France 1917: Avancée vers la Ligne Hindenburg

Noreuil, cimetière australien de Noreuil

Icône de carte

La cruauté de la guerre – de Vaulx à Noreuil

Après le cimetière des ambulanciers de campagne australiens de Vaulx, la D10E continue jusqu’à Vaulx-Vraucourt. Au milieu du village se trouvent des panneaux indiquant à droite puis brusquement à gauche vers Lagnicourt le long de la D36 et en montant la colline du cimetière de la colline de Vaulx sur la gauche. En chemin pour le front dans ces environs vers la fin du mois de mars 1917, le 50e bataillon (Australie Méridionale) traversa Vaulx. Le quartier général d’un bataillon et une compagnie restèrent sur place pendant que le reste de l’unité poursuivit jusqu’à Lagnicourt, marchant probablement à proximité de l’emplacement actuel du cimetière. À Vaulx, le chef de bataillon Harry Seager précisa que même les arbres fruitiers et les rosiers avaient été abattus. En effet, lors de leur retraite, les Allemands avaient évidemment tout fait pour entraver l’avance de leurs ennemis.

Je pénétrai dans de jolies petites villes […] où des feux de braises consumaient les maisons et dans des centaines de villages que l’ennemi venait à peine de quitter non sans avoir d’abord monté des charges d’explosifs qui avaient fait s’effondrer toutes leurs chaumières comme autant de châteaux de cartes, leurs toits aplatis sur les ruines, et leurs églises, après des siècles de prières, qui n’étaient plus qu’éboulements chaotiques de pierres…Je vis les petits arbres fruitiers des paysans français sciés au bas du tronc, et de grands arbres étalés sur les routes tels des géants morts pour nous barrer l’accès. D’énormes cratères défonçaient les routes, et nous étions obligés de bâtir des ponts pour acheminer nos hommes et nos mitrailleuses, suivant de près le retrait de l’ennemi.

Philip Gibbs, Now It Can Be Told (Maintenant on peut raconter), Londres, 1920, édition internet, www.gutenberg.org/dirs/etext02/nicbt10.txt

La route de Vaulx-Vraucourt, la D10E. [DVA]

La route de Vaulx-Vraucourt, la D10E. [DVA]

Ligne d’arbres abattus en travers de la route par les Allemands pour ralentir l’avance australienne vers la ligne Hindenburg, France, 1917 [AWM H08797]

Ligne d’arbres abattus en travers de la route par les Allemands pour ralentir l’avance australienne vers la ligne Hindenburg, France, 1917 [AWM H08797]

Panneaux routiers, Vaulx-Vraucourt. [DVA]

Panneaux routiers, Vaulx-Vraucourt. [DVA]

Panneau routier pour la D36 indiquant Lagnicourt, Vaulx-Vraucourt. [DVA]

Panneau routier pour la D36 indiquant Lagnicourt, Vaulx-Vraucourt. [DVA]

Jardin à Vaulx-Vraucourt, France, détruit pendant le retrait des Allemands vers la ligne Hindenburg en mars 1917. [AWM E00413]

Jardin à Vaulx-Vraucourt, France, détruit pendant le retrait des Allemands vers la ligne Hindenburg en mars 1917. [AWM E00413]

Maisons détruites à Vraulx-Vraucourt par les Allemands pendant leur retrait vers la ligne Hindenburg en 1917. [AWM E00418]

Maisons détruites à Vraulx-Vraucourt par les Allemands pendant leur retrait vers la ligne Hindenburg en 1917. [AWM E00418]

Philip Gibbs, le journaliste britannique qui écrivit ces mots, admit que les Allemands n’étaient pas des barbares. Lorsqu’il interviewa la population française locale, dont beaucoup, comme on peut s’y attendre, n’éprouvaient aucun bon sentiment à l’égard des Boches, comme ils les appelaient, Gibbs remarqua qu’ils avaient pourtant souvent des choses positives à dire sur certains soldats allemands. L’un était en effet décrit comme « un brave homme » qui donnait son « propre pain » aux enfants et coupait le bois de madame. Un officier allemand, constatant que la destruction des villages pour des raisons militaires donnait une mauvaise impression des Allemands, fit le commentaire suivant :

Mais que pouvons-nous faire ? Nous avons nos ordres. Si nous n’obéissons pas, on nous fusillera.
C’est la cruauté du Haut Commandement. C’est la cruauté de la guerre.

