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France 1916: Bataille de la Somme
Pozières, Mémorial de la Première Division australienne
Des hommes revenus de l’enfer – le bombardement de Pozières, 24 au 26 juillet 1916
Pendant trois jours, du 24 au 26 juillet 1916, les Allemands bombardèrent Pozières sans relâche. L’objectif de ces tirs d’obus intensifs n’était pas simplement de préparer le terrain pour une contre-attaque mais d’infliger autant de dommages et de pertes que possible aux Australiens. Les voies d’accès au village, par lesquelles entraient d’indispensables ravitaillements et sortaient des centaines de blessés et de brancardiers portant les blessés graves, furent également bombardées. L’une de ces voies d’accès était la « route enfoncée », qui arrivait à Pozières par la campagne au sud-ouest de l’autre côté de la route principale juste en face de la rue First Australian Division Street. Les obus ennemis plurent sur la grand-rue du village et le long de la « route enfoncée » pendant la plus grande partie de la journée du 24 juillet. Les explosions déchiquetèrent les environs de « Gibraltar » et l’emplacement actuel du Mémorial de la Première Division. Le 3e Bataillon (Nouvelle-Galles du Sud) se réfugia dans des tranchées creusées à la hâte :
Dès qu’une partie de la tranchée était déblayée, une explosion en faisait s’écrouler une autre. Il n’y avait aucune tranchée-abri dans lesquelles les hommes pouvaient se réfugier […] la seule chose à faire était de patienter. On pouvait voir les obus tomber presque perpendiculairement sur les 12 derniers mètres de leur descente […] le bombardement dura toute la journée, atteignant à son apogée quatre obus par minute […] Les hommes qui n’étaient pas blessés s’employaient à creuser la terre pour dégager les hommes qui se faisaient enterrer vivants par les explosions abattant les flancs des tranchées.
Capitaine James Harris, 3e Bataillon, cité par Charles Bean dans The Australian Imperial Force in France, 1916 Official History of Australia in the War of 1914–1918 (Les Forces armées impériales australiennes en France, 1916, L’Histoire officielle de l’Australie pendant la guerre 1914-1918), Volume III, pp. 541–542 et note de bas de page p. 542
La route latérale en face de la rue First Australian Division Street, à Pozières, appelée la « route du Mort ». Celle-ci menait autrefois au site de Chalk Pit puis à la route allant de La Boisselle à Contalmaison, le long de « Sausage Valley », la voie d’accès principale au front pour les Australiens à Pozières en juillet-août 1916. [DVA]
Dans cet enfer, la « route enfoncée » prit le surnom de « route du Mort ». Les corps gisaient sur ses bas-côtés aplatis. Les arbres étaient déracinés ou réduits à de simples souches. Tout était couvert d’une épaisse couche de poussière provenant des explosions. Les situations telles que celle-ci font parfois ressortir les meilleures qualités de l’homme, et un soldat qui s’illustra ainsi fut le soldat de deuxième classe Edward Jenkins, âgé de 44 ans, un brancardier du 3e Bataillon. Lorsqu’il s’était engagé en 1915, il avait donné pour occupation professionnelle « broussard », et Charles Bean décrivit Jenkins comme quelqu’un « qui avait toujours eu des ennuis avec l’autorité en dehors du front ». Au plus fort des bombardements du 24 juillet, on vit Jenkins s’occuper sans cesse des blessés avec « la plus grande délicatesse », leur donnant ce qu’il lui restait d’eau, refusant d’étancher sa soif pour que les blessés puissent boire toute l’eau qu’on leur apportait, fabriquant de petits abris pour eux et essayant de les mettre hors de danger. Le capitaine James Harris, du 3e Bataillon, était d’avis que Jenkins avait sauvé beaucoup de vies ce jour-là et que tous ceux à qui il avait porté secours furent évacués et survécurent. Ce soir-là, Jenkins « apportait une gamelle de thé aux souffrants » lorsqu’un obus le réduisit en pièces.
En dépit des bombardements, la Première Division lança des attaques répétées et le soir du 26 juillet avait repoussé l’ennemi hors de Pozières. Cependant, les bombardements continuèrent, et la pire journée fut le 25 juillet. Ce jour-là, le 11e Bataillon (Australie-Occidentale) maintint ses positions sur la grand-rue au nord-est de Pozières, juste derrière les ruines. Là, les hommes gisaient dans des tranchées peu profondes, creusées à la va-vite sous une pluie d’obus allemands :Il est presque impossible de décrire les conditions de cette journée interminable. Mais vus de la tranchée peu profonde dans laquelle gisaient les survivants du 11e Bataillon, les alentours n’étaient qu’une scène de mort et de destruction impossible à oublier […] un déluge d’obus […] tombait du ciel en une averse incessante […] On pouvait même les voir tomber : des points noirs incroyablement rapides, qui chutaient vers le sol à toute vitesse et dont la détonation s’accompagnait de panaches de fumée et de poussière. Certains des obus tombaient trop près des soldats, les tuant ou faisant éclater leurs membres.
