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Ploegsteert, cimetière de Toronto Avenue

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Tombés sur le bas-côté

Au bout d’une longue ligne droite sur la route N365 en partant de Messines (Mesen) pour Ploegsteert et juste avant un tournant se trouve une petite route bifurquant à gauche vers la campagne. À moins d’un kilomètre sur cette route se trouve le cimetière militaire de Prowse Point, sur la droite. Juste au-delà de celui-ci, un panneau de la Commission des sépultures militaires du Commonwealth pointe dans la direction des cimetières de Mud Corner, Toronto Avenue, Ploegsteert Wood et Rifle House. À partir de là, le chemin est bien indiqué jusqu’au cimetière de Toronto Avenue, à la lisière des bois de Ploegsteert.

Panneau de la Commission des sépultures militaires du Commonwealth après le cimetière de Prowse Point. [DVA]

Panneau de la Commission des sépultures militaires du Commonwealth après le cimetière de Prowse Point. [DVA]

La route des bois de Ploegsteert avec vue sur le cimetière de Mud Corner au loin. [DVA]

La route des bois de Ploegsteert avec vue sur le cimetière de Mud Corner au loin. [DVA]

L’entrée des bois de Ploegsteert. [DVA]

L’entrée des bois de Ploegsteert. [DVA]

Un sentier dans les bois de Ploegsteert. [DVA]

Un sentier dans les bois de Ploegsteert. [DVA]

Un sentier dans les bois de Ploegsteert. [DVA]

Un sentier dans les bois de Ploegsteert. [DVA]

Hunter’s Avenue, bois de Ploegsteert, le 16 février 1918. [AWM E04542]

Hunter’s Avenue, bois de Ploegsteert, le 16 février 1918. [AWM E04542]

Tenez-vous un instant immobile dans le cimetière de Toronto Avenue, où le vent fait se balancer les arbres et les rayons du soleil se frayent un passage à travers leurs feuilles bruissantes. Essayez d’imaginer cet endroit durant la nuit du 6 et 7 juin 1917. Il était alors rempli de colonnes de soldats australiens, des milliers d’hommes de la 3e division, en uniforme complet, chargés de fusils, munitions, sacs à dos et autres équipements nécessaires à la guerre, accompagnés de centaines de bêtes de somme, se frayant un chemin dans l’obscurité vers les lignes desquelles ils devront attaquer les Allemands peu après les premières lueurs de l’aube. Pendant ce temps, l’ennemi faisait tomber sur ces étendues une pluie d’obus à gaz et incendiaires.

Cimetière de Toronto Avenue, Ploegsteert. [DVA]

Cimetière de Toronto Avenue, Ploegsteert. [DVA]

Les hommes du 40e bataillon, le seul bataillon d’infanterie de la Première Guerre mondiale entièrement constitué de soldats tasmaniens, durent porter leurs masques à oxygène (petits appareils de protection respiratoire) pendant des heures, lors de leur pénible avancée en direction des lignes ennemies. Si ces masques leur offraient une protection quasi complète contre les gaz, ils constituaient, avec le lourd sac à dos, les munitions et les fusils, une autre raison pour laquelle leur respiration était pénible et leurs corps endoloris. Pendant que les bataillons se taillaient un chemin à travers les bois de Ploegsteert, appelé pour plaisanter « Plug Street » (rue du bouchon) par les hommes des forces armées australiennes de l’AIF, ils passèrent devant des animaux de bât effondrés sur les bas-côtés, haletant misérablement. Dans les bois, c’était encore pire :

Les […] bataillons […] allaient à la rencontre de bombardements d’obus à gaz constants, et lors de leur entrée dans les bois de Ploegsteert et l’air stagnant de leurs profondeurs, le gaz y était encore plus dense et les difficultés augmentaient. De longs arrêts survenaient, des intervalles tendus d’inquiétude pour tous. Les Allemands bombardaient de plus en plus les bois, à l’aide d’obus extrêmement explosifs et incendiaires. L’un d’entre eux fit exploser un dépôt de munitions près du chemin de la colonne la plus au nord, […] stoppant la marche un moment […] Un obus extrêmement explosif éclata dans la section de tête du 39e Bataillon à son arrivée au Ploegsteert Corner. Ici et là, des officiers et soldats étaient touchés directement par des obus à gaz. Partout où les lentes colonnes étaient disloquées par ces tirs, et où l’on assistait à une panique, les hommes étaient généralement gazés par l’averse régulière d’obus, et tombaient sur le bas-côté, suffocant et effondrés.

