France 1916: Bataille de la Somme

Pozières, le moulin

Icône de carte

Creuser la terre pour sauver sa vie – le 48e Bataillon au moulin

Cliquez ici pour regarder un documentaire d’archivesLes bataillons de la Quatrième Division prirent la relève de la Deuxième Division. Les hommes du 48e Bataillon (Australie-Méridionale et Australie-Occidentale) furent postés en avant, près du site du moulin lui-même.

Le 7 août à l’aube, les Allemands lancèrent une contre-attaque depuis la campagne au nord du moulin. Ils avancèrent et passèrent devant un abri profond, dans lequel se trouvaient les hommes du 14e Bataillon (Victoria), notamment le lieutenant Albert Jacka, qui avait été récompensé pour son courage à Gallipoli par une croix de Victoria.

Comme les Allemands passaient devant l’abri de Jacka, l’un d’entre eux y lança une grenade par la porte. Elle dégringola l’escalier et explosa. Le pistolet à la main, Jacka et d’autres hommes se ruèrent à l’air libre et découvrirent de nombreux soldats ennemis entre eux et les lignes australiennes. Jacka aligna ses sept hommes restants et était en train d’organiser une charge à travers les Allemands pour revenir à Pozières lorsqu’il vit une colonne de prisonniers australiens s’avancer vers lui, escortée de soldats ennemis. Lorsque la colonne ne fut plus qu’à quelques mètres, Jacka bondit hors de la tranchée et s’élança en avant. Certains Allemands lâchèrent leurs armes, mais d’autres retournèrent le feu et tous les hommes de Jacka furent touchés. Voyant la charge de Jacka, d’autres Australiens non loin de là arrivèrent à la rescousse et les prisonniers tentèrent de prendre les fusils de leurs ravisseurs. Le combat s’intensifia, et de plus en plus d’Australiens se mirent à attaquer les Allemands :

Certains tiraient à bout portant sur d’autres leur faisant face. D’autres combattaient à coups de baïonnettes, l’une des seules fois où les baïonnettes furent véritablement utilisées. D’autres encore étaient à genoux, priant les figures debout devant eux de les épargner.

Charles Bean, The AIF in France, 1916,The Official History of Australia in the War of 1914–1918 (L’AIF en France, 1916, L’Histoire officielle de l’Australie pendant la guerre de 1914–1918), Vol. 111, Sydney, 1929, p. 720

Vestiges en béton, site du moulin de Pozières. [DVA]

Vestiges en béton, site du moulin de Pozières. [DVA]

Jacka poursuivit les soldats allemands, tuant et blessant un certain nombre d’entre eux. Lui-même reçut une blessure qui faillit le tuer. L’affaire fut vite terminée et signa le glas de la dernière véritable contre-attaque allemande sur la crête de Pozières. Pour son courage, Jacka reçut la croix militaire pour ce que Charles Bean décrit comme le « geste d’audace individuel le plus spectaculaire et le plus efficace de l’histoire de l’AIF ».

Les avant-postes du 48e Bataillon, eux aussi, avaient résolument résisté à cette attaque allemande, en particulier celui sous le commandement du sergent David Twining, originaire de Ballarat dans le Victoria. Ce poste était quelque part dans les champs autour du moulin du côté de Courcellette et la scène est dépeinte dans le diorama du Mémorial australien de la guerre intitulé « La bataille de Pozières 1916 », dans la galerie du front occidental de ce musée. Le diorama fut produit en 1929-1930 lorsque Charles Bean rédigeait son histoire de Pozières (Volume III de l’Histoire officielle), et le récit figure dans la légende située sous la maquette.

Une tranchée allemande conquise au nord-ouest du moulin, Pozières, octobre 1916. [AWM E00007]

Une tranchée allemande conquise au nord-ouest du moulin, Pozières, octobre 1916. [AWM E00007]

Nous sommes à l’aube du 7 août 1916 sur les hauteurs de Pozières. L’énorme cratère formé par un obus abrite les survivants d’un avant-poste du 48e Bataillon. Dans les 36 heures précédentes, un énième terrible bombardement allemand s’est produit, décrit par l’aumônier William Devine dans son histoire du 48e Bataillon :

Cette horreur immense et implacable dura toute la nuit du 5 août et toute la journée du 6 août, jusqu’à midi le 7 août, où elle s’apaisa si soudainement qu’on eût l’impression que le monde avait soudain été libéré de l’oppression d’un monstre immonde et démoniaque. Dans les tranchées du front, les hommes creusaient la terre pour tenter de sauver leurs vies. Des shrapnels explosaient au-dessus de leurs têtes. Des obus explosifs défonçaient leurs misérables parapets. Les blessés, que l’hémorragie accablait d’une soif inextinguible, réclamaient lamentablement à boire. De temps à autre résonnait le cri étrange des tranchées : « On a besoin de brancardiers ! ». Les soldats qui creusaient se raréfièrent pitoyablement.