Soldats australiens traversant Vaulx-Vraucourt, France, 20 avril 1917. [AWM E00589]

Soldats australiens traversant Vaulx-Vraucourt, France, 20 avril 1917. [AWM E00589]

La cruauté, et parfois simplement la malchance de la guerre ressortent clairement des pierres tombales du cimetière de la colline de Vaulx. 103 Australiens y sont enterrés, dont dix-huit artilleurs. Dans le carré I, rangée G, tombe 11, repose Gunney Donohue, 4e brigade d’artilleurs de campagne australiens, de Melbourne, qui périt de ses blessures le 7 avril 1917 à l’âge de 18 ans. Ce jour-là, l’artilleur Donohue servait avec sa batterie, dans les vallées et les collines aux alentours des villages de Noreuil et Lagnicourt, accompagné d’une grande partie de l’artillerie de campagne australienne qui avait été acheminée vers l’avant pour l’attaque australienne prévue prochainement à Bullecourt. C’était le soir et Sidney était de corvée de cuisine, il préparait à manger pour ses camarades dans la batterie lorsqu’un obus explosa à 460 mètres de lui. Le « grand copain » de Sidney, l’artilleur Robert Peel, déclara que normalement Sidney « s’en serait tiré frais comme la rose », mais que cette fois-ci le socle de l’obus vola en arrière, le blessant mortellement aux jambes. L’artilleur Donohue fut emmené à un poste de premiers secours proche où il fut soigné par le médecin de la 7e brigade, le capitaine Brian Mack, CMAA, mais il mourut sans la moindre plainte. Il fut enterré dans les environs dans ce qu’on appelait « le ravin de la mort » et sa dépouille fut déplacée au cimetière de la colline de Vaulx une fois la guerre terminée.

Cimetière de la colline de Vaulx. [DVA]

Cimetière de la colline de Vaulx. [DVA]

Cimetière de la colline de Vaulx sur la route de Vaulx-Vraucourt-Lagnicourt D36. [DVA]

Cimetière de la colline de Vaulx sur la route de Vaulx-Vraucourt-Lagnicourt D36. [DVA]

Pierre tombale de l’artilleur Sidney Donohue, Artillerie de campagne australienne, cimetière de la colline de Vaulx. [DVA]

Pierre tombale de l’artilleur Sidney Donohue, Artillerie de campagne australienne, cimetière de la colline de Vaulx. [DVA]

Pierre tombale du capitaine Brian Mack, Corps médical de l’armée australienne, cimetière de la colline de Vaulx. [DVA]

Pierre tombale du capitaine Brian Mack, Corps médical de l’armée australienne, cimetière de la colline de Vaulx. [DVA]

Pierre tombale du lieutenant colonel Bertram Watts, Artillerie de campagne australienne, cimetière de la colline de Vaulx. [DVA]

Pierre tombale du lieutenant colonel Bertram Watts, Artillerie de campagne australienne, cimetière de la colline de Vaulx. [DVA]

Le capitaine Brian Mack fut lui-même abattu trois jours plus tard lorsqu’un obus atterrit dans son abri alors qu’il s’asseyait pour manger. Trois autres soldats furent tués par le même obus : le lieutenant-colonel Bertram Watts et les lieutenants Herbert Harding et Guy Davenport. Ces officiers de l’artillerie de l’AIF reposent l’un à côté de l’autre dans le carré II, rangée B, tombes 3, 4 et 6.

Pierre tombale du lieutenant Herbert Harding, Artillerie de campagne australienne, cimetière de la colline de Vaulx. [DVA]

Pierre tombale du lieutenant Herbert Harding, Artillerie de campagne australienne, cimetière de la colline de Vaulx. [DVA]

Artilleurs australiens préparant un site de batterie de 18 livres près de Vaulx, France, mars 1917. [AWM E00430]

Artilleurs australiens préparant un site de batterie de 18 livres près de Vaulx, France, mars 1917. [AWM E00430]

Au cimetière de la colline de Vaulx, comme dans tous les cimetières entretenus par la Commission du Commonwealth des sépultures militaires sur le front occidental, l’on est frappé par la beauté du site et par les soins abondants que reçoivent les pierres tombales et leurs parterres de fleurs. Plus souvent que par le passé, les Australiens et d’autres rendent visite à ces cimetières et découvrent une grande richesse de souvenirs et de liens par le biais des inscriptions des pierres tombales, des registres du cimetière et des livres destinés aux visiteurs. Les messages personnels qu’on peut y lire sont souvent particulièrement poignants.