Capitaine Walter Belford, 'Legs Eleven’, being the story of the 11th Battalion (AIF) in the Great War of 1914–1918 (Legs-Eleven, Histoire du 11e bataillon de l’AIF pendant la Grande Guerre de 1914-18), Perth, 1940, p. 289
Selon le registre du Mémorial australien de la guerre, 57 hommes du 11e Bataillon moururent le 25 juillet 1916. Les corps de neuf d’entre eux furent récupérés pour être enterrés et les pierres tombales de six d’entre eux se trouvent dans le cimetière militaire britannique de Pozières. Par exemple, au carré III, rangée K, tombe 31, repose le soldat de deuxième classe William Clarke, mort à l’âge de 27 ans et originaire d’East Fremantle, en Australie-Occidentale. Clarke était décrit comme étant « brun, corpulent et rasé de près », et les registres indiquent qu’il fut blessé et évacué des lignes de combat par des brancardiers du bataillon, parmi lesquels le soldat de deuxième classe Charles King. King dit au Bureau de renseignement sur les blessés et disparus de la Croix Rouge australienne qu’il avait évacué Clarke mais que les bombardements étaient « trop violents pour que nous puissions nous arrêter et panser les blessures ». Le corps de Clarke finit par être retrouvé et identifié, de sorte qu’il repose aujourd’hui dans une tombe.
La plupart des hommes du 11e Bataillon qui succombèrent dans les bombardements allemands sur Pozières le 25 juillet 1916 – 48 soldats – ne furent jamais retrouvés. Leurs noms sont commémorés sur les parois du Mémorial national australien de Villers-Bretonneux, mais leurs restes reposent aujourd’hui quelque part dans le sol au nord-est de Pozières. Parmi eux, le soldat de deuxième classe Ernest Pirani, mort à l’âge de 19 ans et originaire de Kalgoorlie en Australie-Occidentale. Sa disparition attrista énormément sa mère, qui fit part de son chagrin dans une lettre écrite de Kalgoorlie le 29 septembre 1916 et adressée au Bureau des renseignements sur les blessés et disparus de la Croix Rouge australienne à Londres :
Nous n’avons aucune nouvelle de lui depuis cette date. Si vous pouviez faire quoi que ce soit, ou faire quelque demande pour essayer d’éclaircir ce terrible mystère, nous vous serions très reconnaissants et nous serions heureux de vous rembourser toute dépense en ce sens, nous ne sommes que de pauvres gens, mais c’est notre fils, et je suis sa mère, et tout le monde sait l’anxiété que l’on ressent en des temps pareils. Je ne pense donc revendiquer que le droit de toute mère.
Soldat de deuxième classe Ernest Pirani, fichier du Bureau des renseignements sur les blessés et disparus de la Croix Rouge australienne, http://www.awm.gov.au/cms_images/1DRL428/00028/1DRL428-00028-2160609.pdf
Ce vécu d’un bataillon à Pozières fut sans doute semblable à ceux des 12 bataillons de la Première Division et à ceux des unités de soutien – pionniers, corps médical, génie militaire – dont les tâches les emmenaient eux aussi au village et au front.
Soldat de deuxième classe Ernest John Pirani, 11e Bataillon (Australie-Occidentale), tué au combat à Pozières le 25 juillet 1916. [AWM P04427.001]
Le bombardement allemand qu’affrontèrent les hommes de la 1ère Division de l’AIF après leur prise de Pozières fut peut-être le pire des bombardements subis par les Australiens sur le front occidental. Lorsqu’il fut temps de prendre la relève des soldats de la Première Division et que ceux-ci se retranchèrent, le sergent Edgar Rule du 14e Bataillon (Victoria) les observa :
On aurait dit qu’ils revenaient de l’enfer […] les traits tirés et l’air hagard, si hébétés qu’ils avaient l’air de marcher comme dans un rêve, leurs yeux vitreux et perdus dans le vide.
Edgar Rule, cité par Charles Bean dans Anzac to Amiens (L’Anzac à Amiens), Canberra, 1983, p. 249
Charles Bean raconta plus tard combien ils paraissaient différents des soldats enjoués qu’ils étaient autrefois. Au repos dans le bois de Vandencourt, ils ressemblaient, selon Bean, à de jeunes garçons se remettant d’une longue maladie. Ils étaient allongés là, fumant tranquillement, lisant des livres ou écrivant des lettres à leurs familles. Après Gallipoli, ils avaient vécu une terrible initiation à la réalité de la guerre sur le front occidental.
La végétation recouvrant le champ de bataille de Pozières en septembre 1917 dissimule presque la tombe d’un soldat. [AWM E02066]
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![La route latérale en face de la rue First Australian Division Street, à Pozières, appelée la « route du Mort ». Celle-ci menait autrefois au site de Chalk Pit puis à la route allant de La Boisselle à Contalmaison, le long de « Sausage Valley », la voie d’accès principale au front pour les Australiens à Pozières en juillet-août 1916. [DVA]](/pozieres-australian-memorial/images/pozieres-9-tn.jpg)
![Bombardement de Pozières, Frank Crozier, 1918. [huile sur toile AWM ART00240]](/pozieres-australian-memorial/images/awm-art00240-tn.jpg)
![Canonniers australiens, Pozières, juillet 1916. [AWM EZ0145]](/pozieres-australian-memorial/images/awm-ez0145-tn.jpg)
![Soldat de deuxième classe Ernest John Pirani, 11e Bataillon (Australie-Occidentale), tué au combat à Pozières le 25 juillet 1916. [AWM P04427.001]](/pozieres-australian-memorial/images/awm-p04427-001-tn.jpg)
![La végétation recouvrant le champ de bataille de Pozières en septembre 1917 dissimule presque la tombe d’un soldat. [AWM E02066]](/pozieres-australian-memorial/images/awm-e02066-tn.jpg)
![Le Mémorial de la Première Division australienne, Pozières, France [DVA]](/pozieres-australian-memorial/images/pozieres-memorial-tn.jpg)