William Devine, The Story of a Battalion (L’Histoire d’un Bataillon), Melbourne, 1919, p. 40

Se raréfièrent pitoyablement – Lors de sa période de service dans les hauteurs de Pozières, Charles Bean avait mentionné les « pertes dévastatrices » du 48e Bataillon dans les tirs d’obus qui avaient fait 598 morts. Le registre du Mémorial australien de la guerre révèle que 134 d’entre eux moururent au combat, et les autres, pense-t-on, furent blessés. La légende du diorama décrit cette action comme « le bombardement le plus lourd et le plus constant essuyé par les Australiens pendant la guerre de 1914–1918 ». Ce cratère était l’un des six seuls avant-postes du 48e Bataillon, placés devant les anciennes tranchées allemandes, et qui avaient tous été quasiment anéantis. Les obus qui avaient « déchiré cette étendue de terre suppliciée » avaient presque fait table rase des autres postes, tuant la plupart de leurs occupants ; on peut voir six soldats morts dans le cratère du diorama.

Vue sur les champs depuis le site du moulin de Pozières en direction du Mémorial aux disparus de la Somme de Thiepval. [DVA]

Vue sur les champs depuis le site du moulin de Pozières en direction du Mémorial aux disparus de la Somme de Thiepval. [DVA]

Scrutant les environs au-dessus du bord du cratère, en bras de chemise, se trouve le sergent David Twining, le commandant du poste, accompagné aux commandes de la mitrailleuse Lewis par le soldat de deuxième classe Charles Tognini. Peu avant ce moment, le 48e Bataillon avait aidé le capitaine Albert Jacka et ses hommes à repousser la puissante contre-attaque allemande, et la légende du diorama décrit les moments qui suivirent cette contre-attaque :

Maintenant, la menace ennemie immédiate venant de passer, ils regardent dans la lumière qui naît au-delà de la crête en direction du mystérieux univers verdâtre à moitié caché […] guettant le prochain mouvement ennemi. Ils sont déterminés à ne pas céder cette crête vitale, prise par les hommes de la Deuxième Division et conservée par leurs hommes, ceux de la Quatrième Division. Ils resteront à leur poste, morts ou vifs.

Tombes australiennes près du moulin de Pozières, septembre 1917. [AWM E00998]

Tombes australiennes près du moulin de Pozières, septembre 1917. [AWM E00998]

Mais ils n’eurent pas à donner leur vie. Les tirs de la mitrailleuse Lewis de Tognini avaient détourné la contre-attaque allemande ce matin-là. Pour sa bravoure, Tognini reçut la médaille militaire récompensant les conduites exemplaires (Distinguished Conduct Medal), et on lit dans la recommandation pour cette récompense l’extrait suivant :

Ses actions pendant tout ce temps furent extrêmement courageuses et effectuées de bon cœur, même après qu’il fut été blessé gravement à la jambe. Il resta en position jusqu’à ce qu’il fut évacué par des brancardiers le matin du 8 août 1916.

Soldat de deuxième classe Charles Tognini, recommandation pour la médaille militaire de conduite exemplaire,
www.awm.gov.au/cms_images/awm28/
1/180P1/0122.pdf

Cette simple description – « évacué par des brancardiers » – est impuissante à décrire la réalité de l’évacuation finale de ce petit avant-poste. L’état-major du bataillon le 8 août ne savait pas que Twining et ses compagnons avaient survécu là-bas, pratiquement dans le no man’s land. Le commandant, le lieutenant-colonel Raymond Leane, fut stupéfait de recevoir un message de Twining disant « Je suis le seul qui reste. Voulez-vous toujours que je garde mes positions ? ». Leane ordonna à Twining de revenir, mais lors de son retrait, ce dernier fut blessé en essayant de secourir un autre homme. Le caractère désespéré de ce petit retrait est décrit dans une autre recommandation de médaille militaire, cette fois pour le soldat de deuxième classe Hugh Davoren :