Entrée, livre destiné aux visiteurs, cimetière de la colline de Vaulx, 14 avril 2007, Linda et Langdon Emery d’Exeter qui recherchent le soldat de deuxième classe William Moore, un « garçon d’Exeter qui repose dans ce joli champ ». [DVA]

Entrée, livre destiné aux visiteurs, cimetière de la colline de Vaulx, 14 avril 2007, Linda et Langdon Emery d’Exeter qui recherchent le soldat de deuxième classe William Moore, un « garçon d’Exeter qui repose dans ce joli champ ». [DVA]

Livre destiné aux visiteurs, cimetière de la colline de Vaulx. [DVA]

Livre destiné aux visiteurs, cimetière de la colline de Vaulx. [DVA]

Pierre tombale du soldat de deuxième classe William Moore, 55e bataillon (Nouvelle-Galles du Sud), un « garçon d’Exeter », cimetière de la colline de Vaulx [DVA]

Pierre tombale du soldat de deuxième classe William Moore, 55e bataillon (Nouvelle-Galles du Sud), un « garçon d’Exeter », cimetière de la colline de Vaulx [DVA]

Coffre renfermant le livre destiné aux visiteurs et le registre du cimetière, cimetière de la colline de Vaulx. [DVA]

Coffre renfermant le livre destiné aux visiteurs et le registre du cimetière, cimetière de la colline de Vaulx. [DVA]

Le combat qui déboucha sur les batailles de Bullecourt et les batailles elles-mêmes furent une période particulièrement pénible pour l’artillerie australienne. Les batteries furent transportées près de la ligne et dans les vallées de Noreuil et de Lagnicourt dans des zones qui étaient également les principales voies de communication avec le front. Les obus allemands et les travaux des contre-batteries pleuvaient sans relâche et causèrent un flot régulier de blessés. L’infanterie réprimandait les artilleurs en précisant que dans cette zone ils étaient « vraiment entrés en guerre » et commençaient à déplorer les blessés que l’on trouve habituellement sur une ligne de front. Charles Bean décrivit les tirs ennemis sur l’artillerie de la façon suivante :

Il était rare que les pentes des vallées et les étroits plateaux […] soient […] dénués de tirs d’obus intermittents, le nuage fauve et paresseux de l’éclat d’un obus de 15 cm en devenait presque une caractéristique permanente du paysage […] on tirait fréquemment sur la vallée, parfois lourdement au moyen d’obus à gaz.

Charles Bean, The Australian Imperial Force in France, 1917, Volume IV Official History of Australia in the War of 1914–1918 (La Force impériale australienne en France, 1917, Volume IV, l’histoire officielle de l’Australie durant la guerre de 1914-1918), Sydney, 1940, p. 360

Équipe australienne de tir de mitrailleuse de 18 livres dans la vallée de Noreuil pendant la bataille de Bullecourt, mai 1917. [AWM E0600]

Équipe australienne de tir de mitrailleuse de 18 livres dans la vallée de Noreuil pendant la bataille de Bullecourt, mai 1917. [AWM E0600]

On détestait particulièrement les obus de 15 cm. Ceux-ci étaient en effet équipés de mèches « instantanées » et éclataient avant d’entrer en contact avec le sol, éparpillant des fragments à la vitesse d’une balle sur plusieurs mètres alentour.

Au-delà du cimetière de la colline de Vaulx la « route enfoncée » ressort peu à peu du sol, en suivant la courbe de la colline. Sur la gauche se trouve le village de Noreuil, et après un certain temps on atteint un ancien carrefour où dans l’ancien temps un chemin rejoignait Noreuil en contrebas. Dans cette zone, en avril 1917, la 1ère brigade d’artillerie de campagne australienne avait monté ses batteries lorsque, le 15 avril, les Allemands déclenchèrent une contre-offensive soudaine qui perça les lignes australiennes et atteignit le village de Lagnicourt. Dès 5 h du matin, l’ennemi avait cerné les armes de la 2e brigade dans le village et remontait la route vers la 1ère brigade. Selon Charles Bean, les Australiens connurent un instant de panique et se retirèrent vers Vaulx-Vraucourt, où, heureusement pour eux, ils débouchèrent sur ceux qui « avaient les nerfs solides ». Les Allemands atteignirent les mitrailleuses mais furent finalement repoussés par des contre-attaques australiennes avant qu’ils ne puissent trop les endommager. Sur vingt-deux armes qui tombèrent temporairement aux mains des ennemis à Lagnicourt, seulement cinq furent endommagées, les soldats ennemis préférant, selon Bean, passer leur temps à fouiner à la recherche de nourriture et de souvenirs. Les combats à Lagnicourt ce jour-là firent 1 010 victimes parmi l’AIF.


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