Notre-Dame de Lorette, Cimetière et mémorial français
La voix qui pleure
Le capitaine Francis Coen des Forces armées impériales australiennes (AIF), originaire de Yass en Nouvelle-Galles du Sud, avocat dans le civil, débarqua le 31 mars 1916 à Marseille en France avec son unité, le 18e bataillon (Nouvelle-Galles du Sud). Pendant la plus grande partie de son service en France, jusqu’à sa mort au combat le 28 juillet 1916 à Pozières, Coen fut rattaché au personnel des quartiers généraux de la 2e division australienne, ce qui lui donna sans doute plus de temps et d’opportunités que d’autres pour observer les conséquences de la guerre sur la population française, loin de la ligne de front. À la mi-avril 1916, il assista à une messe dans l’église de Saint-Vincent-de-Paul à Paris et écrivit ces lignes à sa mère :
La congrégation s’élevait à environ 600 personnes. Je ne remarquai que trois hommes – le reste était des femmes, des jeunes filles et des enfants, tous endeuillés. Ce n’est pas sur les boulevards ou dans les cafés que l’on voit la détresse de la « Belle France » ; si l’on veut sonder le cœur de ce malheureux pays, il faut se rendre dans les églises. Là, on peut arriver à une estimation de la douleur et de la souffrance provoquées par cette guerre haineuse.
Lettre du capitaine Francis Coen à Margaret Coen, datée du 18 avril 1916, 1DRL 203, 12/11/137, AWM
Carte commémorative en hommage au capitaine Frank Coen du 18e bataillon (Nouvelle-Galles du Sud), mort au combat le 26 juillet 1916 à Pozières [Société historique de Yass et de son district]
Achetez des obligations pour la victoire, affiche de propagande canadienne de la Première Guerre mondiale. La scène illustre des femmes françaises portant le fardeau de la guerre dans les champs pendant que leurs époux soldats combattent les Allemands. [Photolithographie AWM ARTV00468]
Pour « arriver à une estimation » de cette « douleur et souffrance », à la sortie d’Ablain-St-Nazaire, prenez la petite route en direction du nord qui longe la vallée escarpée de l’Église, en direction de Notre-Dame de Lorette. Le point de départ en est facile à trouver à Ablain-St-Nazaire : il s’agit de l’église en ruines à l’extrémité est du village, à gauche de la D57. Suivez cette petite rue puis tournez à gauche pour prendre la route de la vallée. La vue sur la campagne qui s’étend en direction de la ville d’Arras est spectaculaire, et l’on émerge finalement au sommet de la crête, devant une mer de croix au centre de laquelle se dresse la basilique du cimetière et mémorial français de Notre-Dame de Lorette.
Soldats australiens posant aux côtés d’une famille française chez laquelle ils étaient stationnés, vers 1916/1918 [AWM H12920]
Pierres tombales de soldats français musulmans de la Première Guerre mondiale à l’arrière du cimetière et mémorial français de Notre-Dame de Lorette [DVA]
Femme priant devant un sanctuaire, Will Dyson. Dyson était un artiste australien officiel dans les Forces armées impériales australiennes (AIF) sur le Front occidental. Ici, en toile de fond, il représente des civils français déportés en tant que travailleurs forcés de la région de Lille, occupée par les Allemands, non loin de Notre-Dame de Lorette. [Plume et encre, crayon, fusain et gouache blanche sur papier, AWM ART93002]
Pour la France, il s’agit d’un lieu sacré abritant les dépouilles de plus de 35 000 Français morts au combat pendant les batailles qui eurent lieu dans cette partie de l’ancienne province de l’Artois en 1914 et 1915. La nuit, ces terribles pertes sont commémorées par l’éclat d’une lumière de 3 000 candelas [intensité lumineuse] émise cinq fois par minute du haut de la tour-lanterne en face de la basilique. Comparées aux cimetières militaires britanniques, les tombes sont austères : de simples croix dotées d’une petite plaque mentionnant le nom, l’unité et la date de décès. Des milliers de croix s’étendent en rangées nettes tout autour de la basilique. Certaines portent la sombre inscription « inconnu ». Quatre tombeaux communs abritent les dépouilles non identifiées de milliers d’autres soldats. Il est difficile d’imaginer que les personnes enterrées ici (environ 35 000 soldats) ne représentent que 2,5 % des quelque 1 398 000 pertes de guerre de la Première Guerre mondiale du côté français. Après la création du cimetière et mémorial par l’Association de Notre-Dame de Lorette dans les années 1920, l’évêque d’Arras commenta :
Elle doit devenir la voix qui pleure sa jeunesse, fauchée dans la fleur de l’âge, la voix qui prie pour le repos éternel de leurs âmes, la voix qui parle d’espoir aux veuves, aux fiancées, aux parents…
L’évêque d’Arras, cité par le major et Mme Holt dans The Western Front – North (Le Front occidental – le Nord), Barnsley, 2004, p. 50
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![Carte commémorative en hommage au capitaine Frank Coen du 18e bataillon (Nouvelle-Galles du Sud), mort au combat le 26 juillet 1916 à Pozières [Société historique de Yass et de son district]](/notre-dame/images/coen-memcard-tn.jpg)
![Achetez des obligations pour la victoire, affiche de propagande canadienne de la Première Guerre mondiale. La scène illustre des femmes françaises portant le fardeau de la guerre dans les champs pendant que leurs époux soldats combattent les Allemands. [Photolithographie AWM ARTV00468]](/notre-dame/images/awm-artv00468-tn.jpg)
![Église en ruines, Ablain-St-Nazaire [DVA]](/notre-dame/images/nd-1-tn.jpg)
![Vue sur Ablain-St-Nazaire à partir de la route menant à Notre-Dame de Lorette [DVA]](/notre-dame/images/nd-2-tn.jpg)
![Soldats australiens posant aux côtés d’une famille française chez laquelle ils étaient stationnés, vers 1916/1918 [AWM H12920]](/notre-dame/images/awm-h12920-tn.jpg)
![Pierres tombales de soldats français musulmans de la Première Guerre mondiale à l’arrière du cimetière et mémorial français de Notre-Dame de Lorette [DVA]](/notre-dame/images/nd-3-tn.jpg)
![Femme priant devant un sanctuaire, Will Dyson. Dyson était un artiste australien officiel dans les Forces armées impériales australiennes (AIF) sur le Front occidental. Ici, en toile de fond, il représente des civils français déportés en tant que travailleurs forcés de la région de Lille, occupée par les Allemands, non loin de Notre-Dame de Lorette. [Plume et encre, crayon, fusain et gouache blanche sur papier, AWM ART93002]](/notre-dame/images/awm-art93002-tn.jpg)
![Portail d’entrée du cimetière et mémorial français de Notre-Dame de Lorette [DVA]](/notre-dame/images/nd-4-tn.jpg)
![Basilique et croix, cimetière et mémorial français de Notre-Dame de Lorette [DVA]](/notre-dame/images/nd-10-tn.jpg)