France 1918: Défense d'Amiens

Sailly–le–Sec, Monument aux morts de la troisième Division australienne

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Tombés ou retournés s’abriter – Le 30 mars 1918

La campagne plut aux soldats, qui étaient heureux de s’éloigner enfin des tranchées et de s’aventurer dehors. Charles Bean décrivit une « atmosphère de pique-nique », dans laquelle on établit le camp sur des pentes gazonnées où les vaches paissaient encore et où picoraient des poulets récupérés dans des maisons et des fermes récemment désertées. Sailly-le-Sec en particulier était « rempli de nourriture ». Un homme décrivit comment on pouvait y faire des « repas splendides ». Les unités découpèrent le village en différentes parties et récoltèrent suffisamment de nourriture pour faire trois bons repas par jour en plus des rations militaires. Les vaches étaient traites et cachées dans des caves avec des tas de fourrage en attendant le prochain tour de garde d’une unité dans la zone. Il y avait beaucoup de vin, en particulier dans la maison du maire, et un homme fit remarquer qu’il n’y avait rien de plus rafraîchissant qu’un « bon vin rouge, car notre eau avait en général mauvais goût ».

Sailly-le-Sec. [DVA]

Sailly-le-Sec. [DVA]

Sailly-le-Sec, vallée de la Somme, France, mars 1918. [AWM E04667]

Sailly-le-Sec, vallée de la Somme, France, mars 1918. [AWM E04667]

Un habitant de Ribemont qui en dépit de lourds bombardements allemands, refuse de quitter sa maison, France, mars 1918. [AWM E01947]

Un habitant de Ribemont qui en dépit de lourds bombardements allemands, refuse de quitter sa maison, France, mars 1918. [AWM E01947]

Mais la douloureuse réalité de la guerre attendait les Australiens à Sailly-le-Sec :

Il n’y avait là que 18 personnes [françaises], toutes âgées de 50 à 80 ans, de vieilles gens qui disaient avoir leurs foyers et leurs biens à cet endroit – la mort ne leur faisait pas peur, mais ils ne pouvaient pas imaginer laisser leurs maisons pour aller errer comme des indigents.

Journal anonyme d’un soldat du 42e Bataillon de l’AIF, cité par Charles Bean dans The Australian Imperial Force in France, 1918 (Les Forces armées impériales australiennes en France, 1918), Volume V, p. 188

Lorsque les combats s’intensifièrent, tous ces gens furent évacués sauf une vieille femme, âgée de 80 ans, qui tint bon chez elle dans le village.

Le 29 mars, l’avancée allemande reprit. De l’autre côté de la Somme, les Australiens purent apercevoir de grands groupes de l’infanterie allemande avançant vers l’ouest en direction d’Amiens. Le lendemain, peu avant midi, les hommes du 44e Bataillon (Australie-Occidentale) virent une multitude d’ennemis, « pareille à une immense foule se dispersant après un match de football », qui sortait du village de Sailly-Laurette dans leur direction. Des mouvements ennemis semblables survenaient tout au long de la ligne sur les plateaux en direction des postes tenus par d’autres bataillons australiens.

Église à Sailly-le-Sec. [DVA]

Église à Sailly-le-Sec. [DVA]

Village en ruines, Sailly-le-Sec, Louis McCubbin. [huile sur toile sur carton, AWM ART03122]

Village en ruines, Sailly-le-Sec, Louis McCubbin. [huile sur toile sur carton, AWM ART03122]

Une batterie d’obusiers britanniques destinée à soutenir les troupes australiennes, zone de Morlancourt, Somme, France, mai 1918. [AWM E04836]

Une batterie d’obusiers britanniques destinée à soutenir les troupes australiennes, zone de Morlancourt, Somme, France, mai 1918. [AWM E04836]

Mais les longues rangées d’infanterie allemande avançaient à découvert sans le fort soutien de l’artillerie, et les mitrailleuses et fusils australiens firent feu sur elles de toutes parts :

… le fracas et rugissement de mitrailleuses et de fusils. Les mitrailleurs Lewis, sans manteau, une botte à un seul pied, à peine tirés du lit, utilisaient leurs armes de manière superbement efficace. Les fusils chauffaient, mais le feu ne se relâcha jamais. En dix minutes, les attaquants allemands furent complètement démoralisés, et en moins d’une demi-heure ils étaient tous tombés ou retournés s’abriter.

