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Villers-Bretonneux, Mémorial national australien

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Rien ne semblait pouvoir les arrêter

Brigadier général Harold « Pompey » Elliott, W. B. McInnes, [huile sur toile AWM ART03182]

Brigadier général Harold « Pompey » Elliott, W. B. McInnes, [huile sur toile AWM ART03182]

Le 24 avril 1918, les Allemands avaient pris Villers-Bretonneux et avançaient à l’ouest de la ville en direction d’Amiens. Dès que cette grave nouvelle fut transmise à l’état-major britannique, il tomba « une pluie d’ordres », selon Charles Bean, de reprendre cette position vitale, dont des hauteurs au nord permettaient de voir nettement les flèches de la cathédrale d’Amiens. Aux côtés de bataillons britanniques, ce fut à deux brigades australiennes des 4e et 5e Divisions de reprendre Villers-Bretonneux : la 13e, menée par le brigadier général William Glasgow, et la 15e, menée par le brigadier général Harold « Pompey » Elliott.

Ces deux hommes étaient de grandes figures de l’AIF. Bean décrivit Glasgow ainsi :

… aussi transparent que le ciel de son Queensland natal, mais aussi rêche que les collines du Queensland, il mettait du temps et même de la répugnance à donner son opinion, mais lorsqu’il parlait, son bon sens, sa volonté et l’honnêteté de ses intentions faisaient autorité dans les conseils de guerre.

Charles Bean, The Australian Imperial Force in France during the Main German Offensive, 1918, Volume V, The Official History of Australia in the War of 1914-1918 (Les Forces armées impériales australiennes en France durant la grande offensive allemande, 1918, Volume V, Histoire officielle de l’Australie pendant la guerre de 1914-1918), Sydney, 1941, p. 571

Brigadier général (plus tard général de division) Thomas Glasgow (à gauche), lieutenant Athol Norrie et capitaine George Priestley, France, juillet 1918. [AWM E02807]

Brigadier général (plus tard général de division) Thomas Glasgow (à gauche), lieutenant Athol Norrie et capitaine George Priestley, France, juillet 1918. [AWM E02807]

Glasgow était certainement capable de tenir tête à ses supérieurs. Lorsqu’il reçut l’ordre par le général britannique chargé des opérations à Villers-Bretonneux d’attaquer en plein jour, Glasgow répondit :

Si Dieu même nous en donnait l’ordre, ce serait impossible en plein jour. Regardez là, toute votre artillerie est hors d’action et l’ennemi nous attend avec tous ses canons en position.

Bean décrivit Elliott ainsi :

… un chef incroyablement solide, compétent et bienveillant. Dans son côté direct et simple, et dans une propension à l’humilité étonnante qui traversait sa vanité apparente, il y avait des éléments de pure grandeur.

Charles Bean, The Australian Imperial Force in France during the Main German Offensive, 1918, Volume V, The Official History of Australia in the War of 1914-1918 (Les Forces armées impériales australiennes en France durant la grande offensive allemande, 1918, Volume V, Histoire officielle de l’Australie pendant la guerre de 1914-1918), Sydney, 1941, p. 523

Le plan mis sur pied pour reprendre Villers-Bretonneux était relativement simple, mais aussi risqué et difficile à exécuter. Les Allemands avaient été en mesure de positionner un nombre important d’hommes et de mitrailleuses dans la ville et le long du talus de la voie ferrée au sud et à l’ouest. De solides troupes ennemies s’étaient également installées dans les bois à l’ouest de la ville. Le plan australien était de surprendre l’ennemi lors d’une attaque nocturne, sans tirs d’artillerie préalables. Deux bataillons (le 51e et le 52e, comptant environ 1 500 hommes au total) de la 13e Brigade, 4e Division, devraient attaquer au sud de Villers-Bretonneux en direction de l’est. Trois bataillons (le 57e, 59e et 60e, comptant environ 2 400 hommes) de la 15e Brigade, 5e Division, feraient de même depuis le nord de la ville en direction de l’est, puis virerait au sud-est vers l’ancienne route romaine sortant de Villers-Bretonneux. Les Allemands seraient ainsi encerclés et enfermés.

Offensive nocturne de la 13e Brigade sur Villers-Bretonneux, Will Longstaff. [huile sur toile AWM ART03028]

Offensive nocturne de la 13e Brigade sur Villers-Bretonneux, Will Longstaff. [huile sur toile AWM ART03028]

L’offensive sud commença à 22 h. Le capitaine Robert Forsyth, médecin des armées du 52e Bataillon, se souvint de cette nuit-là :

… un officier cria « Stop ». Je vis une longue file d’hommes immobiles, debout les uns derrière les autres, aussi loin que je pouvais voir dans chaque direction, et, lorsque la lumière descendit, l’obscurité devant moi commença à émettre des claquements, les balles sifflaient, et la file avança en traînant les pieds, ses hommes parés à faire feu, comme les chasseurs de lapins dans les fougères. Le sifflement des balles devint un bruissement crépitant, et les gars tombèrent tout autour de moi, généralement sans un bruit.