Il fut blessé le 6 août en même temps que deux autres soldats. On les trouva dans un trou d’obus et on les amena à l’ambulance de campagne le 9 août. Malgré les sept blessures qu’il avait reçues, le soldat de deuxième classe Davoren avait rampé sur une distance importante et ramené de l’eau pour Tognini, le soldat de deuxième classe n° 4343 du 48e Bataillon, le même Tognini dépeint dans le diorama, qui avait les deux jambes et un bras cassé. Le troisième homme, pris de délire, voulut se tirer dessus, mais le soldat de deuxième classe Davoren lui prit son fusil. Au poste de l’ambulance de campagne, le soldat de deuxième classe Davoren était d’humeur joviale et n’arrêtait pas de dire des plaisanteries.

Soldat de deuxième classe Hugh Davoren, recommandation pour une médaille militaire,
www.awm.gov.au/cms_images/awm28/1/180P1/0127.pdf

Bien qu’il ne figure pas dans le diorama, Davoren, lui aussi, fait donc partie de l’histoire.

Le départ du front du 48e Bataillon le 8 août 1916 fut plus tard décrit par l’aumônier Devine. À ses yeux, les hommes sortant des tranchées n’étaient plus un bataillon mais une « escouade lasse, fatiguée, épuisée », qui montrait « un abattement jamais vu chez aucune autre escouade ». Cela reflète le fait que plus de la moitié du bataillon avait été tuée ou évacuée à cause de ses blessures. Lorsque le 48e Bataillon finit par être retiré de Pozières, il retourna au petit village de Berteaucourt, où il avait passé quelque temps avant la bataille. Il y avait été accueilli chaleureusement et les familles de fermiers françaises s’étaient bien occupées d’eux. Mais à leur entrée dans le village, l’impact de ces quelques jours de combat à Pozières était gravé de manière spectaculaire sur leurs traits :

… lorsqu’ils virent ce petit groupe qui avait l’air si maltraité par la guerre et les intempéries, et qu’ils comprirent que c’était tout ce qu’il restait des troupes impressionnantes qui étaient parties du village, un tel cri de chagrin et de sympathie s’éleva que même les soldats les plus blasés en furent gênés. Les vieillards secouaient la tête mélancoliquement […] Les femmes, vieilles et jeunes, se mirent à pleurer. Beaucoup se mêlèrent à la colonne, sans se faire réprimander par les officiers, pour demander ce qu’il était advenu de leurs amis : « Jack », « Monsieur George », « le sergent »...

William Devine, The Story of a Battalion (L’Histoire d’un Bataillon), Melbourne, 1919, p. 50

« Jack », « Monsieur George » et « le sergent », ainsi que des centaines d’autres Australiens, gisaient sur le sol de Pozières, les voies d’accès à la ferme du Mouquet et les hauteurs de Pozières. Les bombardements qu’ils avaient essuyés et la détermination dont ils avaient fait preuve pour défendre le terrain conquis, finiraient par être illustrés et commémorés dans la « Bataille de Pozières, 1916 » du Mémorial australien de la guerre.

Details  from the Australian War Memorial's 'Pozieres' diorama in the Western Front Gallery.

Details  from the Australian War Memorial's 'Pozieres' diorama in the Western Front Gallery. Details  from the Australian War Memorial's 'Pozieres' diorama in the Western Front Gallery. Details  from the Australian War Memorial's 'Pozieres' diorama in the Western Front Gallery.

Details  from the Australian War Memorial's 'Pozieres' diorama in the Western Front Gallery. Details  from the Australian War Memorial's 'Pozieres' diorama in the Western Front Gallery.