Capitaine C. Longmore, Eggs a Cook! The Story of the 44th (Eggs a Cook ! L’Histoire du 44e), Perth, 1921, pp. 128-129

Par trois fois ce jour-là, les Allemands tentèrent de lancer une attaque sur les lignes australiennes, mais à chaque fois les attendait une pluie de tirs. Le crépuscule venu, on aperçut les Allemands battre en retraite au loin sur le champ de bataille. Toute la nuit durant, les Australiens entendirent les cris des blessés allemands appelant les brancardiers. Les Allemands n’avancèrent jamais plus loin sur ce front et les Australiens, avec le soutien des unités britanniques, tenaient là indubitablement une victoire. Un historien attaché à une unité allemande en conclut :

Les récits de l’infanterie de la division et de l’artillerie disent tous deux que l’« attaque était une erreur telle qu’on n’en avait jamais soufferte ». Le moral était à zéro […] Était-ce la fin ? L’offensive était-elle trop dure pour nos capacités ?

Cité par Charles Bean, The Australian Imperial Force in France 1918, Official History of Australia in the War of 1914-1918 (Les Forces armées impériales australiennes en France en 1918, Histoire officielle de l’Australie durant la guerre de 1914-1918), Volume V, p. 235

Le long de cette partie du front, du fleuve de la Somme à la ville d’Albert, les troupes australiennes tenaient maintenant les lignes et seule une autre tentative d’offensive sérieuse de la part des Allemands survint, un peu plus loin au nord-est, le 5 avril à Dernancourt, où la quatrième Division australienne défendait des postes le long de la ligne de chemin de fer allant du sud d’Albert à Dernancourt et au-delà.

Le 37e Bataillon (Victoria) occupant une route enfouie devant le bois de Marett, zone de Morlancourt, France, avril 1918. [AWM E04702]

Le 37e Bataillon (Victoria) occupant une route enfouie devant le bois de Marett, zone de Morlancourt, France, avril 1918. [AWM E04702]

Après la guerre, la troisième Division avait le choix entre différents endroits pour y ériger son Monument aux morts. Messines (Mesen), en Belgique, aurait pu être ce site, car c’est là, le 7 juin 1917, que la Division avait connu sa première grande victoire de la guerre. Il y eut également d’autres triomphes en 1918, entre le 8 août et le 4 octobre, lorsque les armées alliées connurent des victoires éclatantes dans la Somme et à l’est de Péronne. Mais ils choisirent ce magnifique site au nord de Sailly-le-Sec, avec des vues spectaculaires, un endroit largement épargné par les obus, les profondes tranchées et la puanteur des champs de bataille. La campagne « y était magnifique. Des prés de verdure et des champs cultivés, des troupeaux de moutons et de bétail qui parcourent les collines juste devant nos tranchées ». Derrière eux se trouvaient les petits villages qu’ils avaient traversés pour venir prendre leurs positions et où les habitants les avaient accueillis en les assurant qu’ils pouvaient retenir les Allemands. Dans cet endroit, ils eurent peut-être une idée très nette de la raison et des gens pour lesquels ils se battaient. Une circulaire de la troisième Division, écrite en 1919, résume bien le choix de Sailly-le-Sec :

La Division s’est tant distinguée dans les combats qui non seulement ont mis fin à l’offensive allemande mais ont aussi éliminé toute possibilité que ceux-ci prennent Amiens, et finirent par repousser les Allemands, qu’il était naturel de choisir pour site où ériger le Monument aux morts un endroit sur la ligne qu’il occupa en premier lieu dans des circonstances historiques.

Documents liés à la construction du Monument aux morts de la 3e Division, 623/6, AWM 27

Champ en dehors de Sailly-le-Sec. [DVA]

Champ en dehors de Sailly-le-Sec. [DVA]

Vue sur la Somme depuis une colline près de Sailly-le-Sec. [DVA]

Vue sur la Somme depuis une colline près de Sailly-le-Sec. [DVA]

Un poste de mitrailleuse australien contrôlant une partie du fleuve de la Somme et du canal, près de Sailly-le-Sec, France, mars 1918. [AWM E04661]

Un poste de mitrailleuse australien contrôlant une partie du fleuve de la Somme et du canal, près de Sailly-le-Sec, France, mars 1918. [AWM E04661]

Un soldat australien anonyme jette un œil dehors depuis un abri improvisé, France, mars 1918. [AWM E01848]

Un soldat australien anonyme jette un œil dehors depuis un abri improvisé, France, mars 1918. [AWM E01848]


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