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Noreuil, cimetière australien de Noreuil

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Corps mutilés et membres brisés – cimetière des ambulances de campagne de Vaulx

Ingénieurs allemands préparant leurs mines dans un village français avant leur retrait vers la ligne Hindenburg, printemps 1917. [AWM C01094]

Ingénieurs allemands préparant leurs mines dans un village français avant leur retrait vers la ligne Hindenburg, printemps 1917. [AWM C01094]

Vers la fin du mois de mars 1917, l’armée allemande opéra un retrait vers l’est et le nord – à l’est de Bapaume vers sa nouvelle forteresse, la ligne Hindenburg. C’était une longue étendue de tranchées et de barbelés qui partait d’Arras en direction du sud-est vers Bullecourt où elle décrivait un cercle autour du village. Après l’occupation de Bapaume le 17 mars 1917, des éléments des Forces impériales australiennes (AIF) pourchassèrent l’ennemi vers la ligne Hindenburg dans un triangle de campagne française grossièrement délimité par les routes quittant Bapaume vers le nord et vers l’est : la N17 et la N30. Dans cette zone se trouve une série de villages où les Allemands engagèrent des combats d’arrière-garde pour ralentir les alliés et permettre aux travaux de la ligne Hindenburg de progresser le plus possible. Des endroits comme Lagnicourt, Vaulx-Vraucourt, Morchies, Louverval, Noreuil, Boursies et Hermies furent le théâtre de rudes combats qui causèrent de nombreuses pertes australiennes et appartiennent à l’histoire militaire australienne, même s’ils sont aujourd’hui quasiment tombés dans l’oubli.

Explosion d’une mine dans un village français saisie par l’appareil photo d’un soldat allemand avant son retrait vers la ligne Hindenburg, printemps 1917. [AWM C01095]

Explosion d’une mine dans un village français saisie par l’appareil photo d’un soldat allemand avant son retrait vers la ligne Hindenburg, printemps 1917. [AWM C01095]

Aujourd’hui comme en 1917, c’est un paysage ouvert de vastes champs et de vues qui s’étendent sur des ondulations progressives et de grandes crêtes douces. Une caractéristique de la zone tient aux « routes enfoncées » situées en dessous du niveau des limites des champs. Ces « routes enfoncées » sont dues au labourage continu des champs sur plusieurs siècles qui augmenta le niveau des bords des champs, créant des routes aux talus accidentés. Les Australiens, les Anglais et les Allemands utilisèrent tous ces talus pour leurs bivouacs et défenses car ils fournissaient une certaine protection contre les tirs ennemis. De petites niches furent aménagées dans les talus des routes dans lesquelles un homme pouvait vivre à l’abri de la pluie et relativement protégé des tirs d’obus. De cette façon, des compagnies entières d’hommes pouvaient trouver un abri temporaire dans ces terriers que les Allemands appelaient des « trous de lapins ».

Panneau de la Commission du Commonwealth des sépultures militaires sur la D10E indiquant le cimetière des ambulanciers de campagne australiens de Vaulx. Vaulx-Vraucourt. [DVA]

Panneau de la Commission du Commonwealth des sépultures militaires sur la D10E indiquant le cimetière des ambulanciers de campagne australiens de Vaulx. Vaulx-Vraucourt. [DVA]

Chemin à travers champs menant au cimetière des ambulanciers de campagne australiens de Vaulx. [DVA]

Chemin à travers champs menant au cimetière des ambulanciers de campagne australiens de Vaulx. [DVA]

Poste de premiers secours à l’avant sur la route principale de Vaulx-Bullecourt, 1917. [AWM E00591]

Poste de premiers secours à l’avant sur la route principale de Vaulx-Bullecourt, 1917. [AWM E00591]

Un périple australien à travers cet ancien champ de bataille de l’AIF consisterait à quitter Bapaume par la D956 et traverser l’autoroute (A1) juste avant le village de Beaugnâtre. Tout de suite après le pont de l’autoroute, on prendrait à droite sur la D10E, et après 2 kilomètres, à droite dans les champs, se trouve un petit cimetière : le cimetière des ambulanciers de campagne australiens de Vaulx. Entre avril et mai 1917, des milliers d’Australiens blessés lors des deux combats de Bullecourt du 11-12 avril et du 3-16 mai 1917 furent acheminés le long de cette route. Comme son nom l’indique, le petit cimetière fut aménagé par les Australiens – le 12e bataillon des ambulanciers de campagne australiens – leurs tâches pendant ces deux combats furent qualifiées d’« extrêmement lourdes ». En effet, selon l’histoire médicale australienne officielle, 234 membres du personnel du corps médical de l’armée australienne (CMAA) furent tués ou blessés pendant cette période ; un écrivain du 4e bataillon des ambulanciers de campagne décrivit la situation le 11 avril, lorsque la première bataille de Bullecourt battait son plein, en ces termes :

[...] les médecins et leurs assistants n’arrêtaient jamais […] les brancardiers devaient transporter un flot continu de blessés et n’avaient guère le temps de manger. Chaque homme disponible aidait à amener les blessés […] le temps resta au beau fixe jusqu’à l’après-midi lorsque la neige commença à tomber et il devint terriblement difficile pour les brancardiers de choisir leurs pistes. Ils étaient trempés et frigorifiés mais ce n’était rien comparé aux blessés qui étaient étendus sous la neige tombante. C’était vraiment quelque chose de voir les moins costauds concentrés sur leur travail, partir, revenir […] [Ce] fut la journée la plus chargée pour les brancardiers en France.

