France 1916: Bataille de la Somme

Pozières, le moulin

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Enterré avec les morts et les mourants – la prise des hauteurs de Pozières

Le monument aux morts de la 2e Division australienne au moulin de Pozières, Will Dyson, 1917. [pastel et crayon à papier sur papier AWM ART02311]

Le monument aux morts de la 2e Division australienne au moulin de Pozières, Will Dyson, 1917. [pastel et crayon à papier sur papier AWM ART02311]

Au moment où l’infanterie de la Deuxième Division de l’AIF atteignit le moulin dans les premiers jours d’août 1916, elle avait subi plus de 6 500 pertes (tués, blessés ou disparus). La Division monta deux offensives importantes depuis le nord du village contre les postes allemands situés sur la crête, appelés lignes OG1 et OG2. Sa première offensive, le 29 juillet, fut un échec et les bombardements allemands s’intensifièrent.

L’échec initial de la Deuxième Division pour prendre les hauteurs de Pozières fut suivi de préparations frénétiques pour une nouvelle offensive. On creusa des tranchées de communication et des tranchées de première ligne dans le paysage ravagé et jonché de cadavres, afin de transférer les bataillons d’attaque vers les postes d’offensive à l’est du village de Pozières. Ces travaux étaient essentiels si les hommes voulaient s’approcher des postes ennemis de manière relativement sûre, mais ils furent effectués sous un lourd et constant bombardement de toute la zone. Les escouades chargées de creuser les tranchées étaient surmenées et le sous-lieutenant John Raws, du 23e Bataillon (Victoria), originaire d’Adélaïde, décrivit la scène lorsque lui et 200 hommes de son bataillon travaillèrent pendant la nuit du 31 juillet 1916 au nord-est du village :

Juste avant l’aube, un officier, terriblement secoué, nous a ordonné de partir. La tranchée n’était pas terminée. J’ai pris sur moi d’insister pour que les hommes restent, disant que tout homme qui arrêtait de creuser serait fusillé. Nous avons continué à creuser et terminé la tranchée sous une tornade d’obus qui explosaient autour de nous. Pendant tout ce temps, pourtant, les fusées éclairantes ennemies rendaient toute la zone aussi lumineuse qu’en plein jour. On s’est tirés de là tant bien que mal. J’ai été enseveli deux fois, poussé au sol plusieurs fois, enterré avec les morts et les mourants. Le sol était couvert de corps mutilés à différents stades de décomposition et après m’être dépêtré du sol, j’ai ramassé un corps vers moi pour essayer de le sortir de là, et je n’ai trouvé qu’un cadavre décomposé. Je me suis retrouvé avec une tête dans les mains, couvert de sang. L’horreur était indescriptible.

Lieutenant John Raws, cité par Charles Bean, The AIF in France, 1916, The Official History of Australia in the War of 1914–1918 (L’AIF en France, 1916, L’histoire officielle de l’Australie pendant la guerre de 1914–1918), Vol 111, Sydney, 1929, pp. 658–659

Butée gazonnée couvrant les ruines du moulin de Pozières. [DVA]

Butée gazonnée couvrant les ruines du moulin de Pozières. [DVA]

Le bombardement que subirent Raws et ses hommes fut officiellement classé comme « normal ». Charles Bean, en revanche, eut l’impression que les tirs d’obus à Pozières étaient les pires jamais vécus par les troupes de l’AIF depuis le début de la guerre, et que dans l’ensemble les gros états-majors qui se trouvaient bien en arrière des premières lignes n’avaient aucune idée des conditions auxquelles étaient confrontés les soldats du front. Dans son rapport officiel sur ces jours-là à Pozières – du 29 juillet au 2 août – Bean eu largement recours aux récits de Raws, qui avait travaillé comme journaliste avant de s’engager dans l’armée. Bean affirme que Raws n’avait en rien exagéré, et que ses récits étaient un « rapport juste et équilibré du vécu d’un homme sensible ».

