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La route pour Pozières

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Je me suis retrouvé apparemment tout seul

Bean n’avait pas tort : il y avait bien des Allemands dans ces tranchées. Depuis Bapaume Post, la route continue entre deux petites collines, baptisées par les Irlandais du Tyneside « Tara » et « Usna », puis elle franchit une butte d’où la vue s’étend jusqu’à La Boisselle puis Pozières, un peu plus haut, à trois kilomètres et demi. Le 1er juillet 1916, les lignes allemandes s’étendaient du nord au sud de cette campagne, et le front se trouvait devant les villages fortifiés de La Boisselle et d’Ovillers La Boisselle. La Boisselle était l’objectif à atteindre pour les bataillons de fusiliers du Northumberland ce matin-là, qui étaient accompagnés de quatre autres bataillons de la 34e Division britannique. Ce village constituait le centre de l’assaut britannique dans son ensemble, et l’endroit où une brèche devait être ouverte et maintenue pour permettre aux régiments de cavalerie britanniques de passer à travers et de continuer jusqu’à Bapaume.

Vue en direction de La Boisselle sur la D929 dans la zone située juste derrière les collines de « Tara » et d’« Usna ». [DVA]

Vue en direction de La Boisselle sur la D929 dans la zone située juste derrière les collines de « Tara » et d’« Usna ». [DVA]

Panneau indiquant où se trouvait le front au début de la bataille de la Somme, le 1er juillet 1916. Le panneau est juste à gauche du Mémorial des Écossais et Irlandais du Tyneside. [DVA]

Panneau indiquant où se trouvait le front au début de la bataille de la Somme, le 1er juillet 1916. Le panneau est juste à gauche du Mémorial des Écossais et Irlandais du Tyneside. [DVA]

L’offensive menée sur La Boisselle fut un désastre. L’artillerie britannique n’était pas encore parvenue à détruire les postes avancés de l’ennemi et une demi-heure avant l’attaque, les canons furent enlevés de ces postes pour être dirigés sur des points de défense plus éloignés pour aider la percée ultérieure de la cavalerie, le cas échéant. Une grosse mine placée sous une tranchée allemande avancée, appelée « Y Sap », avait explosé à 7 h 28, mais les Allemands avaient appris son existence au préalable et retiré leurs soldats. De plus, la distance entre les Britanniques et les lignes ennemies était à certains endroits supérieure à 750 mètres. La première vague d’attaquants sur La Boisselle consistait des quatre bataillons d’Écossais du Tyneside (20e et 23e Bataillons, fusiliers du Northumberland) vers le nord et le centre, et de quatre autres bataillons britanniques vers le sud du village. Les historiens Robin Prior et Trevor Wilson décrivirent ainsi leur sort :

Par conséquent, comme les 20e et 23e bataillons de fusiliers du Northumberland commençaient leur marche pénible sur 750 mètres de terrain troué d’obus, ils affrontèrent un ennemi alerte, qui avait échappé aux chocs de l’explosion de la mine et alignait sur ses parapets des hommes armés de fusils et de mitrailleuses. Les deux bataillons furent décimés en quelques minutes. Le 20e compta 661 pertes sur les 800 hommes déployés. Quant au 23e, seuls 120 hommes sur les 820 au départ étaient encore présents le lendemain.

Robin Prior et Trevor Wilson, The Somme (La Somme), Sydney, 2006, p. 98

Mais le pire attendait encore les Irlandais du Tyneside. Ils commencèrent leur attaque à 7 h 40 car, pour tenter de percer les lignes allemandes, toutes les unités d’infanterie de la 34e Division reçurent l’ordre d’avancer ensemble. Les Irlandais du Tyneside, cependant, commencèrent leur approche de beaucoup plus loin et avaient par conséquent des centaines de mètres à découvert à parcourir avant d’atteindre le front britannique. L’artillerie et les mitrailleurs allemands avaient détruit près de 70 % d’entre eux avant même qu’ils ne parviennent à ces lignes :

Je voyais, de tous côtés, de longues rangées d’hommes. Puis j’ai entendu les mitrailleuses crépiter au loin. Après dix mètres, il semblait ne rester que quelques hommes autour de moi. Vingt mètres, et je me suis retrouvé apparemment tout seul. Puis j’ai été touché à mon tour.