Écrits d’un journal anonyme du 4e bataillon des ambulanciers de campagne, cité dans AG Butler, The Western Front, Vol II, Official History of the Australian Army Medical Services, 1914–1918 (Le front occidental, Vol. II, l’histoire officielle des services médicaux de l’armée australienne, 1914-1918), Canberra, 1940, p. 136

« Le moral des brancardiers », écrivait le commandant en chef du 7e bataillon des ambulanciers de campagne, « était remarquable […] leurs pertes furent lourdes mais il n’y avait aucune hésitation ». Dans cette zone, les brancardiers devaient endurer un long trajet dans un paysage ouvert et exposé :

[…] la route était remplie de brancards et de blessés qui pouvaient encore marcher […] les Boches tiraient des obus d’un bout à l’autre de notre piste ; au deuxième trajet un membre de mon équipe fut atteint à la cuisse, nous le transportâmes et allâmes chercher un autre homme. Au trajet suivant, un autre membre de l’équipe fut atteint d’un petit éclat d’explosif HE dans la jambe mais continua…Nous fîmes ceci toute la journée. Au crépuscule, un obus HE blessa deux des membres de l’équipe arrière et atteignit notre patient. Nous nous dépêchâmes et revînmes mais constatâmes qu’un autre obus avait tué l’un de ceux qui avait été blessé précédemment et blessé le patient ainsi qu’un autre brancardier…Enfin, à la nuit tombée, on nous releva.

Écrits d’un journal anonyme du 5e bataillon des ambulanciers de campagne, cité dans AG Butler, The Western Front, Vol II, Official History of the Australian Army Medical Services, 1914–1918 (Le front occidental, Vol. II, l’histoire officielle des services médicaux de l’armée australienne, 1914-1918), Canberra, 1940, pp. 149–150

Pierre tombale du soldat de deuxième classe Eric Willis, 7e bataillon des ambulanciers de campagne, cimetière des ambulanciers de campagne australiens, Vaulx-Vraucourt. [DVA]

Pierre tombale du soldat de deuxième classe Eric Willis, 7e bataillon des ambulanciers de campagne, cimetière des ambulanciers de campagne australiens, Vaulx-Vraucourt. [DVA]

Pierre tombale du soldat de deuxième classe Seymour Healy, 7e bataillon des ambulanciers de campagne, cimetière des ambulanciers de campagne australiens, Vaulx-Vraucourt. [DVA]

Pierre tombale du soldat de deuxième classe Seymour Healy, 7e bataillon des ambulanciers de campagne, cimetière des ambulanciers de campagne australiens, Vaulx-Vraucourt. [DVA]

Les conditions aux « postes de secours des régiments » (PSR) près de la ligne du front étaient encore plus épouvantables. En effet, dans ces postes minuscules, les médecins du CMAA rattachés aux bataillons d’infanterie fournissaient des soins de premiers secours qui sauvaient la vies des blessés avant qu’ils se rendent à pied ou soient transportés aux emplacements où les ambulances à moteur ou tirées par des chevaux venaient chercher les blessés derrière les lignes de front. Le caporal lancier Roger Morgan, 1er bataillon d’ambulanciers de campagne australiens, décrivit ainsi les conditions du PSR du 3e bataillon situé juste derrière la ligne de combat à Bullecourt :

Les blessés passaient entre nos mains en une procession sans fin ; corps mutilés et membres brisés, mais on ne peut s’empêcher d’être froid et indifférent car il convient de donner des secours pratiques ici, pas de s’apitoyer […] travaillant pendant près de 48 heures sans relâche et avec très peu de nourriture, du sang jusqu’aux coudes puisque, comme il n’y a déjà pas assez d’eau à boire, il y en a encore moins pour se laver.

Caporal lancier Roger Morgan, cité dans AG Butler, The Western Front, Vol II, Official History of the Australian Army Medical Services, 1914–1918 (Le front occidental, Vol. II, l’histoire officielle des services médicaux de l’armée australienne, 1914-1918), Canberra, 1940, p. 148

Brancardiers transportant un blessé vers un endroit sûr près de Noreuil pendant la bataille de Bullecourt, France, mai 1917. [AWM E00441]

Brancardiers transportant un blessé vers un endroit sûr près de Noreuil pendant la bataille de Bullecourt, France, mai 1917. [AWM E00441]

Dans le cimetière des ambulanciers de campagne australiens à Vaulx on recense les tombes de huit hommes du Corps médical de l’armée australienne, dont six du 7e bataillon des ambulanciers de campagne australiens. Cette unité participait activement près de la ligne de front à la 2e bataille de Bullecourt, du 2 au 17 mai 1917, et aida à évacuer des centaines de soldats australiens et anglais blessés. Dans la rangée C, tombe 14, repose le soldat de deuxième classe Eric Wills du 7e bataillon des ambulanciers de campagne australiens, qui fut abattu pendant les combats, âgé de 20 ans, le 3 mai 1917 près de Bullecourt. Willis, un brancardier de Auburn, Victoria, fut atteint d’un obus, et selon ses camarades, survécut jusqu’à ce qu’on le transporte à un poste de premiers secours. C’est là, appelant « maman, maman » pitoyablement qu’il mourut. Près de lui, dans la rangée B, tombe 17, repose un autre brancardier du 7e bataillon des ambulanciers de campagne, le soldat de deuxième classe Seymour Healy qui lui aussi mourut le 3 mai 1917 âgé de 27 ans. Healy transportait des blessés sur la route entre Bullecourt et Vaulx-Vraucourt lorsqu’il fut atteint par des fragments d’obus. Le soldat de deuxième classe John Kennedy rapporta que Healy fut placé sur un brancard, fit ses adieux à son « très grand ami » Barry qui le soignait et mourut.

Cimetière des ambulanciers de campagne australiens, Vaulx Cimetière des ambulanciers de campagne australiens, Vaulx

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Cimetière des ambulanciers de campagne australiens, Vaulx. [DVA]


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