Officiers australiens à ce que l’on appelait alors le Monument aux morts de la Deuxième Division au site du moulin de Pozières, mai 1917. La Deuxième Division finit par bâtir son monument aux morts du front occidental à Mont St Quentin, Péronne. [AWM E02059]

Officiers australiens à ce que l’on appelait alors le Monument aux morts de la Deuxième Division au site du moulin de Pozières, mai 1917. La Deuxième Division finit par bâtir son monument aux morts du front occidental à Mont St Quentin, Péronne. [AWM E02059]

Cependant, toutes ces tranchées creusées au prix d’efforts frénétiques permirent à l’infanterie de la Deuxième Division de s’y réunir à l’insu des Allemands au crépuscule du 4 août 1916. Après trois minutes d’intenses bombardements, les Australiens avancèrent à 21 h 15 pour prendre possession d’OG 1, et conquirent OG2 peu après. Le matin du 5 août, ils purent regarder la vue des hauteurs du moulin sur la crête de Pozières, surplombant les arrières allemands et les toits du village de Courcellette. C’était une étendue de prés verts que les obus n’avaient quasiment pas touchés, qui contrastait fortement avec le terrain ravagé se trouvant derrière eux, et selon Bean, « cette vue encouragea les hommes comme s’ils contemplaient la terre promise ».

Le monument aux morts de la Deuxième Division d’origine à Pozières sur le site du moulin, septembre 1917. Le mât sur trépied à l’arrière-plan marque l’emplacement du moulin en ruines. La Deuxième Division finit par bâtir son monument aux morts du front occidental à Mont St Quentin, Péronne. [AWM E04578, AWM E04579]Le monument aux morts de la Deuxième Division d’origine à Pozières sur le site du moulin, septembre 1917. Le mât sur trépied à l’arrière-plan marque l’emplacement du moulin en ruines. La Deuxième Division finit par bâtir son monument aux morts du front occidental à Mont St Quentin, Péronne. [AWM E04578, AWM E04579]

Le monument aux morts de la Deuxième Division d’origine à Pozières sur le site du moulin, septembre 1917. Le mât sur trépied à l’arrière-plan marque l’emplacement du moulin en ruines. La Deuxième Division finit par bâtir son monument aux morts du front occidental à Mont St Quentin, Péronne. [AWM E04578, AWM E04579]

Panorama du champ de bataille de Pozières photographié du site du moulin en septembre 1917 [AWM E01003A-J]

Panorama du champ de bataille de Pozières photographié du site du moulin en septembre 1917 [AWM E01003A-J]

Officiers australiens au monument aux morts d’origine de la Deuxième Division à Pozières, sur le site du moulin, septembre 1917. Celui-ci porte l’inscription suivante : « Aux officiers et aux hommes de la Deuxième Division australienne qui tombèrent lors de la prise de la crête de Pozières, en juillet-août 1916 ». Le mât sur trépied à l’arrière-plan marque l’emplacement du moulin en ruines. La Deuxième Division finit par bâtir son monument aux morts du front occidental à Mont St Quentin, Péronne. [AWM P03631_180]

Officiers australiens au monument aux morts d’origine de la Deuxième Division à Pozières, sur le site du moulin, septembre 1917. Celui-ci porte l’inscription suivante : « Aux officiers et aux hommes de la Deuxième Division australienne qui tombèrent lors de la prise de la crête de Pozières, en juillet-août 1916 ». Le mât sur trépied à l’arrière-plan marque l’emplacement du moulin en ruines. La Deuxième Division finit par bâtir son monument aux morts du front occidental à Mont St Quentin, Péronne. [AWM P03631_180]

Vue vers l’ouest en direction du village de Pozières depuis la « crête de Pozières » et le site du moulin. [DVA]

Vue vers l’ouest en direction du village de Pozières depuis la « crête de Pozières » et le site du moulin. [DVA]


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