Une partie du diorama sur Pozières du Mémorial australien de la guerre dans la galerie du front occidental. [DVA]

Comme le savait bien Charles Bean, le trou d’obus du diorama représentait la plus grande avancée des lignes de l’AIF dans les environs de Pozières et dans les postes allemands essentiels sur la crête dans les dix-sept jours qui précédaient. Le diorama montre le pouvoir de l’artillerie moderne, le type de conditions dans lesquelles elle forçait les hommes de se battre, et s’ils ne succombaient pas, comment ils supportaient ces conditions. Il montre comment les morts parsèment au hasard le cratère, leurs corps lentement réabsorbés dans la terre même, qui sera leur seule « sépulture connue ». S’il y a une certaine gloire dans la guerre, ce n’est pas là qu’elle se trouve, mais les êtres humains survivent tout de même. L’aumônier Devine essaya de résumer ainsi les actions du 48e Bataillon sur la crête de Pozières :

Aucune reconnaissance adéquate ne saurait être décernée au bataillon pour ce type de combat. Les honneurs prestigieux ne sont pas donnés pour les batailles comme celle de Pozières. Là, on ne trouve aucune trace du prestige d’une avancée, de la gloire d’un coup d’éclat. Là, il n’y a que le désir farouche de tenir bon dans une situation presque intenable. Là, on n’a que la constance des contre-attaques auxquelles il est quasiment impossible de résister. Mais les corps des camarades morts qui jonchaient ses tranchées peu profondes, les figures prostrées qui gisaient là, blessées… ceux-là témoignaient de l’héroïsme démontré, voire gâché, sur la crête de Pozières.

William Devine, The Story of a Battalion (L’Histoire d’un bataillon), Melbourne, 1919, p. 40

Lorsque les combats de Pozières furent finis, la Deuxième Division bâtit un monument aux morts sur les ruines du moulin. Plus tard, cependant, elle décida de placer son principal monument aux morts marquant ses batailles importantes plus au sud-est, à Mont St Quentin. En 1932, à la suggestion de Charles Bean, le site du moulin fut acheté par le conseil du Mémorial australien de la guerre et tant qu’il demeure en la possession du Mémorial, il est à la charge de la Commission du Commonwealth des sépultures militaires. Dans un sens, étant donné l’inscription gravée sur la pierre et citée plus haut, le moulin est le mémorial de guerre pour l’ensemble de l’AIF à Pozières. Il commémore toutes ses troupes par cette expression austère, « tombèrent en plus grand nombre sur cette crête que n’importe quelle autre troupe ». Il explique pourquoi le Mémorial australien de la guerre, lorsqu’il décida d’organiser un service de funérailles pour un Soldat Inconnu australien en 1993, voulut qu’une poignée de terre de cette région française en particulier soit placée dans sa tombe dans la capitale australienne.

Automne, site du moulin de Pozières. [DVA]

Automne, site du moulin de Pozières. [DVA]

Site du moulin de Pozières dans les années 1920. Le monument aux morts du corps de chars d’assaut britannique se trouve au premier plan. [AWM A03062]

Site du moulin de Pozières dans les années 1920. Le monument aux morts du corps de chars d’assaut britannique se trouve au premier plan. [AWM A03062]

Monument aux morts du corps de chars d’assaut, Pozières. [DVA] Monument aux morts du corps de chars d’assaut, Pozières. [DVA]

Monument aux morts du corps de chars d’assaut, Pozières. [DVA] Monument aux morts du corps de chars d’assaut, Pozières. [DVA]

Monument aux morts du corps de chars d’assaut, Pozières. [DVA] Monument aux morts du corps de chars d’assaut, Pozières. [DVA]

Monument aux morts du corps de chars d’assaut, Pozières. [DVA] Monument aux morts du corps de chars d’assaut, Pozières. [DVA]

Monument aux morts du corps de chars d’assaut, Pozières. [DVA]

Monument aux morts du corps de chars d’assaut, Pozières. [DVA] Pour de plus amples informations sur le corps des chars d’assaut, visitez http://www.webmatters.net/france/ww1_pozieres_tank.htm

L’épave d’un char d’assaut britannique près du site du moulin de Pozières, en 1917. Les chars d’assaut furent utilisés pour la première fois par les Britanniques lors de la bataille de la Somme, le 15 septembre 1916, afin de soutenir l’attaque canadienne sur Courcelette, un village situé à une courte distance à l’est de Pozières. [AWM P03631_210]

L’épave d’un char d’assaut britannique près du site du moulin de Pozières, en 1917. Les chars d’assaut furent utilisés pour la première fois par les Britanniques lors de la bataille de la Somme, le 15 septembre 1916, afin de soutenir l’attaque canadienne sur Courcelette, un village situé à une courte distance à l’est de Pozières. [AWM P03631_210]


Icône de carte

© 2012 Department of Veterans' Affairs and Board of Studies NSW :: Last update - December 2010