Le sergent J. Galloway, 3e bataillon d’Irlandais du Tyneside, cité par Martin Middlebrook dans The First Day on the Somme (Le Premier jour sur la Somme), Londres, 1977, p. 141

Une poignée de survivants atteignirent les lignes britanniques, mais comme ils avaient reçu l’ordre de continuer, c’est ce qu’ils firent, sur encore 450 mètres de no man’s land jusqu’aux tranchées allemandes, où ils rejoignirent quelques survivants de l’attaque britannique au sud de La Boisselle. Mais ces quelques soldats restants ne s’arrêtèrent toujours pas là et continuèrent d’avancer vers le village de Contalmaison, à trois kilomètres de là. On ne les revit plus jamais.

Banc du Mémorial des Écossais et Irlandais du Tyneside, La Boisselle. [DVA]

Banc du Mémorial des Écossais et Irlandais du Tyneside, La Boisselle. [DVA]

Juste avant le village de La Boisselle se trouve un panneau indicateur pour la route D20 allant à Aveluy et Contalmaison. Juste après un virage à droite sur la D20, on trouve une zone gazonnée où se trouve le « Banc du souvenir de Tyneside », qui enjambe quasiment l’endroit où se trouvaient les tranchées allemandes en 1916. L’inscription sur le mémorial offre une vue plutôt plus optimiste des accomplissements des hommes du Tyneside au début de la bataille de la Somme :

Devant ce monument, le 1er juillet 1916, les brigades écossaises et irlandaises du Tyneside attaquèrent l’ennemi. Pendant de nombreuses heures, la fortune des armes fluctua, mais à la nuit tombée, les deux brigades du Tyneside, avec l’aide d’autres unités de la 34e Division, avaient atteint leur objectif.

Inscription en anglais, banc du Mémorial des Écossais et Irlandais du Tyneside, La Boisselle Inscription en français, banc du Mémorial des Écossais et Irlandais du Tyneside, La Boisselle. [DVA]

Bas-relief, banc du Mémorial des Écossais et Irlandais du Tyneside, La Boisselle. [DVA] Emblème des Irlandais du Tyneside, banc du Mémorial des Écossais et Irlandais du Tyneside, La Boisselle. [DVA Emblème des Écossais du Tyneside, banc du Mémorial des Écossais et Irlandais du Tyneside, La Boisselle. [DVA]

Mémorial des Écossais et Irlandais du Tyneside, La Boisselle. [DVA]

Une personne commémorée par le mémorial est le sergent-major William Nelson, du 23e Bataillon, les fusiliers du Northumberland, qui fut tué le 1er juillet 1916 lors de l’offensive de son bataillon sur La Boisselle. Nelson fait partie des disparus et son nom est inscrit sur le Mémorial de Thiepval. Cinq semaines plus tard, son frère le caporal John Nelson, du 16e Bataillon de l’AIF, originaire de Wilmington en Australie-Méridionale, suivit les pas de William sur le champ de bataille de la Somme pour combattre à la Ferme du Mouquet. Il fut tué le 10 août. Son corps ne fut lui non plus jamais identifié, et au lieu d’être enterré il fut commémoré sur le Mémorial national australien de Villers-Bretonneux.

Un troisième fils Nelson, Frederick Vincent, s’engagea auprès de l’AIF en mai 1916 et servit en France dans le 3e bataillon de mitrailleurs. Il n’est pas étonnant d’apprendre qu’après la mort de ses frères, leur mère, Elizabeth Nelson, de Keswick en Australie-Méridionale, demanda à l’AIF de bien vouloir le renvoyer en Australie pour servir sa patrie là-bas. Bien qu’il ait été gazé en août 1918, Frederick Nelson survécut à la guerre et revint chez lui en 1919.

Panneau indicateur à La Boisselle pour la « Grande Mine », le cratère de Lochnagar. [DVA]

Deux soldats allemands dans une tranchée de communication près de La Boiselle, vers 1916 [AWM J00213]


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