Charles Bean The Australian Imperial Force in France, 1917, Official History of Australia in the War of 1914–1918 (Histoire officielle de l’Australie pendant la guerre de 1914-1918), Volume IV, p. 589

Cimetière de Toronto Avenue, Ploegsteert Cimetière de Toronto Avenue, Ploegsteert [DVA]

Cimetière de Toronto Avenue, Ploegsteert [DVA] Cimetière de Toronto Avenue, Ploegsteert [DVA] Cimetière de Toronto Avenue, Ploegsteert [DVA]

Cimetière de Toronto Avenue, Ploegsteert [DVA] Cimetière de Toronto Avenue, Ploegsteert [DVA]

Champ à la lisière des bois de Ploegsteert, juste derrière le cimetière de Toronto Avenue Inscription sur une pierre tombale du cimetière de Toronto Avenue

Cimetière de Toronto Avenue, Ploegsteert [DVA]

Quatre chemins balisés traversent les bois, mais dans l’obscurité et des conditions incroyablement dures, les unités se perdirent et la confusion fut pendant un moment totale. Un grand nombre d’hommes furent tués, blessés ou gazés. Les bas-côtés des sentiers de Bunhill Row et de Mud Lane étaient semés d’hommes qui ne pouvaient plus bouger. Par quelque miracle, les bataillons finirent par passer et la plupart de ceux-ci se retrouvèrent aux postes d’assaut, au nord des bois, à l’aube, pour commencer la grande attaque du 7 juin 1916. Derrière eux, dans les bois, plus de 500 hommes hors de combat gisaient après cette expédition nocturne.

Soldat australien portant un masque à gaz, le 5 juin 1916. [AWM EZ0051]

Soldat australien portant un masque à gaz, le 5 juin 1916. [AWM EZ0051]

L’historien officiel, Charles Bean, a rapporté des histoires montrant la ténacité des hommes du 40e bataillon, déterminés à prouver leur valeur. Le soldat John Jeffrey, de Lower Barrington en Tasmanie, perdit conscience et fut transporté vers un poste de secours avancé. Convalescent, il partit pour le front chargé de chargeurs de mitrailleuses supplémentaires, puis revint au poste de secours avec deux hommes blessés. Bien que blessé lui-même, Jeffrey refusa de partir le lendemain, affirmant qu’il pouvait encore porter des munitions. Le caporal Francis Cunningham, de Dunorlan en Tasmanie, asphyxié par les gaz, s’effondra, reprit suffisamment conscience pour mener sa division plus loin, s’effondra de nouveau mais resta sur place et fut blessé en fin d’après-midi. Le soldat Wilfred Gale, d’Elliott en Tasmanie, lui aussi s’effondra, repris ses sens puis continua à porter des messages en dépit de rechutes fréquentes.

De nos jours, dans les bois de Ploegsteert, se trouvent les restes de cratères d’obus érodés. Dans le cimetière de Toronto Avenue, on trouve les tombes de 78 soldats de la Première Guerre mondiale, tous australiens, dont deux n’ont pas pu être identifiés. Les tombes sont alignées en trois rangées, et la plupart sont jointes, indiquant la présence d’une fosse commune. Il s’agit du seul cimetière entièrement australien de Belgique et le seul du Front occidental dont les pierres tombales indiquent le nom des soldats qui y reposent. Le VC Corner Cemetery de Fromelles, en France, contient plus de 400 tombes australiennes, dont aucune ne porte de nom. Les soldats y reposent dans des fosses communes sans pierre tombale.

Le sentier de Piccadilly dans les bois de Ploegsteert, vers 1917. [AWM H02093]

Le sentier de Piccadilly dans les bois de Ploegsteert, vers 1917. [AWM H02093]

Toronto Avenue se trouve près du niveau de la mer et il est difficile d’empêcher la moisissure de s’ancrer sur les pierres tombales. Pour remédier au problème, ces dernières ont été recouvertes d’un enduit blanc protecteur. Une clôture métallique a été enterrée autour du cimetière pour empêcher les lapins et autres animaux fouisseurs d’y entrer. Pendant des années, très peu de visiteurs vinrent en pèlerinage à Toronto Avenue, mais ce nombre a crû récemment. Parfois, le clairon de la Porte de Menin vient faire résonner les quelques notes mélancoliques du « Last Post » parmi les stèles de ce petit groupe d’Australiens perdus dans les bois de Ploegsteert.


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