur australien à Noreuil refroidissant son arme après des tirs lourds sur les avions ennemis, 23 avril 1917. [AWM E00459]
© 2012 Department of Veterans' Affairs and Board of Studies NSW :: Last update - December 2010
![La D5 entre Lagnicourt-Marcel et Noreuil. [DVA]](/noreuil/images/nor-44-tn.jpg)
![Champ, Noreuil. [DVA]](/noreuil/images/nor-29-tn.jpg)
![La vallée au-delà de Noreuil où le 50e bataillon (Australie Méridionale) se battit le 2 avril 1917. [AWM E00506]](/noreuil/images/awm-e00506-tn.jpg)
![L’église à Noreuil. [DVA]](/noreuil/images/nor-32-tn.jpg)
![Le village de Noreuil. [DVA]](/noreuil/images/nor-33-tn.jpg)
![Grange, Noreuil. [DVA]](/noreuil/images/nor-34-tn.jpg)

![Le caporal Jorgen Christian Jensen, 50e bataillon (Australie Méridionale) auquel on décerna la Victoria Cross (Croix de Victoria) pour ses actions à Noreuil le 2 avril 1917. [AWM H06203]](/noreuil/images/awm-h06203-tn.jpg)
![Vue sur les champs à Noreuil donnant sur le cimetière australien de Noreuil. [DVA]](/noreuil/images/nor-31-tn.jpg)
![Cimetière australien de Noreuil, Noreuil. [DVA]](/noreuil/images/nor-36-tn.jpg)





![Pierre tombale du capitaine Harold Armitage, 50e bataillon (Australie Méridionale), cimetière australien de Noreuil. [DVA]](/noreuil/images/nor-40-tn.jpg)
![Pierre tombale du sergent William James, 50e bataillon (Australie Méridionale), cimetière australien de Noreuil. [DVA]](/noreuil/images/nor-41-tn.jpg)
![Soldat de deuxième classe Harold Hugues, 50e bataillon (Australie Méridionale), tué pendant le combat du 2 avril 1917 et enterré au cimetière australien de Noreuil. [AWM H05570]](/noreuil/images/awm-h05570-tn.jpg)
![Mitrailleur australien à Noreuil refroidissant son arme après des tirs lourds sur les avions ennemis, 23 avril 1917. [AWM E00459]](/noreuil/images/awm-e00459-tn.jpg)