Forsyth, cité par Charles Bean dans The Australian Imperial Force in France during the Main German Offensive, 1918, Volume V, The Official History of Australia in the War of 1914-1918 (Les Forces armées impériales australiennes en France durant la grande offensive allemande, 1918, Volume V, Histoire officielle de l’Australie pendant la guerre de 1914-1918), Sydney, 1941, p. 582

Ce bruissement crépitant provenait en grande partie des mitrailleuses allemandes dans le Bois d’Aquenne sur leur gauche. Cet obstacle fut surmonté de la manière la plus spectaculaire qui soit, par le sergent Charlie Stokes et le lieutenant Clifford Sadlier, tous deux de Subiaco en Australie-Occidentale, et le 51e Bataillon, qui se rendit compte qu’une avancée supplémentaire signifierait son annihilation totale à moins de faire taire les mitrailleuses. Tous ensemble, ils attaquèrent les Allemands à l’aide de grenades, et malgré le fait que Sadlier fut grièvement blessé, lui et ses hommes réussirent à détruire les postes de mitrailleurs ennemis. En dépit de lourdes pertes, les deux bataillons avancèrent rapidement vers leurs objectifs. Un officier allemand fit plus tard le récit suivant :

Ils étaient magnifiques. Rien ne semblait pouvoir les arrêter. Au plus fort de nos tirs, ils disparaissaient dans des trous d’obus et en sortaient dès que ces tirs s’affaiblissaient. Lorsque nous utilisions des fusées éclairantes Verey, ils s’immobilisaient et étaient difficiles à discerner.

Officier allemand anonyme, cité par Neville Browning dans Fix Bayonets: The Unit History of the 51st Battalion (Fixez vos baïonnettes : L’Histoire du 51e Bataillon), Perth, 2000, p. 157

Mitrailleurs allemands tués durant les âpres combats la nuit du 24 avril, Villers-Bretonneux, Somme, France, avril 1918. [AWM E02434]

Mitrailleurs allemands tués durant les âpres combats la nuit du 24 avril, Villers-Bretonneux, Somme, France, avril 1918. [AWM E02434]

Pour sa bravoure, le sergent Stokes reçut la médaille militaire récompensant les conduites exemplaires (« Distinguished Conduct Medal ») et le lieutenant Sadlier la Croix de Victoria. À l’aube du 25 avril, le 51e et le 52e Bataillons n’avaient pas tout à fait atteint leurs objectifs mais ils avaient percé les positions allemandes au sud de Villers-Bretonneux et établi une ligne assez solide.

Le Mémorial national australien et le cimetière militaire de Villers-Bretonneux, vus depuis les champs à l’ouest. [DVA]

Le Mémorial national australien et le cimetière militaire de Villers-Bretonneux, vus depuis les champs à l’ouest. [DVA]

Les bataillons d’attaque au nord s’alignèrent dans l’obscurité le long de la route allant de Fouilloy à Cachy à l’ouest, de l’autre côté des champs depuis l’entrée du cimetière militaire de Villers-Bretonneux et du Mémorial national australien, et ne commencèrent leur avancée qu’une heure après l’heure choisie. Les bataillons remontèrent ensuite pour sortir de la vallée, et passèrent sur les terres où se trouvent aujourd’hui le cimetière et le mémorial, traversant la route de Villers-Bretonneux à Le Hamel, non loin derrière le Mémorial. C’est là que l’offensive commença vraiment. Le sergent Andrew Fynch, du 59e Bataillon, originaire de Fitzroy dans le Victoria, se souvint ensuite de cette attaque :

Avec une acclamation, nous bondîmes au-dessus des sacs et commençâmes l’attaque […] l’ennemi découvrit notre venue, la nuit fut transformée en jour par ses nombreuses fusées éclairantes, et il ouvrit le feu dans un terrible tir de barrage de mitrailleuses.

Fynch, cité par Charles Bean dans The Australian Imperial Force in France during the Main German Offensive, 1918, Volume V, The Official History of Australia in the War of 1914-1918 (Les Forces armées impériales australiennes en France durant la grande offensive allemande, 1918, Volume V, Histoire officielle de l’Australie pendant la guerre de 1914-1918), Sydney, 1941, p. 603

Vue de la route menant de Fouilloy à Cachy depuis le Mémorial national australien, Villers-Bretonneux. [DVA]

Vue de la route menant de Fouilloy à Cachy depuis le Mémorial national australien, Villers-Bretonneux. [DVA]

Ce fut une attaque vitale, féroce, acharnée, et tant que l’avancée nocturne dura, aucune pitié ne fut accordée. Un autre Australien offrit le récit suivant :

Les trois hommes du premier poste allemand de mitrailleurs furent tués, par baïonnette ou par balles. Ça et là, un Boche sautait hors de sa tranchée ou d’un trou d’obus, et était immédiatement troué de balles puis percé par les baïonnettes de nos gars lorsqu’il se redressait.

Soldat anonyme, cité par Charles Bean dans The Australian Imperial Force in France during the Main German Offensive, 1918, Volume V, The Official History of Australia in the War of 1914-1918 (Les Forces armées impériales australiennes en France durant la grande offensive allemande, 1918, Volume V, Histoire officielle de l’Australie pendant la guerre de 1914-1918), Sydney, 1941, p. 603

Le matin du 25 avril 1918, les hommes de l’AIF, avec l’aide des troupes britanniques, avaient donc plus ou moins encerclé Villers-Bretonneux. Il fallut le reste de la journée et une partie du lendemain pour prendre le contrôle de toute la ville et pour y établir un nouveau front à l’est. Cette deuxième bataille de Villers-Bretonneux avait été un grand accomplissement et une réussite sans équivoque pour l’AIF. Elle marque la fin de la grande offensive allemande sur la Somme, qui avait débuté de manière réussie le 21 mars 1918 et, comme le conclut l’historien de la 5e Division, « après cela, aucun Allemand ne mit plus le pied à Villers-Bretonneux, à l’exception des prisonniers de guerre ».


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